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Quand le Goupe Figaro « s’engage » : une prise de parole à nuancer


Publié le 22/07/2019

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Comme un mea culpa face au manque d’écoute des victimes et de mesures prises pour assainir son marché visiblement sexiste (Ligue du Lol et tous les reveals qui s’en suivirent), Figaro Groupe tente de montrer patte blanche en délivrant une campagne d’affichage sensée imposer une tolérance zéro face au harcèlement sexiste et sexuel. Une prise de parole à mettre en perspective…


Pour le groupe média qui dit vouloir (enfin?!) « entrer dans l’ère de la tolérance zéro », la sensibilisation de l’ensemble de ses collaborateurs au harcèlement sexuel et au sexisme ordinaire est un des piliers fondateurs du changement. Un engagement qui s’officialise via une campagne de communication interne signée WAT (We are together) dont la baseline est la suivante : « Le harcèlement sexuel, c’est inhumain ». L’art et la manière…d’enfoncer des portes ouvertes ? Regardons avant de juger.

 

 

Pointer du doigt la minimisation collective  

 

L’idée de base est en somme aussi bonne que  nécessaire : pointer du doigt des réflexions répétées qui banalisent l’attitude des harceleurs et renforcent le sentiment d’incompréhension et de solitude des victimes. Comment  ? Via des accroches, entendues ici et là, venant justifier les comportments que l’inconscient collectif majoritaire juge encore seulement « un peu border » quand le terme exact est pourtant très  franchement « inadmissible » : « Son humour est un peu gras, mais bon… », « Non mais t’inquiète, c’est son côté protecteur… », « Tu sais, elle ne va pas te sauter dessus… », « Ne t’inquiète pas, il n’a jamais mordu personne ». Des remarque anodines venant minimiser, excuser, et faire taire les victimes, qui  rappellent étrangement la campagne des Lionnes visant à dénoncer les insultes sexistes entendues dans les agences de publicité. Et pour l’illustration, à chaque remarque un prédateur. Homme, blanc, doté d’un masque d’animal (loup, porc, au choix) symbolisant la lâcheté et le caractère bestial/inhumain de ses propos. 

 

 

Quid de Guillaume Tabard et sa « sanction » ? 

 

Si une lecture naïve de cette campagne laisse à penser que les mesures prises à l’encontre des agresseurs seront désormais assurément drastiques et sans précédents,  les faits n’y sont pourtant pas vraiment. Le rédacteur en chef et éditorialiste politique au Figaro, Guillaume Tabard, accusé depuis plusieurs mois d’agression et de harcèlement sexuels par une journaliste, vient seulement il y a quelques semaines d’être gratifié d’un « avertissement » de la direction pour son comportement. Un peu légère la tolérance zéro, vous ne trouvez pas ? 

 

Quand l’opportunisme flagrant suivant la vague d’engagement des marques post #metoo et  l’urgence de redorer son image se rencontrent, les marques devraient veiller à ce que leurs prises de parole soient aussi effectives sur papier, que dans la réalité.

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