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LE VRAI avec LE VRAI

Publié le 08/05/2018

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Le besoin d’authenticité est le thème du quatrième opus de la collection de livres « Françaises, Français, etc... », co-produit par 366 et Kantar Public. Quatre grandes tendances et plusieurs sous-tendances y sont analysées et seront publiées en exclusivité chaque semaine par INfluencia. Cette semaine : LE VRAI, pour donner du sens.

 

 

Les crises sont multiformes (économiques, sociales, alimentaires, sanitaires…) et se mondialisent. Elles inquiètent et créent une insécurité grandissante. Elles suscitent un besoin de sens, une attente de direction et de signification. Après “ l’hyperprésidence ” de Nicolas Sarkozy et la “ présidence normale ” de François Hollande, qui ni l’une ni l’autre n’avaient vraiment fait sens pour les Français, Emmanuel Macron a joué, dès le soir de son élection, le symbolisme concret, d’un retour à la tradition et à “l’authenticité” de la fonction présidentielle. Un storytelling régalien de l’investiture pour immédiatement répondre à ce besoin de sens et “ signifier ” son quinquennat : dans la cour du Louvre, au cœur de l’Histoire de France, accompagné par la 9e Symphonie de Beethoven. Son premier discours énumérera ensuite toutes les grandes figures de notre histoire pour mieux affirmer que “ le monde a besoin de ce que les Françaises et les Français lui ont toujours enseigné : l’audace de la liberté, l’exigence de l’égalité, la volonté de la fraternité ”.

 

Quoi qu’on en pense sur le fond, Emmanuel Macron semble avoir bien compris que lorsque le monde est compliqué, quand le futur est illisible, alors il faut en revenir à des repères simples, des valeurs sûres, des marqueurs forts, une histoire claire. C’est ce qu’expriment clairement 61 % des Français qui fondent leur désir d’authenticité d’abord sur l’envie de renouer avec des “ valeurs simples ”, avant la volonté de “ se rapprocher de ses racines ” (33 %) et le désir d’être “ plus en accord avec soi-même ” (31 %). Tout cela, pour tenter de (re)trouver une cohérence personnelle et de redonner du sens à un monde qui n’en a plus.

 

 

 

 

Le besoin de sens pour soi dans sa vie personnelle

 

Être authentique, c’est être soi, mais un soi qui se développe et se construit en permanence. Qu’on le nomme bonheur, joie, bien-être ou développement personnel, ce qu’on cherche, c’est à mieux se connaître et à (re)connaître ce qui nous est essentiel, afin d’essayer d’être plus vrai. Qui n’a jamais été interpellé par les rayons, souvent fournis des librairies, consacrés à ces sujets ? De L’homme qui voulait être heureux (Laurent Gounelle) à Cessez d’être gentil, soyez vrai ! (Thomas d’Ansembourg) en passant par Le Meilleur de soi : le rencontrer, le nourrir, l’exprimer (Guy Corneau), guides et livres sont là pour nous aider à être nous-mêmes, à travailler sur nous. Le succès de Psychologies Magazine en témoigne également qui, cette année, se développe sur de nouveaux terrains en lançant un MOOC et son premier salon du bien-être à Paris, “ Be Happy ”.

 

Soyez heureux, soyez vous-mêmes, venez comme vous êtes, redécouvrez-vous : les invitations à nous construire dans un développement personnel plus vrai et moins superficiel, plus authentique et moins conventionnel, sont variées et multiples. “ Et si j’apprenais à planer ? À voler ? Et si on rencontrait des gens, des visages, des cultures ? Et si on se redécouvrait ? Et si je me redécouvrais ? ” La rencontre avec les autres et la redécouverte du soi sont la nouvelle promesse du Club Med, un changement radical de positionnement pour la marque. Aller au Club Med, ce n’est plus seulement la fête, le luxe et le farniente, c’est faire de ses vacances un moment utile et original de construction personnelle. Cette tendance au développement personnel, cette quête de construction d’un moi plus vrai et authentique se retrouvent aussi dans l’explosion récente des loisirs créatifs. Dessin, coloriage, mandalas, décopatch, land art... ces pratiques, où l’on met beaucoup de soi, de ses émotions et de sa créativité, concernent près d’un Français sur deux et une majorité de femmes (58 %) et de jeunes générations (54 %). Alors que dans les sociétés traditionnelles la valeur suprême était la survie du groupe, aujourd’hui c’est bien “ la réalisation de l’individu ” qui est recherchée et valorisée. Qu’on l’encourage, le déplore ou le dénigre, c’est aussi une promesse de progrès individuel quand le progrès sociétal, économique, scientifique ou les horizons utopiques -politiques ou religieux- n’apparaissent plus prometteurs et/ou sont devenus invisibles.

 

 

Dans sa vie professionnelle  

 

Être soi, travailler sur soi, c’est aussi rechercher un rapport au monde et aux autres qui fait sens. 87 % des Français font de la recherche d’authenticité un élément important de leurs relations professionnelles.

