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Les retailers succombent aux charmes du double zéro

RETAIL avec RETAIL

Publié le 11/06/2018

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Zéro stock, zéro déchet. 
Les distributeurs ouvrent des magasins dans lesquels leurs clients testent leurs produits et s’enthousiasment de ne pouvoir les ramener chez eux.
 Un modèle qui a toutefois ses limites.

 

 

Se renseigner, essayer, acheter et rentrer chez soi les mains vides... L’expérience peut paraître étonnante, mais elle attire un nombre croissant tant de distributeurs que de consommateurs. Le double zéro est la mode chez les retailers : zéro stock, zéro déchet. Les enseignes, qui perdent beaucoup de temps et d’énergie à gérer leurs réserves, en rêvaient depuis des années. Les clients, qui n’aiment pas faire les magasins les bras chargés de sacs et qui ambitionnent de limiter leur impact sur l’environnement, recherchaient aussi ce type de magasins un rien déroutants.

 

 

Gérer l’absence... de stock

 

En France, Decathlon est une des premières chaînes à avoir sauté le pas. À Englos, dans le Nord, sa boutique de 1 200 m2 accueille les curieux qui veulent regarder, toucher et tester ses produits. Après avoir téléchargé une application sur leur smartphone, les consommateurs scannent les articles qui les intéressent parmi les 22 500 références disponibles. Ils peuvent ensuite les payer à la caisse, ou depuis leur mobile, et les retirer le lendemain ici même ou choisir la livraison à domicile en 48 heures. L’absence de stock permet à l’enseigne d’avoir plus de place pour présenter l’intégralité de son offre sur place et libère des tâches de gestion les 40 employés, qui peuvent entièrement se consacrer à leur rôle de conseiller auprès de la clientèle. Pour convaincre les curieux de se rendre dans ce point de vente un peu spécial, Decathlon propose des prix inférieurs de 10% à ceux de ses autres boutiques. La filiale de l’empire Mulliez n’est pas la seule à suivre ce modèle en France. Les 650 magasins de l’enseigne de prêt-à-porter Cache-Cache ont, eux aussi, opté pour le non-stock. Dès qu’un article passe en caisse, un message est envoyé à son entrepôt breton, qui lui livre immédiatement le produit manquant. Chaque point de vente reçoit ainsi en moyenne cinq colis de réassort par jour. Ce « just in time » poussé à l’extrême séduit un nombre croissant de distributeurs.

 

 

Une tendance mondiale

 

La marque américaine de vêtements pour homme Bonobos invite, par exemple, ses clients à prendre rendez-vous sur le net avec ses vendeurs pour des sessions d’essayage d’une heure. Une fois rentrés chez eux, les adeptes de la griffe peuvent acquérir les produits qui les ont séduits en trois clics et être livrés à domicile dans les 24 heures. Les 20 boutiques de l’enseigne ressemblent ainsi à de véritables show-rooms. Pour chaque modèle de pan- talon, six différents tours de hanches peuvent être combinés à quatre différentes longueurs de jambes. Plus de 300 modèles de pantalons sont déjà proposés aux clients sur le site Web. Si le commerçant avait opté pour un magasin traditionnel avec du stock, il aurait dû prévoir un important espace de réserve pour les produits.

 

 

En Australie, Sneakerboy est allé encore plus loin. Pour connaître le prix, les couleurs et les tailles disponibles des chaussures exposées, le consommateur doit utiliser une des tablettes du point de vente ou une application qu’il aura téléchargée sur son smartphone. Sa commande est ensuite livrée chez lui dans un délai de 3 à 5 jours, partout dans le monde.

 

 

Le double zéro pointé... du doigt

 

Après le zéro stock, la nouvelle tendance à la mode semble être le zéro déchet. À Londres, la première boutique sans plastique a ouvert ses portes. Ambitieux, le supermarché Bulk Market a lancé une campagne de financement participatif pour construire le premier point de vente sans déchet. En France, Mescoursesenvrac.com a inventé le concept du site zéro déchet. Les clients achètent leurs produits en vrac et peuvent choisir les emballages pour leur expédition (bocal en verre, papier kraft), ou renvoyer ceux qu’ils ont reçus chez eux grâce à un système de consigne.

 

 

Cette mode du « double zéro » a toutefois ses limites. « Le zéro stock restera un phénomène marginal », prévoit Yves Puget, le directeur de la rédaction de LSA, « le magazine spécialisé dans la grande distribution. La force d’un magasin par rapport à l’e-commerce est de permettre aux clients de repartir avec leurs articles sous le bras. Et puis, il ne faut pas oublier que les stocks permettent aux distributeurs de lutter contre l’inflation. Lorsque les prix augmentent, les enseignes ont tout intérêt à conserver des produits qu’ils pourront revendre plus cher. Aujourd’hui, l’inflation est faible et le coût de l’entreposage en centre-ville est élevé. Le zéro stock ne manque donc pas d’attrait, mais rien ne dit que la situation actuelle durera éternellement... ».

 


Cet article est tiré de la Revue INfluencia n°25 - « Si tu ne viens pas au Retail, il viendra à toi ». Pour retrouver sa version digitale, cliquez sur la photo ci-dessous !

 

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