7 mars 2017

Temps de lecture : 4 min

Où et comment favorise-t-on l’entrepreneuriat féminin ?

Développer sa boîte n’est pas toujours une sinécure… encore moins quand on est une femme et encore moins en France. Car d’autres pays sont nettement plus facilitateurs, laissant prospérer les entreprises détenues par des femmes. Radioscopie avec le Mastercard Index of Women Entrepreneurs réalisé dans 54 pays.

Développer sa boîte n’est pas toujours une sinécure… encore moins quand on est une femme et encore moins en France. Car d’autres pays sont nettement plus facilitateurs, laissant prospérer les entreprises détenues par des femmes. Radioscopie avec le Mastercard Index of Women Entrepreneurs réalisé dans 54 pays.

Avec (seulement) 25% de femmes parmi les entrepreneurs, la France -pourtant juridiquement, socialement, culturellement et économiquement développée- est loin très loin des 10 premiers pays dans le monde où le nombre d’entrepreneuses flirte entre 34, 8% pour l’Ouganda, le premier et 30,7% pour les USA, le 10ème. Laissant même des pays voisins comme l’Espagne, le Portugal, la Pologne, la Hongrie, l’Italie, la Suisse, la Belgique, le Royaume Uni, l’Allemagne ou la Roumanie lui damer le pion ! Pourquoi ? Tout simplement parce que la France ne fait pas non plus partie des 10 marchés offrant les meilleures conditions et opportunités administratives et financières pour l’entreprenariat féminin… Se situant encore une fois au milieu du tableau derrière la Nouvelle Zélande, le Canada et les USA sur le podium mais aussi, la Belgique, le Royaume Uni, le Danemark, le Portugal, l’Espagne et la Suisse pour ne parler que du continent européen.

Dommage car les Françaises sont courageuses et ambitieuses, les deux qualités affichées par toute entrepreneure aux quatre coins du monde. Et beaucoup voudraient se lancer dans cette grande aventure. D’autant plus facilement que pour elles si c’est donner naissance à leurs idées, c’est aussi se réaliser en développant une autre forme de management et d’approche stratégique… D’ailleurs, elles n’ont (presque) rien à perdre puisque dans les circuits professionnels traditionnels, elles sont rémunérées entre 18% et 23% moins cher (20% dans la communication) tandis que leur retraite est 26% moins élevée que celle de leurs pairs masculins.

Mais la France n’était pas le seul sujet d’observation du rapport, Mastercard Index of Women Entrepreneurs, qui a étudié la capacité des femmes entrepreneures à capitaliser sur les opportunités par diverses conditions favorables de leur environnement local en représentant la somme pondérée de 3 composantes : degré d’avancement des femmes, actifs de connaissance et actifs financiers, conditions favorables pour entreprendre dans 54 pays (*).

La France absente des 10 premiers pays

On y apprend ainsi que le courage est ce qui stimule l’entrepreneuriat féminin sur les marchés en développement. L’Ouganda (34,8 %), le Bangladesh (31,6 %, le Vietnam (31,4 %) et la Chine (30,9 %) comptent parmi les dix premiers marchés dans lesquels la proportion de femmes entrepreneures est en pourcentage plus élevé par rapport au nombre total d’entrepreneurs. Dans ces économies, les femmes capitalisent sur des opportunités d’affaires qui ne reposent pas sur les seules connaissances ou capacités d’innovation. Toutefois, les entreprises prospères ne peuvent pas se reposer uniquement sur le courage. Pour aider les femmes entrepreneures à réussir, il leur faut un accès à des services et à des produits financiers; la facilité de développer des affaires; un soutien solide aux PME et une gouvernance de qualité, comme en Nouvelle-Zélande (74,4, 1er), au Canada (72,4, 2ème), aux États-Unis (69,9, 3ème), en Suède (69,6, 4ème) et à Singapour (69,5, 5ème), pays qui occupent les 5 premières places de l’étude.

