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LGBTphobies, le point en étude


Publié le 26/06/2019

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À quelques jours de la prochaine GayPride qui dominera la capitale ce samedi 29 juin, et 50 ans tout pile après les émeutes de Stonewall à New York qui initiaient le mouvement de lutte contre l’homophobie et la transphobie, la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais publie les résultats d’une enquête signée Ifop. L'objet? Le regard des Français sur l’homosexualité, l’homoparentalité et leur degré d’adhésion aux différents préjugés et opinions LGBTphobes.

 

 

Si les politiques en place et initiatives citoyennes se multiplient, et laissent à penser que la question LGBT est une priorité dans l’agenda d’un monde plus égalitaire, qu’en est-il de la réelle opinion publique sur le sujet. Les moeurs évoluent-elles autant que nous aimerions le croire ? Alors que le microcosme urbain progressiste et bien pensant se meut et se targue bien souvent d’ être arrivé à bout de la plupart des injonctions majeures liées au genre, ou à la sexualité, qu’en est-il réellement à l’échelle nationale ? Derrière les mots, quels actes, pour qui, pourquoi et sous quelles conditions ? Comment la ville et la citoyenneté avancent-il vers ce monde égalitaire tant proclamé ?

 

Pour mieux décrypter les mouvements de foule, et surtout les chemins de pensées, Ifop sait parler. L’idée ? Des chiffres pour mesurer l’acceptation de la condition LGBT dans la société.

 

Entre euphorie dégagée par des chiffres encourageants et malaise face à certains discours préhistoriques, rapide topo : alors qu’en 1975, 42% des Français considéraient l’homosexualité comme une tare, il ne sont plus que 8% aujourd’hui. « L’homosexualité était encore considérée comme une pathologie psychiatrique jusqu’en 1992 en France. Ce changement de paradigme a contribué à cette évolution de l’acceptation dans la société » commente Jasmin Roy, président de la Fondation. Malheureusement, le principe d’égalité n’est pas au rendez-vous dans l’esprit collectif français global. 20% des citoyens estiment encore aujourd’hui que « certaines professions où l’on est en contact permanent avec des enfants devraient être interdites aux homosexuels », signe de la persistance d’une certaine confusion entre homosexualité et pédophilie. Même bilan décevant pour la réalité transgenre, avec 39% de répondants estimant que les personnes qui veulent changer de sexe ont un problème psychologique. Fort heureusement une donnée redonne une lueur d’espoir : 78% pensent que l’état civil des personnes transgenres doit pouvoir être changé simplement et sans être conditionné à une opération.

 

Ce qu’on en retient, en quelques points :

 

 Une acceptation sociale en mouvance

 

Une proportion croissante de Français estimant que l’homosexualité est « une manière acceptable/comme une autre de vivre sa sexualité » : de 24% en 1975, celle-ci est passée à 54% en 1986 puis à 67% en 1996 pour finir à 85% en 2019.

 

Et pour ceux qui continuent de perpétuer la croyance selon laquelle l’homosexualité est « une maladie que l’on doit guérir » ou « une perversion sexuelle que l’on doit combattre » (15% en 2019), on constate un faible niveau socioculturel (22% chez les personnes sans diplôme), un niveau social inférieur à la moyenne (23% chez les personnes ayant un revenu inférieur à 800 €, 21% chez les habitants des banlieues populaires) ou par un plus fort respect des préceptes religieux comme peuvent l’être par exemple les musulmans (63%) ou les catholiques pratiquants (20%).

 

Contrairement aux idées reçues, le taux d’acceptation ne change que très peu selon l’âge : 73% des moins de 35 ans acceptent bien l’homosexualité contre 67% pour les 65 ans et plus. Autre surprise, l’homosexualité est moins acceptée en ville avec 79% d’adhésion en agglomération parisienne alors qu’elle est de 86% en province et de 89% dans les milieux ruraux.

