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Denis Carreaux : « Nice-Matin se transforme au service du digital et de l’abonnement numérique »


Publié le 06/01/2021

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Une nouvelle formule pour Nice-Matin, Var-Matin et Monaco-Matin en février, des contenus plus qualitatifs, de nouveaux développements sur le numérique… Denis Carreaux, directeur des rédactions du Groupe Nice-Matin, détaille les enjeux d’un groupe de presse en pleine transformation, qui s’engage au long cours auprès de ses lecteurs et de son territoire. Il a été repris par Xavier Niel en février 2020 à l’issue d’une bataille d’investisseurs épique et six ans sous la forme d’une société coopérative de salariés.

 

 

INfluencia : beaucoup d’initiatives très concrètes ont été lancées ces derniers mois pour venir en aide aux habitants de l’arrière-pays niçois après la tempête Alex. En quoi illustrent-elles le rôle que le groupe Nice-Matin veut jouer aujourd’hui auprès de son public ?

 

Denis Carreaux : depuis 2015, la région de Nice a connu une accumulation d’épisodes dramatiques, avec les inondations à Cannes, Mandelieu-la-Napoule, Antibes…, les attentats à Nice et la tempête Alex, début octobre 2020. Face à des circonstances exceptionnelles, nous faisons en sorte de dépasser notre rôle classique en étant un média engagé. Pas engagé politiquement, mais engagé auprès de ses lecteurs et de son territoire. Dès le lendemain de la tempête Alex, nous avons cherché à accompagner l’énorme élan de solidarité qui naissait avec un groupe Facebook pour mettre en relation les gens qui avaient besoin d’aide et ceux qui souhaitaient aider, une plateforme au siège du journal pour centraliser des dons, une cagnotte qui a permis de réunir 100 000 euros remis fin novembre à la Croix-Rouge. Notre groupe participe aussi à un collectif d’entrepreneurs qui va aider les populations pendant des mois. Nous essayons d’inscrire dans la durée tout ce que nous faisons d’un point de vue éditorial ou sur la solidarité.

 

 

IN : comment avez-vous abordé votre rôle de témoin de l’actualité ?

 

DC : la rédaction s’est mobilisée pour traiter cette actualité dans le journal et sur le digital de la manière la plus qualitative possible et pas en mode « PQR à l’ancienne ». Nos images sont d’ailleurs passées partout parce que nos journalistes étaient au bon endroit au bon moment. Nous continuons à suivre cette actualité au long cours sur tous nos supports, dans le journal, avec des podcasts, un long format vidéo… Le hors-série Nos vallées a été lancé début décembre sur l’ensemble de notre zone de diffusion. Nous réfléchissons à la manière de l'inscrire dans la durée pour qu’il devienne un lien supplémentaire avec les habitants de ces régions. La baisse de la diffusion et les interrogations sur l’avenir du papier font parfois oublier la force du lien entre les lecteurs et leur journal. Dès le lendemain de la tempête, les gens demandaient le quotidien dans les villages concernés. Nous nous sommes organisés pour l’acheminer grâce aux moyens des secours et le mettre à disposition gratuitement. Pour ces gens qui avaient été coupés pendant plusieurs jours de télévision et d’Internet, Nice-Matin était redevenu la première source d’information après le bouche-à-oreille.

 

 

IN : l’année 2020 a vu le Groupe Nice-Matin retrouver un actionnaire stable, avec l’arrivée de Xavier Niel via sa holding personnelle NJJ. Comment s’est passée la greffe avec cet entrepreneur issu des télécoms, qui ne cache pas son goût la disruption ?

 

DC : la période d’instabilité avait été extrêmement longue et compliquée. Quelques temps avant l’entrée de Xavier Niel au capital à hauteur de 34 % en 2019, le groupe avait été placé sous procédure de sauvegarde. Depuis qu’il en a pris le contrôle exclusif, le 13 février 2020, la sérénité n’est pas totalement retrouvée puisque la crise sanitaire est arrivée quelques semaines plus tard, mais nous ne sommes plus dans le même niveau d’inquiétude, d’incertitude et d’insécurité que les années précédentes. Les options stratégiques présentées par NJJ au tribunal de commerce sont progressivement mises en œuvre. C’est une approche différente de ce que l’on avait connu précédemment. Les évolutions sont rapides car l’actionnaire et ses équipes travaillent vite et veulent aller vite. Ils apportent une rigueur et une vision stratégique qui nous manquaient, mais en tenant compte des réalités et de l’histoire de l’entreprise, et en s’appuyant sur les équipes en place (le plan de continuation prévoit toutefois un plan de départs volontaires de 40 salariés par an, hors journalistes, ndlr).

 

 

IN : quel a été l’impact de la crise sanitaire sur la situation économique du groupe ?

 

DC : la crise nous a impactés, même s’il était prévu que le groupe affiche encore une perte sur 2020. La diffusion résiste plutôt bien. Nous avons eu plus de mal sur la publicité pendant le premier confinement. Les bonnes performances de PQR 66 ont heureusement compensé les fortes difficultés rencontrées sur la publicité locale, quand les commerces ont fermé, et sur le secteur événementiel. C’est là aussi que l’on mesure la chance d’avoir un actionnaire.

 

 

IN : où en sont les premières évolutions du plan de relance ?

 

DC : nous accélérons sur le digital à tous les niveaux. Sur le plan éditorial et technique, comme sur notre organisation afin que la rédaction devienne totalement bimédia en 2021. L’axe est aujourd’hui très clair : transformer l’ensemble de la rédaction pour la mettre au service du digital et du développement de l’abonnement numérique. Le projet est quasiment abouti puisque les dernières évolutions seront livrées mi-février. A cette date, nous lancerons aussi une nouvelle formule du journal avec un nouveau chemin de fer, une plus grande diversité des formats et des contenus de qualité. Nous confirmons le choix pris pendant le confinement de développer la pagination.

