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Éco-anxiété : trier pour ne pas sombrer


Publié le 10/02/2020

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Chimère ou nouvelle épidémie du XXIème siècle, l’éco-anxiété, à savoir une peur chronique liée au dérèglement climatique, semble ébranler de plus en plus de personnes. Un constat qui a poussé l’ONG Friends of The Earth a dévoiler son film « We’ve all been There », pensé comme un cri de ralliement des eco-anxieux à travers le monde.

 

Le 9 février dernier, le Courrier international relayait un article du Financial Times, titré : « Flygskam : faut-il vraiment avoir honte de prendre l’avion  ? ». Le journaliste Michael Skapinker tentait d’expliquer les raisons de la défiance grandissante du monde occidental vis à vis du transport aérien, alors même que celui ci ne représente que 2 % des émissions de CO2. Sa manière à lui de nous dire de prendre du recul … sans pour autant relativiser. Les vols Paris-Brest on oublie on a dit. Mais derrière ce mal du flygskam se cache une pathologie beaucoup plus profonde et globale: l’éco anxiété. En 2017, L’American Psychological Association la définissait pour la première fois en ces termes : « une peur chronique liée à l’effondrement climatique ». Mais pour Luc Semal, maître de conférences en sciences politiques au Muséum national d’histoire naturelle, interrogé par Le Monde en juin dernier : « Cette angoisse a toujours existé dans le militantisme écologique, mais elle s’est récemment aggravée sous l’effet d’une réduction des horizons temporels. Le dérèglement climatique ne va plus ­affecter les générations futures mais celles d’aujourd’hui. Ce sujet est tellement écrasant, d’un point de vue émotionnel, qu’il peut phagocyter la vie personnelle ». 

 

 

 

 

Au début de son engagement, Greta Thunberg avait mis la lumière sur cette pathologie en déclarant avoir fait une dépression pendant plusieurs mois après le visionnage de documentaires sur les ours polaires et la fonte des glaces. « Cela m’a beaucoup atteinte. J’ai commencé à penser à ça tout le temps et je suis devenue très triste. Ces images sont restées bloquées dans ma tête », confiait-elle en février 2019. Une paralysie chronique qu’elle est loin d’être la seule à partager. 

 

 

Une question de perspective

 

D’après une étude omnibus réalisée par Yougov du 16 au 17 octobre 2019, 51% des Français affirment que le réchauffement climatique est une source d’angoisse. Un chiffre qui s’élève même à 72% chez les 18-24 ans, une génération bien plus au fait des problématiques environnementales et engagée que les précédentes. Bien sûr, la couverture médiatique grandissante, souvent alarmiste, y a joué sa part. Mais pour beaucoup, l’eco-anxiété reste la position la plus « saine » à adopter face au dérèglement climatique. Simplement car il n’est plus temps de détourner le regard. Pour les habitants des Maldives, qui sont confrontés quotidiennement à la montée des eaux, cette anxiété est justifié par une menace imminente : la possibilité que l’ile soit entièrement submergée d’ici 2100.

 

Un constat qui permet de tempérer -juste un peu- certains discours qui dépeignent l’éco-anxiété, comme la nouvelle épidémie du monde occidental. Pour Christophe Bagot, psychiatre psychothérapeute, spécialiste du stress et des troubles anxieux, cette idée est « un fantasme de journalistes. J’ai rencontré, tout au plus, cinq patients qui ont évoqué un stress lié aux changements climatiques ces derniers mois. On ne peut pas parler d’épidémie et encore moins de pathologie ». Jean-Pierre le Danff, psychothérapeute et spécialiste du sujet depuis une dizaine d’années, expliquait que : « cela devient un phénomène de mode, comme si les personnes sensibles à l’environnement ne ressentaient que de l’anxiété. Mais elles ressentent aussi de la tristesse et de la colère. Et surtout, beaucoup sont encore dans le déni ».

 

 

Tu tries ou tu trimes

 

Simple chimère ou nouvelle pandémie du XXI ème siècle -blanc ou noir donc, sans nuances-, Friends of the Earth s’attaque au sujet à bras le corps. L’ONG de protection de l'homme et de l'environnement dévoilait le 21 janvier dernier son spot We’ve all been there -traduisez, on est tous passés par là-. Pensé par l’agence londonienne Don’t Panic, le film de 90 secondes met en scène l’actrice Jasmine Jobson, découverte dans la production Netflix Toy Boy. On la voit se réveiller brusquement en plein milieu de la nuit et se mettre à poursuivre un camion poubelle à travers les rues, escaladant les clôtures, et faisant irruption dans les maisons d’habitants médusés. Appuyé par une mise en scène au cordeau -à l’image de la course poursuite entre Leo et Matt dans Les Infiltrés de Martin Scorsese- et un montage nerveux, le film embarque une audience cramponnée à son clavier. Uniquement pour la « rassurer » à la fin du métrage en lui dévoilant la raison d’une telle aventure : l’héroïne avait « juste » oublié de trier sa bouteille en plastique. 

 

  

 

 

Rick Dodds, Directeur de création chez Don’t Panic racontait que : « toute l’équipe s’était identifiée au personnage. Tout le monde a déjà ressenti de l’éco-anxiété au moins une fois dans sa vie. Pour autant, nous n’avons pas cherché à être alarmistes. C’est pourquoi nous avons créé cette course poursuite Hollywood-esque afin que la rupture de ton finale soit d’autant plus drôle ». Une manière de dédramatiser une réalité déjà beaucoup trop aliénante, tout en rappelant à chacun les gestes qui comptent au quotidien.

 

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