29 mars 2017

Temps de lecture : 4 min

Agences : les femmes coincées entre le « tout ou rien » et le « plafond de verre »

Quelles raisons freinent ou encouragent le désir de leadership chez les femmes ? Pour mieux comprendre la situation et y remédier, Omnicom France a mené une étude dans ses agences et lance le programme Omniwomen.

Quelles raisons freinent ou encouragent le désir de leadership chez les femmes ? Pour mieux comprendre la situation et y remédier, Omnicom France a mené une étude dans ses agences et lance le programme Omniwomen.

En 2014, Janet Riccio, alors Executive Vice President d’Omnicom Group a l’idée de créer Omniwomen, un projet qui a pour ambition de permettre à plus de femmes de devenir leaders. La Grande Bretagne lui emboîte le pas en 2015, la Chine en 2016, l’Allemagne le 8 mars dernier. C’est aujourd’hui au tour de la France de lancer Omniwomen avec une série d’initiatives qui auront lieu toute l’année : une journée le 27 avril dont la marraine est Fleur Pellerin et qui réunira les potentiels leaders féminins de demain, des actions de mentoring, des créations de réseaux féminins au sein d’Omnicom en France, un site dédié, une page facebook… « Nous avons mené, en France, avec la société Flamingo, une étude auprès de huit agences du groupe (DDB, Fleishmann, Proximity BBDO, CLM BBDO, TBWA, OMG, Daytona et CPM) en interviewant huit groupes de femmes à haut potentiel ayant entre 1 et jusqu’à plus de 9 ans d’expérience. Et ses enseignements nous ont montré la nécessité d’agir », explique Valérie Acary, présidente de BBDO Paris, chairwoman du projet.

Le constat de départ : les femmes entrent dans la vie professionnelle avec la même envie que les hommes de faire carrière. Seuls deux moments de rupture les retiennent :

– l’effet « plafond de verre », qui correspond aux femmes plutôt seniors dans leur métier. Pourtant bien établies dans leur rôle au sein de l’agence où elles se trouvent, elles ont pour autant le sentiment de ne jamais atteindre le « premier cercle ». Elles ont la sensation de stagner et de ne pas avoir suffisamment de pouvoir pour influencer le futur de l’entreprise. L’effet « plafond de verre » existe donc toujours, et leur semble plus impénétrable que jamais. Alors, comment challenger le « boy’s club » à la tête des agences ?

– l’effet « tout ou rien », qui touche plutôt les trentenaires ayant 6 à 9 ans d’expérience. Arrivées à un moment charnière de leur carrière, ces femmes qui ont le vent en poupe dans les agences et suffisamment d’expérience pour manager des équipes, se posent des questionnements forts (recherche de sens dans leur métier, nouveaux projets qui émergent, maternité). Des questions qui aboutissent au sentiment que le leadership c’est « tout ou rien ». Soit on y va à 100%, soit on abandonne l’idée d’une carrière de leader. « Travailler dans une agence est exigeant, il faut s’investir 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. En étant jeune, il est possible de rester tard le soir, mais dès que tu as une famille, il faut faire un choix. Même si j’aime mon travail à l’agence, je pense que je changerai de boulot quand j’aurai des enfants. Je peux totalement me voir faire autre chose, comme devenir entrepreneur ou créer un commerce de vin », souligne l’une des interviewées.

  Quelles sont les raisons de ces deux moments de fragilité ?

« Les femmes françaises sont confiantes dans leurs capacités à devenir de bons leaders ou à le rester, quelque soit leur niveau d’expérience. Elles se sentent méritantes, elles sont tout à fait à l’aise dans leur rôle de manager lorsqu’elles ont des équipes, et elles sont pressées de passer à l’étape supérieure lorsqu’elle se présente », constate Valérie Accary. Alors qu’est-ce qui les retient ? Quels sont les facteurs qui contribuent à ce double effet « tout ou rien » et « plafond de verre » ? Plusieurs raisons sont évoquées par les interviewées :

– une difficulté à prendre des risques pour évoluer. Avec la crise, elles craignent, en particulier avec des enfants, de ne pas être en mesure de retrouver un emploi en cas de problème.

– une culture du présentéisme qui joue contre la parentalité. Les femmes évoquent que la reconnaissance vient davantage de la présence physique que du travail effectif. Une présence étendue compliquée à concilier avec une vie de famille.

– une séparation stricte entre vie professionnelle et vie privée qui rend difficile la flexibilité que nécessite parfois le fait d’avoir des enfants.

– une perception du leadership féminin qui ne leur donne pas toujours envie. Avec d’une part, des femmes leaders qui ne sont pas dépeintes de façon positive par la société. Dures, masculines ou trop politiques, elles ne sont pas ou peu valorisées. S’il est évident pour elles, contrairement à la Grande Bretagne où elle souffrent du syndrome de l’imposteur- que leur place est au travail, elles ont le sentiment qu’elles devraient se travestir pour être acceptées dans des cercles de leaders. D’autre part, une réalité pas toujours toute rose. Les interviewées ont toutes vu leur patron (homme ou femme) dans de mauvais jours. Elles pensent aussi au stress et à la fatigue quand elles pensent au leadership. Faisant enfin de ce dernier quelque chose d’incompatible avec la vraie vie. Si en Grande-Bretagne -les modes de garde étant particulièrement onéreux- les femmes se posent la question du retour au travail, ce n’est pas le cas en France, au contraire. Mais la maternité est néanmoins un gros enjeu pour ces femmes qui ont du mal à voir comment elles pourraient faire cohabiter ensemble tous les aspects de leur vie.

Mais le fait qu’il n’existe pas de modèle aspirationnel ou accessible reste l’élément principal qui leur fait perdre le désir de devenir leader. Elles se sentent coincées entre deux archétypes : la « superwoman », un idéal inaccessible dont elles ne se sentent pas capables, et la « killeuse », une femme prête à tout, et « dure », à laquelle elles ne s’identifient pas. « Dans les deux cas, ce n’est pas forcément l’image de la femme qu’elles ont envie de devenir », constate Sam Gomez, co-ceo de Flamingo London.

  Comment réagir pour améliorer la situation ?

 » Face à ces réactions, la mission d’Omnicom est triple « , souligne Valérie Accary. D’abord, donner à la gent féminine envie d’être leader en montrant que  » les leaders femmes sont des femmes accessibles et avec une vie passionnante « . Ensuite, leur apporter des outils pour gérer au quotidien carrière et vie personnelle. Enfin, à long terme, travailler avec les hommes « pour créer un effet d’entrainement et faire évoluer l’entreprise ensemble ». Alors, au boulot…

Musnik Isabelle

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