 

IN : quels sont les enjeux de cette montée en qualité de l’offre ?

 

DC : nos trois titres – Nice-Matin, Var-Matin et Monaco-Matin - s’inscrivent dans une PQR qui s’affranchit des complexes qui lui ont collé à la peau pendant des années. Nous n’avons plus à rougir par rapport à la presse nationale ou à Paris. Nous nous appuyons sur des équipes de qualité et de bons journalistes. Ce mouvement a été amorcé depuis plusieurs années, notamment par La Voix du Nord qui a été précurseur en dépoussiérant de manière assez radicale le contenu de ses pages, y compris sur les micro-locales. La notion de proximité a évolué. Il ne s’agit plus de publier une semaine après quelques lignes et une photo d’assemblée générale de village, mais de proposer des sujets qui concernent les gens. Nous sommes vraiment sur cette ligne, avec une approche beaucoup plus journalistique de l’ensemble de nos contenus, un travail sur les angles, les formats, les modes de traitement, une volonté de faire de l’enquête, y compris locale. Faire tout simplement du journalisme de qualité et apporter un vrai service au lecteur.

 

 

IN : depuis cinq ans, vous avez fait du « journalisme de solutions » une spécificité de votre offre numérique…

 

DC : cette approche qui met en avant les initiatives constructives est appréciée et nous allons l’étendre à nos équipes locales. Les lecteurs nous attendent sur le terrain des grands sujets locaux avec parfois des prises de position fortes, qui frappent l’opinion. Ce que le groupe Centre France a fait en 2019 autour de la défense du train Paris-Clermont-Ferrand montre l’intérêt à multiplier les débats sur les sujets locaux. Lors des municipales, Nice-Matin et Var-Matin ont organisé une trentaine de débats. Certains ont été retransmis en live vidéo et ont atteint des scores hallucinants, qui prouvent que nous avons une légitimité pour le faire.

 

 

IN : une grande partie des sites internet de vos titres est en accès payant. Quel modèle avez-vous privilégié ?

 

DC : nos sites fonctionnent sur un modèle freemium avec un paywall dynamique qui propose plusieurs options pour accéder à l’intégralité de l’article : l’abonnement ou le visionnage d’une vidéo. Nous montons en puissance sur ce modèle avec environ 40 % de contenus payants et le paywall. Il s’est produit un déclic il y a quelques mois autour de l’offre avec un mois d’essai à un euro (puis 9,90 euros par mois sans engagement, ndlr). Désormais, moins de 10 % des nouveaux abonnés ne dépassent pas cette période d’essai. Nous avons atteint 13 000 abonnés pur numérique et 18 500 couplés print et numérique. Les abonnés à une offre numérique ont des profils plus jeunes - une majorité de 35-45 ans contre plus de 60 ans pour les abonnés print - et plus CSP+.

 

 

IN : quel bilan faites-vous de l’initiative Kids-Matin à « prix libre sans engagement » ?

 

DC : nous ne sommes pas totalement aux objectifs fixés en termes de nombre d’abonnés, mais la bonne surprise vient du prix libre. Nous avions tablé sur un prix moyen à 2 euros et, dans les faits, nous sommes sur une moyenne de 7 euros par mois. Cela montre que les parents et grands-parents qui abonnent leurs enfants ou petits-enfants sont prêts à payer pour un contenu qui leur convient. Nous allons continuer à travailler sur cette marque et ce produit, qui sera poussé dans les mois qui viennent.

 

 

IN : votre parcours professionnel s’est déroulé au plus près des territoires, de Limoges à la région parisienne, puis en PACA. Qu’est-ce que cela vous a appris sur cette France « périphérique » ou enclavée qui se sent souvent mal considérée et mal représentée, notamment dans les médias ?

 

DC : il reste encore beaucoup de chemin à parcourir car le sentiment d’éclatement et d’abandon est toujours là, y compris dans une région qui brille comme la nôtre. La réalité de l’abandon est encore plus visible quand ces territoires sont touchés par des événements dramatiques. La vallée de la Roya se bat aujourd’hui pour survivre et certaines personnes se demandent même s’ils vont pouvoir continuer à y vivre. Plus généralement, je suis très heureux de voir que les territoires reviennent sur le devant la scène. Lors de la crise sanitaire, beaucoup de réponses et de solutions sont venues des territoires. De nombreux Parisiens veulent changer de vie et s’installer en région… La dernière fois que le Groupe Nice-Matin a lancé une vague de recrutements pour le Web, nous avons reçu 400 candidatures, dont beaucoup de journalistes parisiens entre 25 et 40 ans. Là encore, c’est la preuve que les médias des territoires ont de moins en moins de complexes à avoir et même que la puissance est parfois de notre côté. On le voit avec ce que Ouest-France a développé sur le digital ou avec la visibilité que nous avons acquise autour de la tempête Alex. Il faut rester humble, mais on n’est pas dans notre coin à faire un journalisme de deuxième division. Et les territoires, c’est de moins en moins la deuxième division de la France.

 

 

Le Groupe Nice-Matin en quelques chiffres :

 

Nice-Matin : 66 648 ex. de diffusion France payée (DSH 2019-2020, source ACPM)

Var Matin : 48 737 ex.

Les chiffres de Monaco-Matin sont englobés dans ceux de Nice-Matin.

 

La marque Nice-Matin compte 3,016 millions de lecteurs (ACPM One-Next 2020 V4), dont 909 000 sur le print, 267 000 sur ordinateur, 1,802 million sur mobile et 260 000 sur tablette.

 

Le groupe compte quelque 800 salariés.

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