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Le livre contre-attaque


Publié le 17/09/2014

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 La riposte du papier s’organise et se construit sur les fondations du mariage de raison entre le papier et le numérique. Dans la réflexion qui entoure son avenir, le livre imprimé montre des nouvelles facettes, comme avec le projet artistique « Unbinding the Book ».

 

Il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine, à bord de vaisseaux innovants et opérants à partir de bases imprimées inédites, le rebelle papier a remporté ses premières victoires sur l’empire numérique… Si le traité de paix entre le print et le digital n’avait pas déjà été signé, voilà à quoi ressemblerait le texte déroulant introductif de la fiction de l’année : « Le livre contre-attaque ». Face aux éblouissements technologiques du digital, le papier organise la riposte pour reconstruire son avenir. Snober son ancien rival aurait signifié son arrêt de mort, donc comme la TV et la radio avant lui le print a scellé un mariage de raison. En s’accouplant avec le digital, il se réinvente et réussit à solliciter un engouement croissant autour de sa cause.

 

Une ré-invention dont la plate-forme indépendante d’édition Blurb et le studio d’arts graphiques Jotta se font les réprésentatns. Ils ont ainsi mandaté neuf artistes et designers pour le projet créatif « Unbinding the Book ». révélé par INfluencia en avant-première « Chacun dans leur discipline, ils s’interrogeront sur l’avenir du livre imprimé, de la place des auteurs et de la lecture dans notre société, avec comme point de départ les variations futures du livre comme objet imprimé, si attrayant et différent de son homologue digital » ( voir les projets en bas de l'article), expliquent les initiateurs du concept. Ses créations seront présentées lors de la London Art Book Fair du 25 au 28 septembre, avant de voyager à San Francisco puis New York.

 

Car après tout, à l’heure du storytelling et de l’expérience de marque, le livre physique reste le meilleur moyen de raconter et de faire vivre son histoire. Des matières, des textures, des couleurs, des reliefs, l’odeur du papier, le doux son des pages qui se tournent… Un luxe bien vivant qui fera encore longtemps rougir les kindles, et autres kobos, bien pâlichons avec leur encre liquide gris et leurs boutons tourne-page, terriblement silencieux et sans âme. C’est écrit : dans le futur, le papier prendra sa revanche.

 

La semaine passée, INfluencia  s’interrogeait déjà sur la renaissance du papier en évoquant le succès de l’opération interactive montée par Verywell pour Planet Cards, imprimeur en ligne français. Oui de gré ou de force nous avons appris à aimer le digital grâce à son immédiateté et sa praticité pour communiquer et partager notamment ses photos. Mais le papier n’est-il pas plus à la hauteur que le numérique pour créer des émotions sincères et vraiment les partager ? N’est-il pas aussi plus puissant dans sa capacité à résister à l’oubli ?

 

Pour les fondateurs de « Unbinding the Book », une autre interrogation méritait une réponse concrète et artistique : en quoi les nouvelles technologies et l’ère Internet modifient-elles le rapport à la création, le travail de l’écrivain et les œuvres elles-mêmes ? Premier acteur de l’auto-édition à proposer une réflexion aussi profonde sur les mutations structurelles du livre et son avenir, Blurb consolide l’indépendance du papier au sein même de son union avec le digital. Pour mieux comprendre la réflexion derrière l’action, INfluencia a contacté la directrice marketing de Blurb, Brenda Van Camp.

 

 

INfluencia : Si nous vous disons que grâce à un livre, le lecteur n’apprend pas mais devient quelqu’un, nous répondez-vous que cette assertion s’applique surtout au support physique ? Même avec ses ajustements à la nouvelle ère digitale, constitue-t-il encore l’âme d’un bouquin ?

 

Une histoire peut vous transporter quelque soit le support sur lequel vous la consommez, que vous soyez assis autour d’un feu de camp, dans un canapé chez vous ou sur votre Kindle dans le métro. Nous croyons chez Blurb que le futur du livre sera radieux sur le digital comme sur le print, car aucun des deux n’annihilera l’autre. Chacun permet des expériences différentes qui servent des besoins différents. L’eBook est plus pratique dans les transports en commun. En voyage, par contre, le livre physique est parfait.

 

Le papier n’est pas mort, loin de là. Avec l’avènement de l’Internet il est devenu un produit à conserver en souvenir. Pour encore beaucoup de gens la réalité physique du papier lui assure une très grande valeur, ils veulent posséder un produit esthétique qu’ils adorent. Les œuvres littéraires digitales en sont encore au stade de l’enfance, elles vont  énormément grandir. Elles sont aujourd’hui utilisées comme un substitut direct du print mais je ne vois aucune raison pour laquelle l’eBook ne pourrait pas fournir une extension à l’expérience papier.

 

 

INfluencia : Dans la nouvelle ère que vous avez mentionnée, l’auto-édition peut-elle devenir un allié essentiel du print ?

 

L’auto-édition permet à des auteurs de publier les livres qu’ils ont toujours rêvé de sortir, sans la moindre interférence d’une tierce partie susceptible de juguler leur créativité. Les auteurs peuvent contrôler leurs décisions. Ils vont peut-être faire appel à un graphiste pour la couverture du livre mais ils lui donnent leurs instructions, ce sont eux qui décident et personne d’autre. Il en va de même pour la façon dont le livre est édité et exposé. Cependant, malgré cette prise de contrôle, nous n’avons pas vu beaucoup d’auteurs en profiter pour réellement challenger le concept même de ce que peut être un livre, en repousser les frontières. C’est pour cela que nous avons voulu créer une conversation publique autour de la raison d’être d’un livre.

 

Avec « Unbinding the Book », nous souhaitons que le public questionne certaines des conventions et des conceptions établies autour de la supposée norme d’une œuvre littéraire. Doit-elle être écrite par une seule personne ? Pourquoi est-ce qu’un eBook ne pourrait pas être la réplique d’une version imprimée plutôt que seulement son extension ? Comment pouvons nous diversifier l’expérience de lecture ? Comment pouvons-nous introduire plus de storytelling visuel ?

 

 

INfluencia: A quoi ressemblera donc selon-vous la consommation de livres d’ici cinq à dix ans ?

 

Beaucoup de lecteurs cherchent désormais un plus grand engagement avec les auteurs des livres qu’ils consomment. Ils veulent être le plus près possible de l’histoire, l’influencer, se connecter avec l’auteur pour mieux comprendre les pensées et les idées qui ont façonné l’histoire et ses caractères. Les écrivains ont réalisé qu’une relation forte avec leur audience constitue un ingrédient essentiel à leur succès, ils sont donc plus actifs sur les médias sociaux.

 

Les outils dont ils disposent pour consolider leurs liens avec les lecteurs empêchent toute excuse s’ils ne le font pas. Nous pensons chez Blurb que l’importance du visuel dans notre société actuelle va s’étendre à la littérature. Comme l’a récemment assuré la fondatrice et CEO Eileen Gitting lors d’un panel, les images seront la nouvelle lingua franca. D’ici 2020 tous les livres seront illustrés. Il faut s’attendre à ce que les images et les graphismes inondent notre quotidien car c’est comme cela que nous communiquons.

 

Benjamin Adler / @BenjaminAdlerLA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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