21 juin 2017

Temps de lecture : 5 min

Cannes Lions : un film gênant, Halle Berry est passée par là et la production monte en puissance

Que s’est-il passé sur la Croisette pendant les dernières vingt-quatre heures ? La rédaction d’INfluencia vous livre quelques pépites sur le festival et ses travées.

Que s’est-il passé sur la Croisette pendant les dernières vingt-quatre heures ? La rédaction d’INfluencia vous livre quelques pépites sur le festival et ses travées.

Production :  » Il y a une lame de fond qui est en train d’arriver sur la pub « 

Pour la deuxième année consécutive les Cannes Lions mettent l’entertainment à l’honneur. Dans le Palais II, les conférences s’enchaînent comme les morceaux des DJ des beach parties de la Croisette. C’est l’occasion pour les boîtes de production françaises de conforter une certitude :  » Il y a une lame de fond qui est en train d’arriver sur la pub « , nous confie Philippe Savine de Quad, qu’on a croisé après une conférence organisée par Paramount, et qui nous a permis de constater qu’Alicia Silvertone de  » Crying « ,  le clip mythique d’Aerosmith, n’avait pas pris une ride.  » Les marques commencent à comprendre qu’elles doivent divertir et ce n’est pas un hasard si les diffuseurs sont également à Cannes, comme Spotify ou Snapchat « , poursuit l’ancien associé de Caporal Films, ravi par la qualité des conférences.

Le matin même, la plate-forme suédoise a d’ailleurs annoncé un deal avec Russell Simmons, fondateur du label Def Jam, pour la réalisation d’un documentaire diffusé sur le service VOD du streamer.  » Cela veut dire quoi ? Que Spotify va devenir un nouveau MTV ? « , questionne Philippe Savine, enthousiaste comme un scout devant une tente Quechua :  » La première révolution était d’amener une appli musicale sur notre téléphone, maintenant que c’est fait pourquoi ne pas y amener la vidéo ! Quand je vois que Condé Nast a aussi annoncé la sortie de deux longs métrages après avoir déjà produit dix documentaires l’an passé, je me dis que toutes les cartes sont rebattues. C’est génial, plus rien n’est impossible « . Si pour lui, les Américains sont en avance dans l’adaptation à cette transformation fondamentale – » les Français sont encore plus hésitants « – le producteur de Quad est convaincu que la quadrature du cercle repose sur une problématique :  » Le papier se meurt, donc si tu n’offres pas au client le média de demain, il va se casser « .

On a croisé Halle Berry

Il y avait de l’excitation hier au Havas Café, le QG du groupe français aux Cannes Lions. Une sorte d’effervescence pour la venue d’une actrice mondialement connue et engagée dans différents combats pour l’égalité des femmes. Et cette personnalité, Halle Berry, est revenue sur la condition de la femme en 2017 mais aussi comment elle conçoit sa relation avec les marques. Accompagnée sur scène de la chanteuse, Ellie Goulding, et du Chairman d’Universal Studio, Sir Lucian Grainge. La star américaine a précisé ce que devait être la condition de la femme : « Une femme ne peut être reconnue dans une société pour son rôle de mère ou de femme aimante. C’est inconcevable d’être aussi réducteur. Etre une bonne mère est naturelle. Cela ne devrait en aucun cas être une reconnaissance sociale ». Et surtout en 2017… Elle précise aussi que la représentation féminine à des postes clefs dans le cinéma doit être renforcée : « Plus nous aurons des femmes productrices, réalisatrices et actrices, plus nous pourrons de l’intérieur changer la perception de la femme et ainsi rééquilibrer notre présence au sein de l’industrie cinématographique ». Mais a rajouté le chairman d’Universal Studio : « à condition que la méritocratie demeure au centre de ces transformations ».