 

 

 

 

 

 

 

 Plus de tolérance plus forte à l’égard de la visibilité de l’homosexualité dans l’espace public

 

L’homophobie constituant avant tout pour les LGBT une forme d’injonction sociale à l’invisibilité, on relève ici une diminution significative de l’intolérance à l’égard des manifestations de l’homosexualité dans l’espace public au cours des 20 dernières années. Seules les personnes âgées de plus de 65 ans (52%) ou de confession musulmane (71%) sont aujourd’hui majoritairement choquées à l’idée qu’un couple gay s’embrasse dans la rue. Et pour les manifestations type Gay Pride, seuls 26% des Français en sont désormais « choqués », contre 46% en 1996.

 

« Choqués », oui, c’est bien le mot pour 41% des répondants qui se disent mal à l’aise à l’idée que des enfants voient des personnes de même sexe s’embrasser sur la bouche, ou se tenir la main en public (25%). Tout aussi déconcertant : 11% des personnes interrogées disent se sentir mal à l’aise en présence d’homosexuels de sexe opposé et 14% du même sexe, contre 27% en présence de personnes transgenre.

 

 

 

 

 

 

 

Une acceptation croissante du principe d’homoparentalité

 

Autre donnée qui fait du bien : dans le contexte actuel de débat autour de la PMA, on note que ces deux dernières décennies ont été aussi le théâtre d’une reconnaissance accrue des modèles parentaux sortant de la norme hétérosexuelle : 89% des répondants estiment que les couples de même sexe avec enfants doivent avoir les mêmes protections juridiques que les autres familles. 83% considèrent les couples homosexuels capables d’élever des enfants, contre 66% en 2005. Les Français considèrent en général qu’il y a peu de différences entre le fait que ce soit deux mères (taux d’acceptation de 72%) ou deux pères (un taux d’acceptation de 68%) qui élèvent des enfants. La Manif pour tous n’a qu’à bien se tenir.

 

 

 

 

 

 

Des données à nuancer

 

Attention cependant, nos concitoyens ne sont pas qu'exemplaires. Un Français sur dix estime que « les violences contre les homosexuels sont parfois compréhensibles » (+3 points par rapport à février 2004), en particulier dans les rangs des catégories populaires (15% parmi les ouvriers, 16% parmi ceux dont les revenus sont inférieurs à 800 € par mois), des personnes non diplômées (19%) ou de confession musulmane (32%).

 

Bien que les Français soient de plus en plus conscients des LGBTphobies, certaines habitudes persistent. Les injures homophobes tels que « enculé » ou « pédé » sont encore très présentes au quotidien puisque 41% des Français les utilisent, que ce soit dans un moment d’énervement à l’égard de personnes appartenant à la communauté homosexuelle (4%) ou non (37%). Des termes employés autant, dans les cercles privés (26%), scolaires (25%), que professionnels (22%). « Chacun doit prendre conscience que ces injures participent à la banalisation des actes LGBTphobes. Il reste du chemin à faire », souligne Jasmin Roy.

 

 

 

Les Français en attente

 

Pour résumer, on note une acceptation croissante de l’homosexualité et de l’homoparentalité dans la société mais aussi la persistance de certains clichés hétérosexistes, confirmant la nécessité et l’urgence d’intensifier les leviers d’actions publiques et privées en faveur d’une société où toutes et tous vivent réellement sans discrimination.

 

83% des Français pensent que l’État devrait mettre davantage de moyens pour lutter contre les actes homophobes, que ce soit dans la mise en place de moyens pour accompagner les victimes d’agressions envers les LGBT (90%), dans l’instauration de plus de mesures éducatives pour l’acceptation des différences d’orientation sexuelle ou d’identité́ de genre (86%) et dans la prise en compte des problématiques LGBT dans son dispositif de protection de la jeunesse (88%).

 

 

*Étude Ifop pour la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais et la DILCRAH réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 29 mai au 3 juin 2019 auprès de 3 013 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

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