25 septembre 2019

Temps de lecture : 3 min

Les Britanniques rêvent à un « Droit au sommeil »

A travers une lettre ouverte qui sillonne littéralement les rues londoniennes, Eve Sleep, entreprise britannique spécialisée dans la vente en ligne de matelas haut de gamme, appelle le gouvernement anglais à reconnaitre le sommeil comme un droit fondamental.

A travers une lettre ouverte qui sillonne littéralement les rues londoniennes, Eve Sleep, entreprise britannique spécialisée dans la vente en ligne de matelas haut de gamme, appelle le gouvernement anglais à reconnaitre le sommeil comme un droit fondamental.

Le sommeil n’est pas une notion juridique, certes. Pourtant le droit n’hésite pas à intervenir pour le protéger et le règlementer. Mais quand la loi n’existe pas, le simple bon sens ne suffit plus. Eve sleep, spécialiste européen de la literie et du bien-être du sommeil, en a marre de compter les moutons. Le 27 aout dernier, la marque d’Outre Manche a adressé une lettre ouverte à Robert Buckland, Lord Chancelier et Secrétaire d’État à la Justice britannique, pour lui demander de modifier le « Human Rights Act 1998 » -la charte britannique des droits de l’homme- afin d’y faire figurer le sommeil comme un droit pour tous les Anglais. Une modification de la loi britannique qui pourrait donner des idées à ses voisins européens et notamment à la France, où le repos est déjà mentionné comme un droit fondamental dans le Préambule de la Constitution de 1946.

Bien que le sommeil soit aussi important qu’une alimentation saine ou une pratique sportive régulière pour garantir un bien-être physique et mental, il ne figure pas sur la liste des droits inaliénables établie par la loi anglaise. Afin d’éveiller les consciences, Eve sleep a effectué un travail typologique en identifiant les professions les plus vulnérables au manque de sommeil. Caracolent en tête, et sans surprises, les riverains de l’aéroport d’Heathrow, les travailleurs de nuit et les médecins urgentistes, dont la santé pourrait être considérablement améliorée avec le changement de la loi.

Vis ma vie d’insomniaque

Le 27 septembre 2018, des chercheurs de l’Université du Michigan publiaient une étude intitulée « Effects of sleep deprivation on procedural errors » ou « les effets du manque de sommeil sur les erreurs procédurales ». Leur méthode ? Demander aux 234 volontaires de se rendre au laboratoire à 22h pour effectuer une série de tâches dans un certain ordre. Les chercheurs ont ensuite interrompu certains participants, les priant de se souvenir où ils en étaient avant de continuer. A minuit, la moitié des personnes est restée au laboratoire tandis que l’autre est rentrée dormir. Le lendemain, tout le monde devait à nouveau exécuter la série de tâches. Leurs résultats sont limpides :

« Tous les participants ont effectué correctement les tâches le soir, mais environ 15% des participants du groupe des insomniaques n’y est pas parvenu le lendemain matin, contre 1% de ceux qui avaient dormi », résume Kimberly Fenn, co-auteure de l’étude. Quand on lui demande d’interpréter concrètement ces données, la chercheuse répond que « les erreurs humaines dans le domaine de la chirurgie, des transports ou dans les usines nucléaires sont principalement causées par le manque de sommeil. De nombreuses personnes exerçant des professions à risque ne dorment pas assez. Des études ont montré que près d’un quart des personnes exerçant des métiers aux protocoles rigoureux s’endormait au travail ». De quoi se taper une bonne insomnie avant une anesthésie générale…

La lettre ouverte qui a été remise par Eve au Parlement, et publiée sur un panneau d’affichage à l’extérieur du palais de Westminster, témoigne d’un réel engagement à se battre pour le sommeil de ses clients au de la de sa juridiction. Comme Batman, mais aucun rapport… À la recherche d’un éveil sociétal, Eve sleep annonce faire suivre sa lettre par la création d’un groupe de réflexion composé d’experts de l’industrie et chargé d’élaborer un livre blanc détaillant l’incidence que la modification de cette loi aurait en Grande-Bretagne.

Objectif Bollywood

« Chez Eve, nous avons pour mission d’aider notre pays à réaliser et à apprécier l’importance d’un bon sommeil sur le bien-être. Cette campagne est le prolongement naturel de notre responsabilité dans l’amélioration du sommeil de tous. Pour convaincre le gouvernement de la solidité de nos arguments, nous faisons appel à des experts, des entreprises, des influenceurs et des organismes de bienfaisance à travers le pays pour nous aider à faire du sommeil un droit humain fondamental », affirme James Sturrock, PDG d’Eve sleep

Depuis février 2016, le sommeil n’est protégé par la loi qu’en Inde. La Cour suprême locale avait estimé que le sommeil relevait du droit à la vie parce qu’il est essentiel pour « maintenir le délicat équilibre de santé nécessaire à son existence et à sa survie ». En Grande-Bretagne, il se dit que le gouvernement serait prêt à examiner les données probantes sur une corrélation entre sommeil et santé et à publier des directives officielles sur le nombre minimum d’heures de sommeil que les gens devraient atteindre chaque nuit. Toutefois, il n’y a eu jusqu’à présent aucun engagement à modifier directement le « Human Rights Act » pour y inclure spécifiquement le droit au sommeil. En attendant, sleep well et dormez sur vos deux oreilles.

Montagut Sacha

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