21 avril 2020

Temps de lecture : 3 min

Covid-19 et festivals virtuels : le succès inespéré d’une industrie dans la tourmente

Face au confinement et à l’interdiction des rassemblements physiques, les acteurs de la culture contre-attaquent par des festivals virtuels innovants. Loin du direct dans une chambre blafarde, ces fêtes sans frontières sont animées par plusieurs artistes qui jouent en simultané dans différentes salles avec des danseurs costumés et des videurs à l'entrée.

Face au confinement et à l’interdiction des rassemblements physiques, les acteurs de la culture contre-attaquent par des festivals virtuels innovants. Loin du direct dans une chambre blafarde, ces fêtes sans frontières sont animées par plusieurs artistes qui jouent en simultané dans différentes salles avec des danseurs costumés et des videurs à l’entrée.

Vous avez probablement entendu parler du concert virtuel « One World : Together At Home », cet évènement international organisé samedi 17 avril dernier pour rendre hommage aux soignants mobilisés contre le coronavirus. Si vous avez été surpris par l’originalité de ce format qui a permis aux Rolling Stones de jouer ensemble chacun chez soi, attendez de voir ce qui se passe dans les sphères underground de la culture. Là où l’argent et les projecteurs se font rares, la créativité déborde.

Des raves sur Twitch complétées par des animations sur Zoom

Si de nombreux concerts et DJ set sont organisés sur Facebook, Youtube et Instagram, leurs fonctionnalités traditionnelles en matière de direct limitent le champ des possibles. Un seul flux d’émission est possible de sorte que les participants restent passifs sans possibilités véritables d’interagir. C’est donc sur des plateformes que l’on n’attendait pas que la fièvre créative s’embrase. Le club brooklynais « House of Yes » a ainsi basculé sur Twitch et Zoom pour organiser des soirées virtuelles d’une créativité rare. Sur Twitch, le club retransmet les performances de plusieurs artistes avec une scénographie burlesque tandis que sur Zoom, plusieurs salles sont disponibles au moyen d’un code privé. Dans chacune d’entre d’elles, une ambiance caractéristique : un spectacle de drag-queens, des acrobaties costumées, des danseurs zélés… La première plateforme permet de synchroniser le flux musical quand la seconde sert d’interface : chacun peut sur Zoom décider d’activer sa caméra, danser parmi une foule virtuelle en discutant en commentaire.

Ce concept est d’autant plus ingénieux qu’il s’intègre à des plateformes dont la nature est tout autre. Switch est un service de streaming dédié aux jeux vidéo et au e-sport tandis que Zoom est un service de téléconférence et de collaboration. C’est précisément le détournement de l’usage de ses plateformes qui crée le succès de ses rassemblements virtuels. En France, plusieurs collectifs se sont inspirés du concept pour créer leurs propres fêtes. Le collectif Funki Safari a ainsi organisé il y a deux semaines une rave de 12h sur Switch avec pas moins de 6 salles sur Zoom pour se retrouver et faire la fête.

Sur Minecraft, des backstages pour que les fans rencontrent les artistes

Le célèbre jeu vidéo à brique Minecraft témoigne quant à lui de ses propres métamorphoses. Depuis le confinement, de nombreux joueurs passent moins de temps à bâtir des forteresses qu’à profiter des évènements musicaux inédits qui y prennent place. Il y a deux semaines, des rangées entières d’utilisateurs s’étaient formées autour du groupe de rock American Football. Pour rendre le festival le plus réel possible, des utilisateurs ont fabriqué une scénographie, plusieurs salles et une zone de backstage où les fans peuvent rencontrer leurs artistes préférés. Même l’environnement autour du concert est conçu pour l’occasion afin de renforcer l’authenticité du moment.

Le festival « Nether Meant » a ainsi rassemblé 8000 joueurs sur différents serveurs de Minecraft afin d’éviter la surcharge. Retransmis en direct sur plusieurs plateformes, le concert a recueilli plus de 100 000 vues rien que sur Twitch. Le succès est d’autant plus réjouissant que le travail en amont est considérablement réduit. « En général, nous passons trois mois à planifier un festival » explique le tourneur Max Schramp au Télégraph. « Pour celui-ci, on a pu tout organiser en trois semaines ». Un gain de temps qui ne permet malheureusement par aux organisateurs de se rémunérer comme dans un festival physique.

Faire la queue et payer jusqu’à 80 dollars pour un espace privé

Car pour la plupart des acteurs de la musique, ces évènements virtuels ne permettent pas de se rémunérer. Certains essayent pourtant d’expérimenter de nouveaux modèles économiques. Le Club Quarantine, une boîte de nuit queer créée au début du confinement demande à ses participants de faire virtuellement la queue et de payer l’entrée. Dix dollars minimum et jusqu’à 80 dollars pour un espace privé. À l’origine, l’entrée était sélective : des « videurs » s’assuraient que les participants soient bien costumés. Aujourd’hui les règles sont assouplies afin d’accueillir le plus grand nombre. Mais selon Jacqui Rabkin, responsable évènementiel du club « House of Yes », les gens jouent le jeu et sont « déguisés en licornes géantes, d’autres viennent avec leur équipement pour faire du pole-dancing ou des acrobaties aériennes ».

Malgré le succès de cette liesse collective et créative, l’annulation successive des festivals et tournées un peu partout dans le monde risque de porter un coup fatal aux acteurs de la culture. Les organisateurs réfléchissent donc à développer un véritable modèle économique de la fête virtuelle tout en gardant à l’esprit que ceux qui n’en ont pas les moyens sont les plus touchés par les affres du confinement.

Salas Romain

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