7 octobre 2021

Temps de lecture : 5 min

Audencia lance Gaïa, la première école dédiée à la transition écologique et sociale

Face aux attentes grandissantes des étudiants et des entreprises en matière de formation RSE, et fidèle à son histoire, l’école de management Audencia crée une école de la transition écologique et sociale nommée Gaïa. The Good est allé à la rencontre de Christophe Germain, directeur général d’Audencia, et José Maillet, responsable de l’école Gaïa.

GaÏa
The Good : La RSE est au cœur de votre plan stratégique « Ecos 2025 ». Comment êtes-vous parvenus à une telle intégration de la RSE au sein de votre stratégie d’école ?

Christophe Germain : L’école a pris le virage de la RSE il y a 20 ans ce n’est donc pas quelque chose d’artificiel, de soudain. Cela s’inscrit dans un continum de choses engagées depuis un certain nombre d’années : nous avons un partenariat de longue date avec WWF, Audencia est la première école à avoir signé le Global Compact des Nations Unies, et la première école labellisée Lucie. Il fallait capitaliser sur cette expertise, en accélérant.

Nous avons défini notre nouvelle raison d’être pour l’école : être un acteur de la transformation vertueuse des individus, de la société et des organisations. Nous avons identifié 3 enjeux majeurs : l’aspect technologique et informationnel, la promotion d’organisation et d’une société plus inclusive et la mise en œuvre de business plans soutenables, qui tiennent compte des dimensions écologiques et sociales.

Pour structurer notre nouveau plan stratégique, nous devions être fidèles à notre histoire et notre ADN. Il nous fallait ouvrir une nouvelle frontière qui allait nous conduire à développer des projets au-delà de ce qui était notre mission jusqu’à présent. Il fallait que nous ayons de l’impact, sur le plan national comme international. Imaginer une formation à impact, ambitieuse, qui ne se fasse pas aux dépens de la sélectivité. Cela s’est traduit notamment par Gaia.

The Good : Vous venez d’annoncer la création d’une école dédiée à la transition écologique et sociale au sein de l’école : Gaïa. Quels sont les objectifs de cette école ? Comment cela s’insère-t-il dans le parcours « classique » d’Audencia ?

CG : Le 1er axe de notre nouveau plan stratégique est le lancement d’une école de la transition écologique et sociale, ce qui est une première en France pour une business school. Cette école ne sera pas à l’extérieur d’Audencia mais bien à l’intérieur. Elle a pour ambition de percoler l’ensemble de nos activités, être un sas, un laboratoire, un lieu où tout le monde aura la possibilité de s’immerger dans un environnement d’apprentissage pour y vivre des expériences et acquérir des compétences liées à la transition écologique et sociale.

Tous les étudiants, de toutes les formations, seront immergés, selon des dispositifs à géographie variable : formation longues, formations plus courtes, via un incubateur, etc… Cette école est centrée sur le développement de compétences chez les étudiants, pour que demain ils soient capables de se saisir des enjeux que l’on connait.

José Maillet : Nous souhaitons aborder les choses dans leur complexité, transversale, systémique. Il y a un besoin d’éclairage fort pour faire des choix de société.

Nous aurons un 1er bloc anthropocène pour faire un lien avec les enjeux du 21è siècle. Nous avons par exemple un cours de biologie qui traitera de l’histoire et de la dynamique du vivant et du bio-mimétisme. Nous traitons aussi des rapports humains vs nature via les anthologies, des cours sur l’histoire contemporaine et la grande accélération de l’humanité entre 1800 et aujourd’hui. Un cours de psychologie sur les biais cognitifs et les freins au changement. Un autre cours sur le design, les imaginaires, les utopies et les nouveaux récits environnementaux et sociaux. Nous avons aussi un bloc ingénieur, et un bloc classique d’école de commerce (droit/ RH/ management) « à la sauce Gaïa », qui font la part belle aux sujets comme la transition écologique et sociale par la fiscalité écologique, le management par la diversité et inclusion, histoire et tendances de l’évolution des droits des animaux, big data et protection des données personnelles, …

