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Soigner la schizophrénie n’est plus une fiction


Publié le 13/03/2020

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Pour l’édition 2020 de sa campagne préventive, l’Association des Journées de la Schizophrénie met la recherche à l’honneur en adoptant une double démarche : informative, d’abord, avec le lancement du plus grand site de vulgarisation de recherches sur la schizophrénie, et de sensibilisation, ensuite, avec un dispositif orignal qui joue avec les codes des séries dont les 15-35 ans raffolent. Double face. 

 

De Psychose de Alfred Hitchcock à Black Swan de Darren Aronofsky en passant par Fight Club de David Fincher et Shutter Island de Martin Scorsese, pendant longtemps le cinéma et la fiction ont largement contribué à véhiculer une image erronée de la schizophrénie. Souvenez-vous aussi de Robert de Niro, Travis, dans Taxi Driver qui en se regardant  lance à son reflet, dans la glace : "You talkin' to me?", notamment. Le schizophrène est forcément un assassin ou un serial killer. Toujours un prédateur, jamais une victime. C'est tout récemment que des créations ont contribué à porter un autre regard sur les troubles psychiques chez les jeunes à l'image des séries Atypical, Skam ou encore Mental. Des oeuvres à vocation -mais pas seulement- éducative, ou informative tout du moins, qui permettent à leurs spectateurs d’y voir un peu plus clair. La schizophrénie est une maladie du cerveau appartenant à la famille des psychoses. Ce trouble psychique touche en France environ 660 000 personnes, sans distinction de sexe ou de milieu social. La maladie se manifeste principalement au début de l’âge adulte -entre 15 et 25 ans- et évolue par épisodes. Elle se caractérise par des hallucinations auditives et visuelles, des idées délirantes, des propos incohérents etc., mais également par des symptômes tels que la dépression, l’apathie, et des troubles cognitifs -de la mémoire, de la motricité et de l’attention-. En bref, des stigmates qui handicapent grandement les patients dans leur quotidien, provoquant un repli sur soi et une désinsertion sociale. Fondamentalement méconnue, la schizophrénie est victime de nombreuses idées fausses et de préjugés véhiculés auprès du grand public. La maladie demeure ainsi associée dans l’inconscient collectif à la violence et à la peur...

 

 

 

 

Des petits pas pour la recherche, de grands pas pour les patients

 

Depuis quelques années, les chercheurs ont réalisé de grands progrès dans des centres spécialisés, afin d’améliorer la pertinence du diagnostic, la prise en charge au sens large et, ainsi, la qualité de vie des personnes souffrant de troubles psychiques, notamment de schizophrénie. Les études en questions sont fondamentales, cliniques ou appliquées, grâce aux efforts conjugués de spécialistes -neurologues, biologistes, psychiatres, sociologues, etc.- travaillant dans de très nombreux domaines -cognition, imagerie, gestion des émotions, immunologie-. Une véritable force collective qui contribue à révolutionner la psychiatrie. « Mais pourquoi parle-t-on de « ré-vo-lu-tion » Jamy ? »

 

Tout d’abord, nous sommes à présent certains qu’il existe diverses formes et origines de la maladie. L’une des formes est auto-immune comme le montrent les recherches de Laurent Groc. Les traitements sont alors complètement différents. D’autre part, il y a encore quelques mois, seuls des symptômes observés durablement permettaient de diagnostiquer une schizophrénie. Certaines formes de la maladie peuvent désormais être identifiées, voire prédites, grâce à un simple prélèvement sanguin. Les recherches de Stéphane Eliez sur la forme de schizophrénie développée par les patients atteints du syndrome de DiGeorge en sont un exemple. Pour autant, il est très difficile d’identifier le bon dosage médicamenteux et la bonne molécule en fonction du patient donné. Les recherches de Nicolas Glaichenhaus visent donc à prédire la réponse des patients au traitement qui pourrait lui être présenté. Un autre grand motif de satisfaction reste qu’il est possible de dompter ses symptômes d’hallucinations auditive, comme le montrent les recherches de Mark Hayward et sa « Clinique des voix ». Enfin, face à la difficulté pour les patients de gérer leurs émotions, Jérôme Favrod a mis au point un programme pour leur réapprendre à vivre des émotions positives.