Et sans doute parce qu’elle est loin d’être toujours au rendez-vous, beaucoup changent ou aimeraient changer de métier. Le mouvement n’a pas été quantifié précisément, mais on le perçoit confusément autour de soi : combien de traders, d’ingénieurs, de cadres de grands groupes, lassés de métiers sans éthique et vide de sens, aujourd’hui reconvertis en instituteurs, professeurs, formateurs… pour essayer de donner un sens à leur vie professionnelle et fondamentalement à leur vie tout court ? La demande de sens “ professionnel ” est grandissante : près d’un actif sur deux dans notre enquête (48 %), aussi bien dans les catégories les plus élevées de la stratification sociale (47 %) qu’au sein des moins élevées (49 %), avoue qu’il lui arrive de vouloir changer de métier pour en trouver un qui ait plus d’utilité.

 

 

 

 

Aller à la rencontre de soi-même, de son potentiel, de ses envies est le meilleur moyen pour rencontrer son futur. Nous rencontrer, c’est avancer ”. Dans sa nouvelle campagne et sa nouvelle signature, l’APEC ne promet à ses membres ni carrière fulgurante, ni emploi prestigieux, ni rémunération importante, mais juste une rencontre pour avancer, s’épanouir et trouver son chemin. Pour attirer les cadres, l’épanouissement personnel passe désormais avant la carrière. Ce besoin d’être utile se lit également dans l’essor continu de l’engagement associatif, cette “ révolution invisible ” dit le sociologue Jean-Louis Laville. Le développement associatif, relève-t-il, est, depuis le début des années 2000, inédit par l’accélération de la création d’associations et le nombre de personnes impliquées : les associations ont créé plus d’emplois que les entreprises privées sur cette période et l’on compte désormais plus de treize millions de bénévoles en France. Et 40 % des citoyens de plus de 16 ans font aujourd’hui partie d’une ou de plusieurs associations.

 

 

Assumer sa nature

 

Être soi, travailler sur soi pour être plus vrai et authentique, c’est enfin aussi accepter de rompre avec le culte de la perfection. Programmes de téléréalité de “ relooking extrême ”, impératif de maigreur frisant l’anorexie pour poser dans les magazines féminins, transformation de la femme en “ objet ”, blanchiment de la peau chez certaines populations, opérations diverses et variées de chirurgie esthétique pour ne pas vieillir… ce culte est allé très loin dans nos sociétés. Il a même connu un nouvel élan avec la révolution digitale et la mise en scène de soi sur Instagram. Les réseaux sociaux et leur logique de personal branding ont ainsi fortement contribué à la présentation d’un moi construit, enjolivé et virtuel. Il serait bien hâtif et tout à fait prématuré de dire que nous sortons aujourd’hui de cette période. Le culte du corps, de l’apparence, de la valorisation de soi reste un comportement dominant. Mais commence à émerger une forme de contre-tendance, avec l’aspiration à se montrer plus tel qu’on est que tel qu’on voudrait être ou se donner à voir. Et si finalement au lieu de projeter une image construite et superficielle de moi, j’assumais, dans ma quête d’authenticité, de rendre le vrai désirable ?

 

C’est en tout cas le pari que propose en 2017 le leader mondial de la rencontre en ligne, Meetic, en lançant un véritable hommage aux imperfections. La campagne paneuropéenne #LoveYourImperfections fait ainsi l’apologie du petit défaut, du truc qu’on n’assume pas, qu’on n’aime pas chez soi, avec la promesse que “ si vous n’aimez pas vos imperfections, quelqu’un les aimera pour vous ”. Ce quelqu’un qui, précisément comme vous aujourd’hui, ne recherche ni un superman, ni une superwoman, ni des figures de papier glacé, mais une relation avec quelqu’un de vrai, d’original, de naturel, en un mot, d’authentique. Ainsi, au cœur d’un monde -celui de la rencontre en ligne- où la mise en scène et le factice ont longtemps été les maîtres mots, il est symptomatique, et sans doute révélateur qu’un des leaders du marché en vienne à un tel contrepied. Alors que les Meetic et consorts ont largement contribué à “dénaturer” la rencontre en acte de consommation, cette sublimation nouvelle et récente de l’imperfection, cette revalorisation du défaut dessinent peut-être les règles d’une nouvelle ère. Celle de rencontres basées sur le “vrai”, sur le quotidien, sur le naturel plutôt que sur la subjectivité, la dissimulation du moi réel et les best pictures de chacun ! On peut d’autant plus y croire que même le calendrier Pirelli -une institution- s’y met ! Finies les pin-up sophistiquées, sexy, glamour, lascives et artificielles… Place au naturel. Le calendrier 2017 rompt avec une tradition vieille de plus de cinquante ans pour faire place à la beauté 100 % naturelle d’actrices célèbres sans fard, sans maquillage, sans dentelles, sans talons aiguilles, sans manucure, photographiées comme au réveil, décoiffées et non apprêtées. “ J’ai estimé qu’il était important de rappeler à tous qu’il existe une autre beauté, plus réelle et authentique, non manipulée par la publicité ou autre ”, souligne Peter Lindbergh, le photographe de l’édition 2017.

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