20 mars 2013

Temps de lecture : 2 min

Bientôt le tweet post-mortem ?

Freud a inventé le Surmoi et le Ça, les réseaux sociaux créent le Moi réel et le Moi digital. Et avec le progrès des nouvelles technologies, notre deuxième vie sur la Toile peut se prolonger après la mort... Grâce (ou à cause de) l’intelligence artificielle, un programme expérimental permet donc à un mort de continuer à hanter Twitter... Vous avez dit glauque ?

« Quand votre cœur s’arrêtera de battre, vous continuerez  à tweeter. Bienvenue dans votre « après-vie sociale » ». En une simple tagline, LivesOn résume franchement l’esprit d’une ambition moralement dérangeante : poursuivre sa vie digitale depuis l’au-delà. Créé par l’agence digitale londonienne Lean Mean Fighting Machine, en corrélation avec des développeurs de la Queen Mary University, ce projet polémique est testé depuis le début du mois par quelques volontaires, curieux de voir comment les imiteraient leurs fantômes après leur décès…

Utilisant de l’intelligence artificielle et des algorithmes, LivesOn se nourrit sur Twitter de vos choix de posts, de votre syntaxe et de vos appréciations pour ensuite être capable de tweeter à votre place après votre trépas. Aussi morbide qu’intéressant et intriguant, ce projet expérimental soulève des questions morales et philosophiques. Pour Dave Bedwood, directeur créatif associé de Lean Mean Fighting Machine, LivesOn « interpelle avant même que les premiers arguments éthiques ne soient discutés. Il offense certains et en réjouit d’autres. Imaginez ce que ce projet peut devenir si les gens commencent à le considérer comme un moyen modeste mais légitime de rester en vie ».

Après tout, peut-être certains citoyens ultra connectés souhaitent-ils sincèrement continuer d’exister sur le flux Twitter de leurs proches, quitte à ce que leur avatar remplace leur propre personne dans les mémoires des parents et amis. En 2010, dans une brillante intervention lors de la Conférence TED, Amber Case – directrice de l’Esri R&D Center et co-fondatrice de Geoloqi – assurait que la vie en ligne de notre second Moi social faisait de nous des cyborgs.

DeadSocial et la publication post mortem

Selon elle , l’être humain online devient un nouveau genre d’homo sapiens, fixé devant son écran et cliquant sur des boutons en tous genres. Nous dépendons désormais de « cerveaux externes » (téléphones mobiles et ordinateurs) pour communiquer, garder en mémoire, et même vivre des vies secondaires… Ces appareils finiront-ils par nous connecter ou nous conquérir ? LivesOn apporte sa part de réponse.

Présentée dans quelques jours au grand public lors du festival South By Southwest, la plate-forme britannique DeadSocial propose déjà à ses utilisateurs de tenir un calendrier de publications sur les réseaux sociaux (Facebook, Google+ et Twitter), sur lesquels elles seront envoyées après leur décès. Selon son fondateur James Norris, Facebook regroupe pour l’instant près de 3,24% de comptes de personnes décédées, comme le démontre concrètement l’application Ifidie.

Comment Facebook permet-il de vivre après la mort ?

Début 2012, la revue américaine The Atlantic publiait un entretien avec le philosophe australien Patrick Stokes, auteur d’un travail de recherche sur la mort dans les réseaux, titrant : « Comment Facebook permet de vivre après la mort, enfin en partie ». Le point de départ de cette étude ? « Facebook propose sur la droite de notre profil des gens que nous sommes supposés connaître, et dans la liste des suggestions qui me sont faites, il y a au moins deux personnes qui nous ont quittés. Facebook sait que ces gens sont morts et inscrit donc une petite mention qui indique “en mémoire de” », explique Stokes.

« Je me suis dit qu’il était un peu étrange que des personnes figurant dans ma liste de suggestions de contacts soient déjà mortes. Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’est-ce que cela dit de la présence des gens après la mort ? J’ai commencé à réfléchir au fait qu’il y une scission entre le « moi » tel que nous l’expérimentons dans le présent et cette sorte d’être physique et social augmenté que nous sommes par ailleurs », poursuit le philosophe australien. LivesOn le confortera dans sa réflexion !

Benjamin Adler /@BenjaminAdlerLA
Rubrique réalisée en partenariat avec ETO

La rédaction

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