En complément, l’étude suggère aussi que les pays aux conditions les plus favorables aux entreprises encouragent davantage les entrepreneures motivées par les opportunités (poussés par le désir de progresser), tandis que les pays aux conditions les moins favorables tendent à engendrer davantage d’entrepreneures motivées par le besoin. D’autre part, les scores plus ou moins modestes de pays comme les Philippines (68,4, 8ème), le Pérou (64,3, 23ème), la Malaisie (63,9, 25ème), la Chine (61,3, 31ème), le Mexique (59,1, 40ème) témoignent de conditions peu favorables en dépit d’un paysage entrepreneurial local très dynamique avec une perception très saine des opportunités d’affaire et une haute estime pour le statut des entrepreneurs qui réussissent. Là les femmes entrepreneures sont souvent motivées par de forts désirs de réussite. Tandis qu’en Inde (41,7, 49ème), en Arabie Saoudite (37,2, 52ème) et en Egypte (34, 53ème), les résultats encore plus faibles indiquent que les femmes doivent affronter des préjugés culturels lourds qui les empêchent d’accéder à des opportunités d’entreprendre.

Quels sont les leviers pour accompagner l’ambition des entrepreneuses ?

Au-delà du constat, l’étude explore les divers facteurs qui aident ces entrepreneuses à avoir confiance, à dépasser la peur de l’échec ou encore les faibles perspectives d’évolution professionnelle. Parmi les pistes qui restent très sensées et très raisonnables : un accès à des services et à des produits financiers, la facilité administrative et/ou réglementaire de développer leur business, un soutien solide aux PME et une gouvernance de qualité. Sans oublier pour certaines parties du globe : l’éducation et la formation. Or la partie est loin d’être gagnée selon le rapport, car dans presque toutes les économies analysées (54 au total) une au moins de ces contraintes, quand ce ne sont pas plusieurs freinent le progrès des femmes en tant que chef d’entreprises. « La prédominance de femmes ambitieuses et inventives doit être considérée comme une opportunité unique de faire des affaires. Alors que la société s’attaque aux préjugés culturels, de notre côté nous y participerons en contribuant à créer les conditions qui renforceront et alimenteront les bases de l’épanouissement personnel et de la croissance économique », déclare Martina Hund-Mejean, CFO de Mastercard. Tandis qu’Ann Cairns, Présidente, Marchés internationaux de Mastercard précise : «Notre étude montre que, en augmentant l’accès aux réseaux critiques, les femmes sont plus en mesure de prendre conscience de leur plein potentiel, d’atteindre leurs objectifs et, finalement, d’accélérer une croissance plus inclusive. Nous avons une excellente occasion de traiter des questions culturelles et organisationnelles et de responsabiliser davantage les femmes leaders ».

Alors, avec LA « Journée internationale des droits de la femme » célébrée comme tous les 8 mars, la thématique de la femme est servie à toutes les sauces par les marques, les institutions ou les associations ! Et à juste titre, car de la mixité naissent la créativité, l’innovation, la performance, la pérennité, l’intelligence collective… Et on ne le dira jamais assez ! Mais parfois ces initiatives ou prises de parole plus ou moins concrètes sont réalisées avec plus ou moins de pertinence, d’opportunisme et d’effet. Ne devrait-on pas se recentrer sur les priorités quand on voit les besoins et les aspirations mis en évidence par l’étude, partout dans le monde ?

(*) L’indice utilise 12 indicateurs et 25 sous-indicateurs pour examiner comment 54 économies d’Asie-Pacifique, du Moyen-Orient et d’Afrique, d’Amérique du Nord, d’Amérique latine et d’Europe, représentant 78,6% de la main-d’œuvre féminine mondiale, diffèrent en termes de niveau de résultats d’avancement des femmes, actifs du savoir et accès financier, et facteurs favorables à l’entreprenariat.

Photo de Une : working women emojis

Berthier Florence

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