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Bumble, Meetic, Once et consorts: Il y a péril en ces demeures


Publié le 29/06/2020

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L’application qui donne le pouvoir aux femmes, Bumble, communique pour la première fois en France. Bumble qui tient ses utilisateurs pour responsables de leurs actions et n’a aucune tolérance pour la haine, l’agressivité ou le harcèlement, met tout de même en avant de son premier manifesto, tous les actes qui sèment le mal-être chez les utilisateurs des réseaux de rencontre. Le reflet d'une époque où le malaise règne en maître.


« Dating fatigue », anxiété, panique, sentiment de manque, les sites de rencontres et leurs algorithmes savants provoquent des maux sérieux chez les jeunes. Portrait d’une « industrie symptôme » du grand dérangement social d’une époque.

 

 

Mise au point de Once, suivie aujourd'hui par Bumble

 

Avez-vous remarqué comme la communication des sites de rencontre devient soft, complice? Adopetunmec.com affiche un baiser en noir et blanc digne d’un tirage vintage tout droit sorti du studio Harcourt, Meetic remet l’engagement, l’amour, au centre de sa communication, tandis que Once (NDLR lire dans La Quotidienne l'article intitulé Un site de rencontres qui élève le débat)  expliquait que les belles histoires ne durent pas 25 secondes, et qu’envoyer une aubergine à une fille, (métaphore de la verge), n’est pas forcément la meilleure façon de communiquer… Tout un apprentissage.

 

 

Ambiance délétère au sein de ces maisons numériques

 

C’est que l’ambiance est tellement délétère dans ces maisons numériques où les filles se font traiter de salopes au bout de trois échanges, (NDLR, 50% des femmes ont déjà reçu des dickpics non consenties sur une application de rencontres). Où les garçons envoient leur appareil génital en guise de photo « plus perso », tout en leur demandant si elles sucent, qu’après avoir joué sans filet, les hypermarchés du dating, ces plateformes et leurs conseillers en communication s’inquiètent et tentent de réparer les dégâts à (grand) renfort de mesure(tte)s pour combattre ce qui se passe derrière les écrans.

 

 

Remplacer les sexes des garçons par des...chatons, suffit-il à changer les moeurs?

 

Pour ce faire, chez les pros du dating, pas de mystère, de petites mains passent leur vie à chercher à comprendre ce qui ne va pas « chez eux », sous-entendu, chez leurs clients, sur leur service, et dans la société plus généralement. Ainsi Once propose désormais grâce à un simple clic de remplacer les « sexes des garçons », par des… chatons. Et chacun assure être sur le pied de guerre face aux dysfonctionnements comportementaux constatés. Mais est-ce dans leur intérêt ? Car au final si 67% des utilisateurs passent 4 heures par semaine sur ces plateformes, c’est bon pour le business… Tous ces sites ne seraient-ils là que pour créer un monde d’addiction sans fin ? N’affichent-ils pas fièrement les millions d’utilisateurs qui les fréquentent ? Tous ? Sauf Once qui préfère évoquer le nombre de couples formés. Oui, si ces sites étaient braiment vertueux, nous serions tous mariés et aurions beaucoup d’enfants. Et ce serait la fin d’un gigantesque business mondialisé…

 

 

Un jeu pervers qui est en train de rendre les individus anxieux

 

Il s’agit donc bien d’un jeu pervers qui est entrain de rendre les individus, -hommes et femmes-, anxieux. Beaucoup d’applications sont de véritables foires aux bestiaux, condamne Clémentine Lalande directrice générale de Once*, le seul site à proposer un seul match par jour à heure fixe !, « les algorithmes créent l’addiction, ne se préoccupent pas de l’aspect humain. Alors quand on sait que la plupart y vont pour pour se sentir aimés, imaginez ce que peut produire le décalage entre le besoin d’amour et les pratiques de certains… C’est une catastrophe »… Pour rappel Clémentine Lalande signait ici même une tribune sur ce sujet pendant le confinement.

 

 

Dating fatigue : des connexions de 4 heures par jour en moyenne

 

Chez Meetic, on parle pudiquement de « dating fatigue » dûe avant tout aux quatre heures que passent en moyenne les individus par jour sur ces sites, et à la multiplicité de conversations menées simultanément. « Une exaspération, un épuisement mental et émotionnel dont les utilisateurs ne se rendent même pas compte, l’attribuant au stress du boulot, ou des transports alors qu’en fait, il s’agit de surmenage émotionnel ». Clémentine Lalande est plus radicale : « Nous sommes responsables de cet état de fait. C’est aux sites de transformer leurs modèles, d’y remettre du sens. Car tout peut arriver sur Internet », prévient-elle.

 

 

Le débat ne serait-il pas ailleurs ?