« Aujourd’hui, se rétablir de la schizophrénie n'est plus une fiction ! La recherche a suffisamment avancé pour que la psychiatrie fasse sa révolution. C’est un incroyable espoir pour ces jeunes de 15-25 ans dont le parcours de vie est chamboulé par la schizophrénie. Rendre accessibles ces recherches, c’est aussi mieux faire connaître cette pathologie et tordre le cou aux fausses croyances qui stigmatisent tant ceux qui en souffrent », explique Jean-Christophe Leroy, président de l’Association des Journées de la Schizophrénie. Et il ajoute : « on constate une incroyable effervescence de la recherche à travers le monde et des avancées concrètes. Des avancées qui ont du mal à passer dans la pratique. Chacun doit savoir qu’il existe des solutions ».

 

 

Une journée pour ne faire plus qu’un

 

Depuis aujourdhui, samedi 14 mars, et jusqu’à la semaine prochaine, se déroule la 17ème édition des journées de la Schizophrénie. À cette occasion, 150 manifestations grand public étaient prévues en France, en Belgique, en Suisse, au Luxembourg, mais aussi au Maroc, au Cameroun et au Togo. À savoir des conférences, des journées scientifiques, des spectacles et concerts, des escape games, des événements sportifs, et beaucoup d’autres événements… Cependant, et vous l’aurez surement deviné, le Covid-19 a causé l’annulation de la majorité d’entre elles. Pour renforcer son dispositif d’information grand public, l’Association des Journées de la Schizophrénie va donc déployer une nouvelle campagne de communication basée sur le lancement d’une nouvelle série : « SCHIZO ». Un principe créatif attractif dont l’objectif est d’inciter les 15-35 ans, grands consommateurs de séries, à s’intéresser à ce sujet sensible et à mieux comprendre la réalité de la maladie. Pour, au final, contribuer à briser le tabou. Incitatif et participatif, ce concept a pour ambition de devenir une véritable production audiovisuelle. 

 

 

 

 

Le pitch : Alice est une lycéenne insouciante et épanouie. Pourtant, quelques semaines après sa rentrée, l’enthousiasme retombe. Des signes intriguent la jeune femme: des sonneries intempestives, le comportement suspect de ses camarades, le sentiment d’être constamment sous surveillance... Elle s’interroge : est-elle la seule à remarquer ces faits étranges ? Mais, dans son enquête, sera-elle prête à admettre que le problème vient peut-être d’elle ? 

 

Cette campagne, imaginée par l’agence CYCA Creative Hub et réalisée par L’imagerie Films, sera dévoilée au public selon la mécanique suivante : un teaser sera diffusé dans les salles de cinéma, à la télévision et sur les réseaux sociaux, un pilote, épisode zéro marqué par un « twist final », est accessible en ligne depuis le 11 mars dernier et sur le même site, les spectateurs pourront décrypter les premiers symptômes d’une décompensation psychotique. 

 

« La schizophrénie fait peur. On l’associe encore trop souvent à la folie, à la violence et à la peur. Lorsqu’elle fait la une des médias, c’est dans la rubrique des faits divers. Le cinéma n’est souvent pas en reste en termes de clichés. En utilisant les codes attractifs de la série, nous captons l’intérêt de la génération Netflix avide de ‘drama à sensations’. Avec le comité d’experts, nous avons mis un soin tout particulier à rester très proches de la réalité, tout en maintenant l’intensité émotionnelle », souligne Maël Sevestre, le réalisateur. Une initiative qui devrait aider beaucoup de jeunes, et de parents à comprendre, et à mettre des mots sur un mal qui désormais n'est plus un fantasme fictionnel.

 

 

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