AccueilMEDIAMEDIA : BYLINE, UNE FUTURE MARKETPLACE POUR LA PRESSE ?

Media : Byline, une future marketplace pour la presse ?


Publié le 30/08/2015

Image actu

 

En proposant aux lecteurs d’être le rédacteur en chef et le contributeur financier unique de tous ses articles, la nouvelle plate-forme Byline invite le crowdfunding dans le journalisme indépendant en ligne au long cours.

 

Ils s’appellent Paddy French, Nick Assinder, Barry Keevin et Erik Fogg. Tous sont journalistes et tous ont au recours à l’argent de leurs lecteurs pour écrire leur reportage, enquête, portrait. Comme une jeune start-up d’objets portables connectés solliciterait notre générosité en échange d’une récompense – le plus souvent matérielle – ces reporters indépendants nous demandent de financer leurs travaux. Pourquoi ? Parce que le journalisme de qualité en ligne est devenu un oxymore ? Parce que Mediapart a démontré en France que l’indépendance journalistique était utile ? Parce qu’avec la croissance du contenu de marque et la régression générale de la presse généraliste l’avènement du journalisme pointilleux de long format constitue un équilibre obligatoire ? Ou parce qu’après tout, pourquoi ne pas demander au citoyen de combler les lacunes budgétaires ou le manque d’audace des médias existants ? Pour la nouvelle plate-forme Byline, la réponse réside dans un peu tout cela à la fois.

 

Contrairement à Reported.ly, le média 100% Twitter lancé début 2015, ou Coda Story, qui concentre sa couverture sur un seul événement à la fois, la plate-forme londonienne fondée en avril 2015 par Seung-yoon Lee et Daniel Tudor, ancien journaliste chez The Economist, se contente de permettre le financement participatif du journalisme indépendant au long cours. Byline se définit d’abord comme un média qui utilise le crowdfunding comme modèle et pas une plate-forme du style Kickstarter sur laquelle les journalistes viendraient vendre un projet.

 

Lancée début juillet en Beta avec la participation de plusieurs journalistes au CV déjà rempli, Byline se veut l’antidote aux médias traditionnels britanniques, sur qui pèse le poids des annonceurs et des capitaux privés actionnaires. « L’industrie des médias fait face à un gros problème parce que personne n’a encore inventé le bon modèle du journalisme de l’ère digitale, explique Seung-yoon Lee au site anglais Journalism.co.uk. Mélanger la pub et l’éditorial est devenu le modèle de référence car c’est le moins cher, mais je crois que la pub native remet sérieusement en question la crédibilité des médias. »

 

 

Une réponse à l’explosion d’AdBlock ?

 

En prenant 15% de commission sur la somme levée par chaque auteur, la plateforme laisse une place pour des revenus substantiels. Reste maintenant à savoir s’il est facile pour un même journaliste de récolter au minimum 3 000 euros au moins une fois par mois. Ce type de rémunération régulière pour free-lance reste donc à tester. « Nous devons trouver le bon modèle pour le financement de chaque journaliste, parce qu’une fois que nous aurons le volume nous serons une vraie marketplace », commente Seung-yoon Lee.

 

Sur Byline, pas la moindre trace d’un rédacteur en chef ou même d’un secrétaire de rédaction, le journaliste pitch son article directement aux lecteurs qui décident ensuite si le sujet mérite une enquête exclusive ou une colonne. En attendant de devenir accessible à n’importe quel contributeur éventuel d’ici quelques mois, la plate-forme propose deux nouveaux leviers d’interaction : le Café des supporteurs - un espace en ligne où les lecteurs peuvent directement discuter avec les journalistes, et le Milestone Goals – qui permet aux auteurs de recevoir des fonds en plusieurs fois s’ils travaillent sur une grosse investigation. Pour donner une idée des montants levés, la féministe Julie Bindel a reçu 7 000 euros pour enquêter sur le commerce mondial du sexe, idem pour l’agence photo Metrography et son reportage en Irak. Pour remercier leurs donateurs, les deux peuvent offrir des remerciements dans les crédits de fin d’article, dédicacer un livre ou discuter sur Skype avec ceux qui le souhaitent.

 

Une récente étude menée par PageFair et Adobe estime que le logiciel AdBlock frôle les 200 millions d’utilisateurs mensuels, avec notamment 50% de croissance aux Etats-Unis en une seule année. Pour les médias classiques, le défi à relever est immense, il requiert l’assimilation d’une nouvelle culture dans un écosystème en permanente mutation. « Comment penser la pub au-delà des formats interruptifs, en comprenant que la personne devant son écran ne tolèrera qu’un certain nombre d'annonces », s’interrogeait James Murdoch, en juin dernier, pendant les Cannes Lions. Byline possède peut-être une réponse à ce ras le bol.

 

 

Commentez


VOUS POURRIEZ AIMER AUSSI



Abonnez-vous à la revue
RECHERCHER PAR