2 novembre 2014

Temps de lecture : 5 min

« 70% du CA des agences de presse se fera avec les marques dans 5 ans »

Si le futur des médias occupe l’espace médiatique, celui des agences de presse suscite en revanche moins de conversation. Pourtant, la problématique de leurs mutations implique les marques et consolide leur union avec les médias. Le numéro un français de l’info de loisir Relaxnews apporte une nouvelle vision de son marché en lançant deux plates-formes innovantes.

Si le futur des médias occupe l’espace médiatique, celui des agences de presse suscite en revanche moins de conversation. Pourtant, la problématique de leurs mutations implique les marques et consolide leur union avec les médias. Le numéro un français de l’info de loisir Relaxnews apporte une nouvelle vision de son marché en lançant deux plates-formes innovantes.

Quand Charles-Louis Havas s’installe en face de la Gare du Nord pour envoyer de son bureau des pigeons voyageurs répandre les actualités, la France est encore une monarchie constitutionnelle, Louis-Philippe règne sans droit divin, Alexis de Toqueville publie 500 exemplaires « De la démocratie en Amérique » et Victor Hugo triomphe avec son « Angelo, tyran de Padoue ». Depuis 1835 et la création de la première agence de presse au monde à Paris, la République est devenue connectée tout comme la société qu’elle abrite. Celui qui n’innove pas tel Charles-Louis Havas ne pourra que reculer. Dans ce contexte la presse n’est pas la seule à devoir repenser son modèle économique, les agences qui traditionnellement la nourrissent sont aussi invitées à se réinventer. Une révolte ? Non Sire,  une révolution.

Au printemps 2013, INfluencia consacrait sa Revue au futur des médias, avec un titre révélateur : innove ou crève. En déplaçant leur centre de gravité vers le numérique, les médias fragilisent leur modèle traditionnel mais nouent des nouvelles conversations avec leur audience. Dans ce numéro, Nicolas Bordas développait l’idée que marques et médias doivent nécessairement développer de nouvelles formes de partenariats au moment où le digital a permis aux unes de devenir des médias et contraint les autres à devenir des marques.

Concurrence ou co-occurrence ? Le contexte a en tout cas changé. Pour les agences de presse aussi le paysage change, avec des problématiques finalement similaires. Et si leur réinvention passait par les marques ? Relaxnews en est persuadé. Dans un contexte d’« infobésité », la première agence française d’information sur les loisirs a anticipé la nécessaire mutation en lançant deux nouvelles plates-formes, « relax media manager » pour les médias et « relax content manager » pour les marques (voir ci-dessous). L’innovation ? Combiner data, contenu et services dans une seule et même plate-forme BtoB.

La France va-t-elle réinventer le métier créé par Havas ?

Après la présentation en première mondiale à Chicago fin septembre lors de l’ONA, Relaxnews a choisi la deuxième édition d’InnovationWeek pour dévoiler ses plates-formes en France. Disponibles dans un premier temps en anglais et français, en attendant une version brésilienne dès juin 2015, « relax content manager » et « relax media manager » seront réservées à des bêtatesteurs sélectionnés sur le volet dans le monde entier, entre le 1er novembre et le 31 décembre. Elles seront ensuite commercialisées dès début janvier 2015.

Quel futur pour les agences de presse ? La question est finalement assez peu posée, y compris par les acteurs et les observateurs d’un marché qui comme les médias va subir des profondes mutations. Nous avons voulu aller chercher des réponses chez le co-président de Relaxnews, Jérôme Doncieux. Il est persuadé que la France doit réinventer un métier que Charles-Louis Havas a crée en 1835. Il est très loin le temps des pigeons…

INfluencia : pour expliquer le contexte qui a provoqué votre envie de lancer vos deux nouvelles plates-formes, vous inventez le terme d’infobésité. Vous sous-entendez donc que l’excès d’infos est nocif au consommateur ?

