24 novembre 2013

Temps de lecture : 2 min

Du Crowdfunding au Brandfunding ?

Il fallait bien que cela arrive : alors que Kickstarter est devenu pour le cinéma une source de financement, un ambitieux projet en réalité augmentée y introduit le branding et le placement de produit. Un nouveau territoire artistique de marque ?

Depuis quatre ans, scénaristes et réalisateurs en mal de fonds disposent d’un nouveau levier historique de financement cinématographique : Kickstarter. Grâce à la première plate-forme mondiale de crowdfunding, 25 000 réalisations ont vu le jour et levé plus de 120 millions d’euros. Pour couronner le phénomène, le prestigieux festival de Sundance a puisé cette année dans ce vivier participatif pour y sélectionner 19 longs métrages et en récompenser cinq. Comment les marques peuvent-elles surfer sur la vague ? Keiichi Matsuda leur apporte une réponse inédite : le Branding participatif !

En quête de 30 000 euros pour produire trois courts métrages en réalité augmentée de cinq minutes sur la ville du futur, le designer et réalisateur installé à Londres a décidé de faire appel aux marques pour soutenir son ambitieux projet. Comment ? En utilisant le donnant-donnant, principe fondateur de Kickstarter, il propose à ses « annonceurs » une exposition spécifique dans chacun de ses films, en fonction de la somme versée. Concrètement, pour le maximum de 5500 euros, une marque s’achète carrément une scène complète entièrement dédiée à sa gloire tandis que pour 3000 euros, elle peut se payer un logo 3D ou du placement de produit. Avec encore quinze jours de campagne et 70% des fonds levés, le premier package, intitulé « Ultimate Reality » a déjà trouvé ses deux preneurs alors que le placement de produit ou de logo n’a pas encore fait le plein, « même s’il marche très bien pour cette série sur l’hyper réalité », nous précise Keiichi Matsuda. « Les films traitent entre autres de comment les médias digitaux peuvent fuir à travers la ville. Ma démarche est donc ironique mais je pense qu’elle sera comprise par les marques intelligentes », poursuit le réalisateur. Une question se pose quand même : comment concilier indépendance artistique et obligations publicitaires ? Une réponse, dans un autre style, a été amenée par le réalisateur de Super Size Me. Morgan Spurlock qui fut le premier à avoir réalisé un long-métrage en 2112, intitulé  » The greatest movie ever sold  » où les marques étaient omniprésentes ! Un exercice de style et assumé et qui représentait le pouvoir des marques et leur omniprésence dans des films.

Un branding à double tranchant

En acceptant la participation marketing des marques au financement de son œuvre cinématographique, le créateur ne s’impose-t-il pas des contraintes commerciales antinomiques de son message ? Matsuda nous répond : « Les œuvres elles-mêmes sont une critique de notre consommation des médias, or les marques seront toujours partie intégrante de notre environnement médiatique. C’est pour cela que je voulais inclure du branding dans mes films, sauf que cette fois je leur propose une pièce du puzzle en retour. Je ne vais pas dépeindre une utopie et je sais que beaucoup de spectateurs auront une réaction négative, ils se diront « je ne veux pas vivre dans ce futur ». Cela peut repousser des sponsors éventuels mais je reste persuadé que participer à ce projet, constitue pour une marque une façon pertinente de soutenir l’art et l’engagement. ». Lire également  la présentation de ses trois films sur Kickstarter.

Ce spécialiste de la réalité augmentée – comme le prouve sa production précédente diffusée sur INfluencia il y a 3 ans, ne doute donc clairement pas de sa marge de manœuvre. « Il s’agit d’une nouvelle vision ambitieuse du futur, où la cité intelligente, les médias supersociaux et une réalité augmentée omniprésente remplacent les voitures volantes et les robots. Ce sera de la science-fiction introspective, critique et esthétiquement designée », explique Keeichi Matsuda, qui espère sortir le premier film en 2D et 3D en mars 2014. Les autres suivront avant la fin de l’année prochaine. En espérant « ouvrir la voie de la réalité augmentée au cinéma ».

Benjamin Adler / @BenjaminAdlerLA

La rédaction

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