23 juin 2014

Temps de lecture : 3 min

Le côté obscur de la data…

La data est présentée comme une révolution positive. La vie de l’individu et des entreprises ne pourra être que mieux grâce à elle. Mais est-ce vraiment le cas ?

C’est l’histoire d’un mec qui se pose des questions sur ses datas… Où sont-elles et qu’en font les entités qui les récupèrent ? Et pour trouver des réponses, il décide de contacter son opérateur téléphonique… Il s’appelle Malte Spitz, il est Berlinois, il a 28 ans et nous sommes en 2012…

Suite à une directive de 2006 voulue par l’Union Européenne et qui ordonnait à toutes les compagnies téléphoniques et d’accès Internet de stocker sur une période de 6 mois à 2 ans l’intégralité de leurs données, le jeune Allemand décide de contacter Deutsche Telekom… Cette directive, baptisée « Data Retention », fit grand bruit en Allemagne lors de sa sortie…

Le Data Activiste contre l’obscurantisme ?

Sa demande est simple, il veut récupérer l’intégralité des datas le concernant et conservées par la compagnie de téléphone. Sans raisons précises, l’opérateur refuse de lui fournir ses informations personnelles. Après plusieurs tentatives restées sans réponses ou réponses évasives, il hausse le ton, fait valoir le droit allemand et l’aspect anti constitutionnel de la rétention des données personnelles. Après moult discussions, il reçoit par courrier un CD dans une enveloppe marron et impersonnelle. Le CD était composé uniquement de 35830 lignes de datas non qualifiées représentant les 6 derniers mois de sa vie. Un assemblage de chiffres que Malte Spitz a commencé à décrypter. Un décryptage qui l’a mené à découvrir que sa vie entière était tracée… Ses déplacements, l’intégralité de ses communications, de ses messages, où il dormait, où il se restaurait et donc, pour résumer, ce qu’il était en train de faire à l’instant T…

Ne voulant pas se contenter de ce simple constat, Malte Spitz décide de monter une interface  et d’offrir à ses semblables, sous forme de datavisualisation, les résultats de ses pérégrinations. Il en ressort un site où l’intégralité de ses données sont retranscrites à la seconde près…

Certains diront jusque-là rien d’anormal, mais pourtant, Malte Spitz se pose une question légitime. Le jeune Berlinois qui avait 5 ans lors de la chute du Mur de Berlin se demande si ce fameux mur, symbole du rideau de fer, serait tombé si la technologie et la loi de la Commission Européenne sur la rétention de données imposée aux entreprises de télécommunication avaient été en place… « Plus on a de données et plus on doit les traiter avec responsabilité et déontologie. Les données appartiennent à l’individu et une marque ou un état ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent de ces informations. Il faut respecter « la privacy » » précise Rodolphe Rosenrib, Directeur des Opérations et des Services de Teradata, spécialisée dans l’analyse de datas.

La Stasi, que l’on aurait pu appeler Stasi 2.0, aurait eu entre ses mains les informations nécessaires pour neutraliser les leaders et intimider la masse qui se concentrait à la Porte de Brandebourg et ainsi asseoir un pouvoir basé sur la surveillance de ses citoyens…. Certes, nous sommes dans de l’histoire réécrite, mais que nous réserve l’avenir et jusqu’à quel point les entreprises doivent collaborer avec les états ? Et comment surveiller les intérêts privés, comme Google, Amazon ou Facebook, dont la Data est au cœur du modèle économique ?

La data obscurcit-elle la créativité ?

L’autre face cachée de la data pourrait être une confiance aveugle envers l’interprétation des chiffres et in fine, un coup grave porté à la créativité dans les milieux du marketing et de la communication. Crise oblige, les risques sont désormais sous contrôle et il devient compliqué pour les agences de communication ou des artistes d’oser. « Nous sommes face à un écueil énorme qui annihile la créativité… On rationnalise les dispositifs au détriment de la créativité. La donnée rassure les annonceurs mais les piège aussi dans des opérations trop lissées… », explique Matthieu de Lesseux, CEO de l’agence DDB Paris. Crise oblige, beaucoup d’annonceurs estiment que leur salut passera forcément par la data et permettra de répondre à leurs objectifs de croissance. Un mode de fonctionnement qui tout doucement met en place un ordre établi où la créativité deviendrait presque un acte de rébellion… « La data au-delà d’être un terme à la mode est aussi un médicament à utiliser avec parcimonie. Mark Zuckerberg ou Steve Jobs n’ont pas attendu pour oser et construire des empires… », rajoute M. de Lesseux.

Mais finalement, la data sans l’imaginaire de l’homme n’est rien. Et il va donc falloir surveiller ceux qui ont entre leurs mains la vie chiffrée des individus. Et même si la législation se renforce sur la protection des données, on assiste à une réécriture du pouvoir. Une réécriture dont l’issue reste encore incertaine pour cause de règles de jeu non définies doublées d’un manque de pédagogie flagrant pour le citoyen…

Gael Clouzard / @G_ael

Illustrations : Tallia Oester

Article paru dans la  revue digitale n°9 : La Data, et moi, et moi… émois ?

La rédaction

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