 

Du sens et de l’équilibre, car les garçons de leur côté sont désarçonnés : « entre 20 et 30 ans, il est impossible de satisfaire les exigences d’une fille. Si nous sommes gentils, nous nous faisons traiter de « canards », (NDLR, jeunes trop collants), si nous sommes un peu machos sûrs de nous, elles nous basent… On finit par se dire qu’elles ne veulent pas de nous, que nous devons être des surhommes », explique ce jeune de 24 ans. Car de fait, être un jeune garçon à l’ère post metoo est un exloit, comme l’analyse ce jeune étudiant en droit… « Nous sommes jeunes, et nous héritons des attitudes condamnables d’institutions religieuses, de politiques dépravés, d’hommes adultes, de vieux, qui ont violé, maltraité, offensé, harcelé des femmes. Nous sommes devenus des monstres aux yeux des femmes de notre âge ».

 

 

 C’est comme si la plus grande guerre des sexes était en marche

 

Depuis deux ans, les hommes, jeunes et vieux sont à l’index. « Je ne vois pas comment cela peut s’arranger… C’est comme si la plus grande guerre des sexes était en marche… Nous sommes à vif, filles et garçons» « explique cette jeune étudiante de 24 ans. Et les hommes de se refermer : « Lorsque mon amie m’a quitté, j’ai fini pas aller m’inscrire sur plusieurs applications et au bout d’un moment je me suis senti triste, vide. J’en étais à 1000 swipes par semaine, une fille sur cent me répondait… Je ne sortais plus, j’étais totalement absorbé par ce qui a fini par devenir un deuxième travail, alors qu’aller boire un verre m’aurait certainement permis de rencontrer une « vraie personne », confie cet ingénieur de 30 ans. ». Car si les mauvais traitements, explique Leoda Esteve planneuse stratégique chez Marcel, sont monnaie courante, l’écart entre utilisateurs féminins et masculins joue aussi en la défaveur du système ». « Il y a 4 fois plus d’hommes inscrits que de femmes. Du coup les hommes sont excédés, en arrivent vite à parier sur le sur-volume, deviennent agressifs, et se mettent à pratiquer l’hyper-sexualisation pour arriver à leurs fins ».

 

 

Toi tu as vraiment l’air d’une salope

 

« La première fois que je me suis inscrite sur Tinder avec une photo anodine, cela a été immédiat, j’ai reçu un « toi tu as vraiment l’air d’une salope » qui m’a laissée interdite», raconte cette jeune femme qui s’est retirée du game aussitôt. « Il faut avoir le cœur bien accroché, poursuit Aurélie Duclos, coach de vie et sexologue, « la détresse, l’anxiété, l’épuisement psychologique provoqués par l’addiction, le sentiment qu’on trouvera toujours mieux, comme dans un hypermarché, en plus de cette parole qui se libère chez beaucoup de femmes et d’hommes maltraités par les adultes crée une confusion, une défiance, une désespérance dont la jeune génération hérite bien malgré elle ».

 

 

 L'absence d’engagement amoureux est déconcertant, quel que soit l’âge

 

Mais tout n’est pas noir au royaume des marchands d’amour… C’est la société qui est entrain de bouger et d’autres priorités sont entrain d’émerger, analyse Gaétan du Peloux responsable de la création pour Meetic, « Aujourd’hui, l’absence d’engagement amoureux est déconcertant, quelque soit l’âge. Nous faisons tout pour redonner une vérité au langage, redonner du sens à la rencontre, à la vie à deux, car les gens sont bien plus prêts à se convertir à l’écologie qu’à s’investir dans une relation amoureuse ». Gilles Lipovetsky, auteur de l’Ère du vide conclue : « notre société d’hyperconsommation, est celle du bonheur paradoxal car le plus grand nombre se déclare plutôt heureux, alors qu’il n’y a jamais eu autant de dépressions, de mal de vivre, d’anxiétés, mais se montre incapable de faire progresser la joie de vivre ».

 

Alors oui, Bumble souhaite que les maltraitances numériques cessent. Mais ces visuels ne sont-ils pas la preuve que le ver est déjà dans le fruit, et qu'il aurait fallu réfléchir en amont à un système plus encadré dès l'origine?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Petit bréviaire des anglicismes qui blessent

 

Serendipidating: ou le fait de repousser sans cesse un premier rendez-vous dans l’espoir de trouver quelqu’un de mieux

Haunting: cette manie que peut avoir un ex, de liker tous vos posts sans jamais vous adresser la parole

Zombieing (la technique du « mort-vivant ») : vous recontacte par intermittence alors que votre histoire est bel et bien terminée.

Cushioning : s’afficher en « en couple » sur les sites de rencontre tout en cherchant à faire des rencontres amoureuses.

Breadcrumbing : Expérimenté par ceux qui donnent de l’attention et font croire à une relation sans en vouloir. L’opportunité de garder une personne sous le coude sans déployer le moindre effort.

Cricketing : ouvrir un message et montrer à l’émetteur qu’il a bien été lu puis attendre plusieurs jours (ou semaines) avant d’y répondre.

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