Concernant son rapport aux marques, l’actrice qui fut mariée à l’acteur français, Olivier Martinez, insiste sur les valeurs qu’elle doit représenter : « je veux des marques philanthropiques, respectueuses de l’environnement. J’ai besoin de croire en mes partenaires à qui je vais donner de la visibilité. Et surtout, je veux que mes fans qui achètent leurs produits soient fiers de les porter pour les messages qu’ils représentent. Et, j’essaie aussi de faire un choix dans la durée. Comme Revlon avec qui je suis restée vingt ans. J’ai pu travailler avec eux sur la représentativité des femmes de couleurs. Et je suis fière d’avoir contribué à un vrai changement de culture et d’image pour la marque ». Bon, certes on la félicite pour ce résultat mais quand on défend des valeurs liées à l’environnement, on ne peut feindre d’ignorer que le groupe américain de cosmétique continu d’utiliser des animaux en laboratoire pour parfaire ses produits. Elle a juste décidé de l’occulter. C’est son choix… Et l’actrice termine son intervention en précisant justement qu’elle est prête à travailler avec de nouveaux annonceurs qui lui permettront de porter ses messages. En fin de cession où tout parait merveilleux et positif face à un public conquis, on regrettera de ne pas avoir pu poser de questions. De ne pas avoir pu échanger pour donner plus de corps à une intervention sympathique mais tellement lissée comme seuls les américains savent le faire…

Le mal à l’aise plus efficace que l’empathie

Si certaines agences créatives commencent à saturer de la domination des campagnes de bons sentiments réservées aux bonnes causes -ou quand la pub ne veut plus assumer qu’elle reste de la pub- ce n’est pas la conférence sur l’entertainment comme vecteur de changement qui a dû apaiser l’aigreur montante. Après un petit déjeuner dans le monde merveilleux de Facebook et avant les apéros les pieds dans le sable, le court métrage  » HOME  » a bien plombé l’ambiance. Normal, le film soutenu par les Nations Unies et l’agence BBH Londres, raconte l’histoire d’une famille blanche britannique qui semble partir en vacances mais se retrouve à vivre la vie de réfugiés en fuite coincés entre la guerre et la misère.

En vingt minutes,  » HOME « , récompensé aux BAFTA et diffusé dans 25 festivals dans le monde entier, profite du pouvoir du film et de l’image pour  » provoquer l’empathie et permettre de se mettre à la place de ceux qui vivent ça « , explique Anthony Austin, CEO de Black Sleep Studios, qui appartient à BBH. Le film est plus crispant qu’émouvant et met plus mal à l’aise qu’il ne suscite la sympathie pour les réfugiés, mais pour le réalisateur Daniel Mulloy :  » le choix de mettre en scène des britanniques blancs a été fait pour pouvoir garder l’audience devant l’écran. Elle peut s’identifier, se dire que ça pourrait être elle ou quelqu’un de son voisinage « . Disponible gratuitement sur Viméo, le 20 juin, pour la Journée mondiale des réfugiés,  » HOME  » symbolise le pouvoir d’un film et du divertissement, même sombre, sur le débat et l’action politique.  » Les gens doivent comprendre qu’un réfugié fuit pour rester en vie, pas pour s’installer ailleurs. Le message du film est de montrer que nous ne sommes qu’un, que l’autre est aussi sa famille et que l’amour est une valeur universelle « , conclut l’actrice Arta Dobroshi, ancienne réfugiée kosovarde. Mais concrètement, que peut faire la pub pour cette cause à part gagner des prix ?

Havas Café passe au scanner les femmes de la communication
Le jour 2 de l’émission MyLioness, présentée par Pascal Cübb, s’intéresse à la présence, aux motivations et aux ambitions professionnelles des femmes dans la communication.

Juste pour le plaisirDans le tourbillon publicitaire, il arrive parfois que certaines campagnes passent à la trappe et les Cannes Lions sont l’occasion de s’offrir une session de rattrapage. Une sélection print à voir ou à revoir, juste pour le plaisir.

Scholz & Friends (Allemagne)

Y&R (Kenya)

The Kraft Heinz Company (USA)
 Circus Grey (Pérou)

Amnesty International

Google
 Ogilvy

 

La rédaction

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