ILLUSTRATIONS de
roxane lumeret
« On est au début d’une nouvelle façon de regarder la télé »

Propos recueillis par
Sébastien Parraud
Thomas Hugues, témoin privilégié aux commandes de « Médias, le magazine »* le dimanche sur France 5 depuis cinq saisons, mais également d’« Il est libre Thomas »** sur Yahoo, nous fait partager sa vision des médias et de leur évolution.



Portrait de thomas hugues par roxane lumeret






















L’évolution de la presse renforce donc le rôle du journaliste






















Le tort de ces chaînes d'info : la recherche permanente du breaking news
IÑfluencia Dans quel état d’esprit exercez-vous aujourd'hui ce métier de journaliste ?

thomas hugues Je reste optimiste parce que l’évolution récente de la presse et des médias renforce le rôle et la légitimité des journalistes, et parce qu’il y a de plus en plus de citoyens qui peuvent potentiellement se transformer en journalistes. Et donc, face à cette multiplication de sources potentielles d’images et d’infos venant des citoyens, le rôle des journalistes est de faire le tri dans cette gigantesque manne d’informations pour dire finalement : « Voilà ce qui est de l’ordre de l’opinion ou ce qui est de l’ordre de l’information, et voilà ce en quoi vous pouvez avoir confiance  ».


En termes d’image, le journaliste a-t-il perdu son crédit aux yeux de la population française ?

TH C’est ce que disent les sondages depuis plusieurs années. Quand j’ai commencé à faire ce métier il y a presque 25 ans, les journalistes avaient plutôt bonne presse dans l’opinion publique. Leur image s’est dégradée en grande partie parce que les plus « visibles » sont perçus, à tort ou à raison, par les Français comme des membres de l’élite qui domine le pays, au même titre que les politiques et les patrons. Il y a une forme de connivence avec le pouvoir qui fait que les journalistes sont mis dans le même sac.


y a-t-il une part de réalité ?

TH Oui, parce que les journalistes ont fait les mêmes écoles que les hommes politiques ou les grands patrons (HEC, Science Po...). Maintenant, dans le rapport avec la classe politique, on est plutôt dans une bonne phase, dans une espèce de résistance aux pressions. Les journalistes ont pris conscience qu’il fallait montrer plus de pugnacité dans leurs questionnements des politiques et dans leur jugement sur les actions d’un gouvernement. Parce que sinon, ils étaient trop en décalage avec l’opinion publique. Et finalement, Internet a un effet hyper positif qui oblige les médias traditionnels à parler d’événements qu'ils auraient moins traités avant. Pour exemple : l’image du dijonnais qui interpelle François Hollande en disant : « Monsieur Hollande, elles sont où vos promesses ? » et puis qui est embarqué manu militari par deux policiers locaux. Cette image-là, il y a dix ans, on ne l’aurait pas vue.


pourquoi ce métier de journaliste est-il plus difficile aujourd’hui ?

TH La vitesse. Un bon journaliste, c’est quelqu’un qui prend le temps de vérifier son information. Quand on est sur une chaîne tout info, ce temps-là on ne l’a quasiment plus. Ou alors il faut avoir la capacité de dire à son rédacteur en chef : « Attends, moi je n'en suis pas sûr. Je ne vais pas me contenter de répéter ce que d’autres ont dit avant moi. » C’est très difficile de résister à cette instantanéité, à cette pression du temps de diffusion de l’info. C’est pour moi le plus gros écueil des médias aujourd’hui : le manque de temps nécessaire pour vérifier une info.


pensez-vous que les chaînes d’information confondent vitesse et précipitation ?

TH Pascal Delannoy, qui était directeur de France Info (1989-2002), disait : « La vérité peut attendre 5 minutes. » Même si lorsqu’il faisait cette déclaration il n’y avait pas autant de concurrence, je pense que cela reste vrai. Les médias qui s’en sortiront dans les prochaines années sont ceux qui feront la preuve de leur fiabilité et qui justement, sauront résister à cette pression de l’instantanéité pour dire : « OK, nous ne vous donnons peut-être pas cette info aussi vite que les autres, mais elle est fiable. »

L’autre tort de ces chaînes, est la recherche permanente du breaking news. Pour l’unique raison que c’est ce qui réveille le téléspectateur et l’incite à rester. Du coup, il y a parfois de la répétition de micro infos qui ne le méritent peut-être pas. C’est une autre dérive qui s’explique par la situation de concurrence et de recherche d’audience.


Ne sommes-nous pas saturés pas le nombre de chaînes sur la TNT ?

TH J’ai été surpris de voir que le CSA était globalement satisfait de l’arrivée des six nouvelles chaînes. Certes, il faut leur laisser du temps, mais on n'y voit quand même pas beaucoup d’innovations. Cela s’explique aussi par des raisons économiques : pour innover, il faut investir. La logique des nouveaux entrants sur la TNT est d’abord d’atteindre l' équilibre. Et pour y arriver, il faut d’abord rediffuser des programmes qui ont déjà marché ou dupliquer des programmes qui marchent ailleurs. J’espère, de manière globale, que l’on va rentrer dans une phase où, arrivant à équilibre, ces chaînes de la TNT vont pouvoir commencer à essayer d’investir, créer et prendre quelques risques.


Regrettez-vous un certain « âge d’or » de la télé ?

TH Non, je ne suis pas du tout nostalgique. C’est en voyageant que l’on se rend compte que nous avons une télé qui n’est pas si pourrie que ça. Non, là c’est surtout une période qui est dure économiquement.


Que dire de la Social TV ?

TH On est au démarrage d’une nouvelle façon de consommer la télé. Avec le Replay on peut consommer la télé comme on veut (en différé, ou simplement des passages). Et puis, il y a Twitter, où l'on se retrouve à commenter un programme avec des centaines de milliers de téléspectateurs. Mais pour cela, il faut être devant son poste. Il ne faut pas oublier non plus qu'une majorité de téléspectateurs regarde la télé de manière classique. À « Médias, le mag », nous proposons désormais une offre web enrichie avec un partage de vidéos à la volée en multi-écrans. Le téléspectateur qui vient de voir un moment précis qui l’intéresse clique sur son ordinateur ou sa tablette et peut capturer un extrait de 30 secondes de l’émission en cours et le partager instantanément avec ses amis via Twitter, Facebook, Google+ ou eMail.

*« Médias, le magazine », le dimanche à 12h30, sur France 5.
**Chaque semaine sur yahoo.fr, Thomas Hugues reçoit en plateau des personnalités pour commenter l'actualité.
sebastien parraud
Rédacteur





Le téléspectateur peut capturer 30 secondes de l'émission en cours et le partager instantanément sur Twitter ou Facebook
Illustration de Roxane Lumeret























Les plus « visibles » des journalistes sont perçus, à tort ou à raison, comme des membres de l’élite qui domine le pays













































Nous avons une télé qui n’est pas si pourrie que ça
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