Jérôme Doncieux : oui, le trop plein d’infos pose un réel problème de tri pour le consommateur et de structuration pour les agences de presse. Un contenu de qualité doit rester le moteur de leur modèle économique mais il n’est plus suffisant. Il faut trouver des leviers de monétisation. Le marché B2B aujourd’hui veut de l’exhaustivité, de l’immédiateté et plusieurs autres types de valeur ajoutée, comme l’anticipation et la personnalisation du contenu. Un changement radical de contexte induit une nécessité de réinventer le métier d’agence de presse.

INfluencia : vous évoquez les changements du marché, mais quels sont-ils exactement ?

Jérôme Doncieux : ils sont de plusieurs ordres. Il y le changement d’offre illustré par notre nouvelle plate-forme combinant data, contenus et services, contenus produits et contenus agrégés, contenus standards et contenus sur mesure, services natifs sur la plateforme et services personnalisés à la demande. Nous constatons aussi un changement radical de cibles : c’était seulement les médias pendant longtemps, ce sont les médias et les marques désormais. Le changement est également celui des ressources : autrefois uniquement des journalistes, toujours des journalistes aujourd’hui, mais avec des fonctions nouvelles comme « radaristes » et « readeristes ». Le modèle économique forcément se transforme aussi, il passe de la vente d’un fil d’info à celle d’une plate-forme freemium avec différentes sources de revenus. Enfin, le changement est celui de l’état d’esprit : d’assiégées, les agences de presse doivent à notre sens devenir conquérantes car elles ont tout pour être au centre du nouveau jeu. A condition bien entendu de se réinventer. C’est le but !

INfluencia : quel rôle peuvent jouer les marques dans cette nouvelle donne ?

Jérôme Doncieux : nous pensons que dans cinq ans, 70% du chiffre d’affaires des agences de presse se fera avec les marques. D’ici cinq ans également, 15% du marché de la communication sera du contenu, ce qui représente 15 milliards de dollars. Le contenu est le segment qui va d’ici 2020 prendre le plus d’importance sur le marché de la communication. Pour le capital-risqueur Ben Horowitz, le marché possède un potentiel énorme s’il se réinvente.

INfluencia : les nouvelles plates-formes de RelaxNews sont-elles la réponse à cette nécessité ?

Jérôme Doncieux : complètement ! La combinaison de la data et du contenu est la solution la plus pertinente et la plus idéale pour répondre au changement de contexte. Une étude a prouvé qu’un community manager et un journaliste ont en moyenne six fenêtres d’ouvertes quand ils travaillent, notre plate-forme mutualise et donne accès à tout. Nous sommes les premiers à avoir verticalisé le radar en amont tout en proposant le contenu d’une agence de presse mondiale, un reader intelligent et un outil de publishing. Pour nous, la trilogie data-contenu-service est le triptyque ultime pour un community manager et un journaliste. Nous avons vocation à bâtir une grosse communauté de professionnels capables d’y apporter une valeur ajoutée.

INfluencia : qui sont les cibles et quelles sont vos sources de revenus ?

Jérôme Doncieux : nos cibles sont les médias et les community managers, en plus de tous ceux qui dans chaque marque sont concernés par le contenu. Pour les revenus, notre première source provient de l’abonnement : l’accès à la plate-forme coûtera entre 15 000 et 500 000 euros aux abonnés en fonction de l’usage. Deuxième source viendra d’un modèle premium, avec une partie ouverte gratuite, une partie communautaire et une partie professionnelle. Nous partons aussi du principe que si nous créons une communauté nous pourrons vendre de la mise en relation. Enfin, nous vendrons aussi la technologie permettant à une marque de déployer une newsroom. Car chaque plate-forme peut être utilisée en interne par les marques pour servir de newsroom.

Benjamin Adler / @BenjaminAdlerLA

Relax Content Manager

Relax Media Manager

Explications de Jérôme Doncieux, co-président de Relaxnews

La rédaction

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