22 mai 2013

Temps de lecture : 4 min

Arnaud Peyroles : « Dans la rue, la foule est plus forte que tout ! »

Difficile de rester insensible aux événements du Trocadéro et surtout aux nombreux commentaires excessifs et peu inspirés qui les accompagnent lorsque l’on dirige la plus grande agence indépendante d’événement grand public en France. En effet c’est au contact de dizaines de millions de spectateurs qu’Ideactif développe la majorité de ses opérations.

L’intention était belle : offrir au public de Paris un sacre qui aurait dû rayonner bien au-delà des frontières françaises, au moins jusqu’aux yeux et aux oreilles des grands dirigeants des clubs européens et de la planète foot en général. Question de prestige… Bref, un sacre annonciateur d’un destin mondial pour le club parisien.

Pas question de hurler avec les loups, ni de jeter tous les projets d’événements grand public au fond de la Seine, juste essayer de comprendre.

L’évènement grand public, qui réunit parfois des centaines de milliers de spectateurs obéit à des règles aussi intangibles que les lois de la nature et la nature… on la respecte !

Règle n°1, sur l’espace public/la rue, la foule est plus forte que tout ! On ne la domine pas, on ne l’achète pas, on anticipe et on compose avec. Le plus souvent cela se passe bien. Nos politiques le savent et lui doivent les grands mouvements de société. Le printemps arabe en a fait récemment une éclatante démonstration. Tout autant que les sacres et les fêtes, le jubilé de la reine d’Angleterre ou encore les JO sont des exemples flagrants de l’incroyable impact des grands événements populaires.

En effet, qu’il s’agisse des routes du Tour de France peuplées de millions de spectateurs, de grandes fêtes populaires que sont le 21 juin ou le 13 juillet, de grands festivals de musique, autant de contextes que je connais bien, des centaines d’occasions permettent au public de se retrouver en nombre dans la rue sans que cela ne tourne au fiasco auquel on a assisté lundi soir.

La nuit de dimanche avait déjà vu les Champs Elysées spontanément envahis par le peuple du PSG venu fêter, dans la liesse, ce titre de champion de France sans que les quelques débordements enregistrés n’aient inquiétés qui que ce soit au point d’annuler la suite.

Depuis quelques années, le club parisien a généré, bien contre sa volonté, la formation de groupes hooligans tellement radicaux et violents qu’ils réveillent dans nos mémoires les heures les plus sombres de notre histoire.

Les milices armées ne sont pas loin, vivons comme un soulagement qu’elles ne se préoccupent, au fond, que de répandre la violence au nom d’un blason de club de foot et non d’un projet de société. Espérons que de leur connerie, notre mémoire et notre vigilance nous mettra provisoirement à l’abri.

Ces groupes, le PSG, les autorités s’en sont bien occupées, les mettant hors d’état de nuire dans le cadre des matchs, rendant de nouveau fréquentable le Parc des Princes au plus grand nombre que sont les passionnés.

Aucun contrôle de ces fanatiques n’étant prévu lors de la rencontre avec les stars du PSG lundi au Trocadéro, le naturel est revenu au galop, les ultras reniés ayant alors le temps de planifier leur grand retour.

Par ailleurs, les casseurs rôdent et viennent toujours à tout ce qui peut s’apparenter à une occasion de vandaliser, détruire et terroriser. Mais ne le font pas et sont vite maîtrisés, s’ils sont entourés d’un public innombrable et peu enclin à les suivre.

Le clash de lundi est l’histoire d’une rencontre, de mauvaises retrouvailles et d’un divorce inachevé entre le PSG en quête de triomphe romain et de gloire mondiale, et cette part honteuse de ses fans, d’autant plus motivés à régler leurs comptes qu’ils ont été muselés depuis des années par le club.

Et là tout d’un coup, les ultras réapparaissent aussi toxiques qu’avant, bien décidés à gâcher la fête, modifiant quelque peu la mise en scène imaginée, pour faire de magnifiques images qui auraient fait le tour du monde…

Alors oui, les ultras ajoutés aux casseurs, ça part tout seul et ça conduit au gâchis auquel on a assisté.

Je terminerai par cette formule que j’emploie et qui sidère parfois mes interlocuteurs, dirigeants de sociétés, lorsqu’ils nous missionnent et qu’ils nous confient le déploiement de leur marque dans l’espace public à grand renfort de budget : « La première question que nous allons devoir éviter que les gens se posent en vous voyant c’est : qu’est ce que vous foutez là ? »

Contrairement à ce qui se passe dans un écran publicitaire ou un point de vente où tout est sous contrôle, dans la rue, la foule a toujours le pouvoir et il faut composer avec. Du coup, la légitimité à intervenir et comment intervenir est une question centrale totalement incontournable. Mais bien abordé, un événement est générateur d’enthousiasme et d’un vrai climat de fête. Puisque nos souvenirs les plus forts sont souvent issus des grands événements que nous avons vécus, pour le plus grand profit des marques qui savent en tenir compte.

Un peu comme sortir en mer ou en montagne, avant de partir, on jette un œil sur la météo. Et là, avant de sortir le bus et le bateau, un petit coup d’œil à la météo sociale du petit monde du PSG aurait été le bienvenu…

Arnaud PEYROLES
Président d’Ideactif et de l’édition 2013 du Raffut

Rubrique réalisée en partenariat avec le Raffut

* Créé en 2010, le Raffut est le Club des créateurs d’événements grand public. Composé de 14 membres (Auditoire, CPM, DDB Live for people, Double 2, Havas Event, Idéactif, Magic Garden Agency, Ledouze, Market Place, Rosbeef, Passage Piéton, Pro Deo, Publicis Event,  Rouge et ubi bene), il a pour vocation de fédérer les agences autour d’une vision commune sur le métier de l’événementiel grand public. Chaque année, le club décerne un prix, « Le Raffut » qui récompense le « dispositif de communication hors-norme à destination du grand public bénéficiant d’un large effet d’amplification ». Il a été attribué à M6 Mobile/Double 2 en 2011 et Ikea/Ubi Bene en 2012. Le Raffut 2013 sera remis le 2 juillet prochain.

La rédaction

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