12 juin 2015

Temps de lecture : 4 min

Bienvenue dans l’ère du reportage immersif

Les médias d’informations passent un cap avec la sortie d’une série de reportages en 360° avec un masque de réalité virtuelle. Une possible révolution...

Les médias d’informations passent un cap avec la sortie d’une série de reportages en 360° avec un masque de réalité virtuelle. Une possible révolution…

Désormais le monde des jeux vidéo et le cinéma ne sont plus vraiment les seuls à évoluer dans un masque de réalité virtuelle. Le journalisme prend la balle au bond et s’adapte à cette nouvelle technologie. OKIO Studio*, une maison de production spécialisée dans cette nouvelle technologie, lance une série de reportages inédits dans la conception mais aussi la diffusion.

Les reportages seront interactifs grâce à un dispositif de captation à 360°. L’utilisateur pourra, avec sa souris, déplacer son regard et vivre plutôt que regarder l’information. L’usager se place dans la peau d’un observateur atténuant ainsi l’aspect passif de la télévision. « Une immense majorité de sujets ont un intérêt à être vécus en immersion comme le lieu, le personnage ou l’ambiance sonore. Baigner dans un univers « comme si vous y étiez » a de l’intérêt s’il sert au traitement et à la couverture du sujet. », explique le journaliste reporter Raphaël Beaugrand, en charge du projet chez OKIO Studio.

Le lancement des premiers reportages aura lieu en septembre 2015. Vous pourrez ainsi vous balader aux côtés des rebelles syriens, découvrir un camp de Roms dans la ville de Ris-Orangis dans l’Essonne, côtoyer les pompiers de la plus grande caserne de Paris, se faire un petit round avec un boxer thaï ou encore assister à une cérémonie d’offrandes au Japon. « Comment mieux ressentir le désarroi des habitants d’un pays en guerre autrement quand étant dans leur peau en ayant troqué leurs yeux et leurs oreilles grâce à la réalité virtuelle ? Comment mieux ressentir la tension, le courage ou l’émotion d’un boxeur autrement qu’en baignant dans son univers, en passant du vestiaire à l’entrainement et du match au vestiaire ? Comment mieux ressentir la tension qui existe dans un camion de pompiers autrement qu’en y étant? Les exemples qui appuient l’intérêt de se retrouver en immersion ne manquent pas. Au-delà des mots, la meilleure façon de comprendre étant clairement d’en faire l’expérience. » précise le journaliste.

Avec l’arrivée en 2014 de l’Oculus Rift de Facebook, le Gear VR de Samsung et plus récemment de LG, de HTC et probablement Apple et le Morpheus de Sony, le marché des masques de réalité virtuelle fait beaucoup de bruit et alimente les conversations à défaut de vraiment se vendre. Mais son potentiel est énorme surtout dans l’univers du gaming ou il pourrait devenir incontournable dans les cinq années à venir. Xbox vient d’ailleurs de signer un partenariat avec Oculus Rift ce qui augure des rapprochements stratégiques à venir entre les différents acteurs. Alors il n’y a pas de raison que le journalisme reste à l’écart de ce nouvel écran qui pourrait  changer le métier et générer un nouveau modèle économique. Une experience de ce type a déjà été, entre autres, tentée au forum de Davos en 2014 et s’intitulait  » Project Syria « . Elle démontrait justement la différence entre le journalisme d’immersion et la gamification. Certes le procédé est similaire mais la narration est totalement différente.

Attention quand même à ne pas transformer l’information journalistique en infotainment. Il serait regrettable de se balader, sous prétexte de sensibilisation, dans les rues de Damas ou de Alep en pensant être dans un jeu de Resident Evil… L’écriture et la mise en scène seront primordiales pour ne pas faire perdre les repères entre fiction et réalité et ainsi éviter toutes formes de divertissements malvenus.

* Okio studio créé par Antoine Cayrol et Pierre Zandrowicz de Fatcat Films (groupe Première Heure) et Lorenzo Benedetti de Studio Bagel (Groupe Canal +)

  » Un moyen de téléportation qui n’existait pas auparavant « 
Interview de Raphaël Beaugrand

INfluencia : pensez-vous vraiment que ce type de technologie va changer la consommation des médias d’informations ?

Raphaël Beaugrand : la changer non, la faire évoluer avec son temps oui. Le lecteur, le téléspectateur, l’auditeur ou l’internaute auront à leur disposition une facette de l’information en plus, qui viendra s’ajouter aux contenus « traditionnels » en apportant une expérience immersive idéale pour découvrir le réel. Et cette découverte se fait comme si le consommateur était dans la peau du journaliste, à écouter, à observer et à ressentir les mêmes choses que lui. D’habitude passifs dans leur consommation de l’information, les gens sont obligés d’être actifs pour voir ce qu’ils ont décidé de voir. Ils découvrent alors le réel comme s’ils y étaient, guidés par les émotions que le réel leur a procurées.

IN : comment adapte t-on la narration et la réalisation d’un reportage pour ce type de support.  Avez vous repensé à une nouvelle forme d’écriture journalistique ?

Raphaël Beaugrand : l’objectif du réalisateur est de tout mettre en oeuvre pour que la réalité du sujet soit fidèlement retranscrite. Il faut donc laisser au spectateur le temps de regarder tout autour de lui, de ressentir l’ambiance telle qu’elle est et d’écouter le témoignage des sujets du reportage. La narration et la réalisation doivent servir ces objectifs et uniquement ceux-là. Le montage des images et du son doivent permettre au spectacteur de découvrir le monde comme il est, en étant « dans la peau de ». Le défi étant de guider le spectateur d’une séquence à une autre sans qu’il se sente perdu au milieu de nulle part.

IN : après la TV, le cinéma, le billboard, l’ordinateur, la tablette, le smartphone, la montre connectée ou encore les lunettes connectées, n’est-ce pas là l’écran de trop ?

Raphaël Beaugrand : ce n’est pas seulement un écran en plus, c’est surtout une expérience nouvelle. C’est un moyen de téléportation qui n’existait pas auparavant et qui permet d’être quelque part sans y avoir jamais été physiquement. Avec ce support, les utilisateurs ont la possibilité de vivre une expérience unique et complémentaire de celles offertes par les supports actuels. D’ailleurs, la VR peut se vivre avec un smartphone, un ordinateur ou une tablette. Et, au vue des avancées fulgurantes de cette technologie et des sensations qu’elle procure aujourd’hui, je me demande si les autres écrans ne seront pas bientôt « en trop ».

Clouzard Gaël

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