Les étudiants sont invités à faire un semestre Gaïa lors de leur 3è semestre à l’école (équivalent du M1). Ils peuvent ainsi se spécialiser dans un domaine « classique » comme la finance, tout en ayant une prise de recul forte – penser à la finance à impact, se demander comment l’argent que l’on génère va permettre de faire pousser des arbres à Bornéo, etc…

Nous devons accompagner les étudiants à intégrer ces enjeux dans leur pratique. Ainsi, pour les futurs professionnels du marketing, la nécessité de créer de nouveaux récits de vie pour migrer vers du mieux, donner envie avec une approche positive.

The Good : Pour former des étudiants, il faut d’abord des professeurs. Comment les recrutez-vous ? N’y a-t-il pas de pénurie de profil ?

CG : Les enseignants -chercheurs que nous avons recrutés ces dernières années ont rejoint Audencia parce qu’il y avait déjà cette dimension RSE au sein de l’école. Une très grande majorité des travaux de nos enseignants-chercheurs touchent à ces sujets-là.

Pour aller encore plus loin, nous allons mettre en place un plan de formation ambitieux pour accompagner nos professeurs. Il sera construit en collaboration avec Gaia.

JM : Dans les différents départements de recherche (finance, marketing, …) de l’école, de nombreux profils recrutés ont une appétence pour les enjeux sociaux ou environnementaux, et vont eux-mêmes recruter d’autres profils ayant ces enjeux-là. Depuis 15 ans, s’est façonné au sein de l’école un esprit en lien avec les sujets d’environnement et de société, qui permet à Gaïa de démarrer beaucoup plus vite sans être obligé de s’entourer de vacataires ou de professeurs réticents.

Par ailleurs nous avons des incentives pour les professeurs-chercheurs qui veulent publier leurs recherches sur des sujets ayant des approches systémiques et sociétales – ils sont initialement peu enclins à le faire car pour être reconnus, ils doivent publier à haut niveau et doivent donc pour cela être experts en leur matière.

The Good : Vous avez initié avec The Shift Project une démarche, ClimatSup Business. Quels en sont les objectifs ?

CG : The Shift Project va nous accompagner dans les 2 prochaines années de façon à scanner nos enseignements, identifier les trous dans la raquette, ce qui indispensable de dispenser dans nos cours pour compléter les compétences de nos étudiants par des compétences liées à la transition écologique et sociale.

JM : Le projet ClimatSup Business fait écho à un projet mené par The Shift Project en partenariat avec le groupe INSA pour diagnostiquer tous les contenus de cours de ses écoles. En sont sortis des propositions et un rapport excellent « mobiliser l’enseignement supérieur aux enjeux du changement climatique ». Je me suis demandé comment faire pour passer la seconde en école de commerce sur ces sujets-là, avec une approche métier. Les recommandations que The Shift Project nous fera doivent nous permettre de nous projeter dans les métiers de demain que nous ne connaissons pas encore aujourd’hui, et quelles compétences/connaissances un étudiant doit acquérir en prévision de ces métiers.

The Good : Au-delà du projet Gaïa et du volet formation, comment impulsez-vous la transition au sein de l’école, auprès de vos collaborateurs notamment ?

CG : En tant qu’institution nous tâchons de nous appliquer à nous même ce que nous enseignons. Par exemple, nous allons, en complément des outils de pilotage classiques, mettre en place un outil de comptabilité en triple capital lié à l’expertise de la Chaire que nous avons sur le sujet. Nous serons ainsi en mesure d’évaluer notre performance économique, mais aussi environnementale et sociale.

JM : Nous avons par exemple formé les 416 collaborateurs de l’école à la fresque du climat. Ils vont avoir la possibilité de devenir formateurs à leur tour. L’idée est de faire en sorte d’avoir en interne des personnes capables de former les étudiants et aussi de gagner en cohérence par l’acculturation au sein de tout le personnel.

Emilie Thiry

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