27 octobre 2015

Temps de lecture : 2 min

Créativité presse : La violence comme élément de décoration

Aider les femmes battues c’est lutter contre les préjugés qui entourent le fléau des violences conjugales. En Nouvelle-Zélande, une campagne print audacieuse rappelle que la réussite socio-économique ne protège pas des coups.

Aider les femmes battues c’est lutter contre les préjugés qui entourent le fléau des violences conjugales. En Nouvelle-Zélande, une campagne print audacieuse rappelle que la réussite socio-économique ne protège pas des coups.

« Quand parler est difficile, c’est à nous d’écouter ». Montrant une minute d’une conversation téléphonique entre un officier de police et une femme terrorisée qui lance un appel à l’aide, le film délivre un message limpide : la manipulation et le harcèlement psychologique empêchent trop souvent les femmes battues de mettre fin à leur cauchemar. Financé par la ligue professionnelle de football américain (NFL) et diffusé lors du dernier Super Bowl, le spot de sensibilisation a clairement marqué les esprits outre-Atlantique. Il rejoint une longue liste de campagnes poignantes qui depuis deux décennies rappellent la réalité du fléau. Pour lutter contre l’aveuglement et les préjugés, le print peut être aussi efficace que la TV, comme vient de le démontrer l’association It’s not OK, en Nouvelle-Zélande.

Non, les violences conjugales ne sont pas l’apanage des classes sociales les plus modestes. Et oui, la lâcheté masculine ne connait pas de frontières socio-professionnelles. Si c’est en feuilletant les pages d’un magazine de maison de luxe contemporaine que le cliché est combattu, la cause avance. Et les lecteurs kiwis de Home Magazine ne diront pas le contraire. Pour les sensibiliser FCB New Zealand a choisi le détournement et la subtilité dans une campagne originale qui sollicite l’attention visuelle de sa cible.

La stratégie de sensibilisation choisie par l’agence néo-zélandaise et Its not OK est aussi géniale que risquée : des indices sont dissimulés au fil des pages d’un article a priori lambda consacré à la réussite architecturale de la superbe maison d’un couple quadra d’Auckland, parents de trois enfants. Entre des traces de sang sur un mur, une chaise de bar à terre dans la cuisine, une table basse cassée dans le salon et des débris d’assiettes sur le sol de la salle à manger, les preuves interpellent. Derrière la façade de son bonheur matériel, il y aurait un problème au sein de la famille Ashworth. En lisant un paragraphe discret situé en bas de la dernière page de l’article, le lecteur comprend le malaise : Vicki, pourtant si souriante au bras de son mari, est battue par Hugo.

Sur l’île des All Black, 26% des femmes victimes de violences physiques ou sexuelles possèdent un diplôme d’étude supérieure et vivent dans un foyer qui émarge à plus de 70 000 euros annuels de revenus. « Tout le monde sait que la violence conjugale est un problème sérieux mais la plupart des gens présument qu’il n’affecte que certaines familles. En réalité, le mal touche toutes les femmes et c’est ce que nous avons voulu rappeler », commente le rédacteur en chef de Home, Jeremy Hansen. « L’an dernier la police a enquêté sur plus de 100 000 cas de violences domestiques dans tous les types de quartiers », confirme l’association It’s not OK dans son texte de conscientisation. La réussite de la campagne va-t-elle avoir un impact concret sur l’aide aux femmes battues en Nouvelle-Zélande ?

Adler Benjamin

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