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La nature sera-t-elle la salle de classe du futur ?


Publié le 04/12/2020

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Loin des salles de classe closes et des enseignements théoriques du système scolaire français, les « forest schools » scandinaves font le pari d’éduquer les enfants dans les bois, à ciel ouvert. Une pédagogie de la nature qui favorise l’autonomie, l’empathie et le respect du vivant, mais dont le caractère peu académique semble encore rebuter en France. Chez nos voisins européens, pourtant, l’école en plein air séduit et constitue déjà une alternative sérieuse au pupitre.

 

[Extrait de l'article paru dans la Revue #34 d'INfluencia. Pour accéder à l'intégralité : S'abonner | acheter la revue]

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Des enfants qui lisent sous la canopée des arbres, apprennent à compter avec des châtaignes et découvrent le théorème de Pythagore en construisant des cabanes. Une école qui autorise ses petits chérubins à grimper aux arbres, à se salir et à manier des objets tranchants. En lisant ces mots, on pourrait imaginer une poignée de parents hippies post soixante-huitards qui voudraient faire de leur progéniture des zadistes décroissants. Et pourtant, les forest schools ne cessent de fleurir un peu partout en Europe, du Danemark dont elles sont issues jusqu’à la Suède et la Fin-lande, en passant par l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Suisse. Une notoriété graduelle qui se con-jugue avec des études consacrant leurs bienfaits multiples sur les enfants.

 

 

La nature bienfaisante

 

D’après Sarah Wauquiez, co-auteure de L’École à ciel ouvert*, l’engouement pour l’école de la forêt s’explique avant tout par la pluralité de ses bénéfices. « Les études montrent par exemple qu’être au contact de la nature renforce le système immunitaire et les capacités motrices tout en réduisant le stress, les allergies et les maladies cardiovasculaires. » En matière d’éducation, les études scan-dinaves sont dithyrambiques. « L’enseignement dehors cultive les compétences clés pour s’épanouir dans la vie : communication, créativité, autonomie, curiosité, entraide… » Quant à la dimension académique, « l’école du dehors permet d’atteindre de meilleurs résultats en langues et en sciences, car on apprend des concepts abstraits dans des situations concrètes ». En témoigne l’utilisation de Pythagore pour construire un abri. Enfin, la sensibilité aux autres et au vivant serait accrue. « Les études montrent qu’enseigner dehors reconnecte les enfants au monde, que ce soit vis-à-vis d’eux-mêmes, des autres ou de la nature qui les entoure », précise Sarah Wauquiez.

 

Face à ces études prometteuses, plusieurs militantes françaises ont tenté de démocratiser l’école de la forêt dans l’Hexagone. C’est le cas de Caroline Guy, fondatrice de Into The Woods, une association qui promeut la pédagogie par la nature depuis cinq ans. Selon elle, la frilosité de la France face à l’école en plein air est avant tout culturelle. « Dans les pays scandinaves, le rapport à la na-ture est suffisamment fort pour qu’il soit jugé normal de laisser les enfants jouer toute la journée dans les bois. En France, on n’a pas cette confiance innée dans la nature. » Selon Sarah Wauquiez, cette défiance ne vient pas seulement de l’académisme à la française. « Chaque pays a une culture différente de la relation humain-nature et une vision différente sur les besoins fondamentaux des enfants. En France, en l’occurrence, on a observé ces derniers siècles une rupture épistémologique entre l’humain et la nature. Au point qu’aujourd’hui, pour les parents français, l’important est que leur enfant soit bien habillé, sage et propre. À l’inverse, les parents scandinaves jugent important que leurs enfants s’épanouissent dans la nature, quitte à se salir et à récolter quelques bobos. »

 

 

Intérêt et désintérêt de l’exécutif

 

Ces hiatus culturels se traduisent dans les politiques publiques. En France, aucune subvention n’est pour l’instant accordée aux initiatives de ce type. « En Allemagne, le Land de Berlin offre 700€ par mois aux familles de chaque enfant qui bénéficie d’une pédagogie par la nature, explique Caroline Guy. C’est une façon d’encourager la diversité des parcours scolaires et de désengorger les écoles traditionnelles. » Sans soutien de la part de l’État, la France se situe ainsi dans les derniers rangs. Mais l’espoir demeure, car selon Sarah Wauquiez, « même si c’est lent, le nombre d’enseignants qui pratiquent l’école du dehors augmente chaque année en France ».

 

En matière d’enseignement, selon les pays, la pédagogie est également variable. « Le Danemark dispose par exemple d’une grande palette de possibilités pour enseigner à l’extérieur : 100% de-hors, comme le pratiquent les skovbørnehaver (jardins d’enfant en forêt), ou bien 50/50 avec le matin à l’intérieur, l’après-midi dehors, ou encore quelques sorties ponctuelles dans la semaine », souligne Sarah Wauquiez. En Angleterre, cette notion de forest school est sensiblement différente : « Ce qu’on appelle l’école de la forêt chez nos voisins britanniques n’est pas une véritable école, mais un lieu où des enfants scolarisés se rendent de temps en temps pour profiter d’un environ-nement boisé », précise Caroline Guy. Même en matière de moyenne d’âge, les règles divergent selon la culture du pays. « Selon le pays scandinave dont on parle, l’âge d’admission peut être fixé à 2 ans comme à 4 ans. De la même manière, l’âge de sortie peut être à 7 ans comme à 12 ans, et l’arrêt de l’école en plein air progressif ou immédiat », détaille-t-elle.

 

Face à l’onde de choc du Covid-19 dans le monde et la nécessité de fréquenter des lieux ouverts pour casser les chaînes de transmission du virus, l’idée de faire l’école hors les murs progresse en France. « Dans le protocole sanitaire de l’Éducation Nationale, on peut lire que “l’organisation de la classe à l’air libre est une possibilité encouragée”. J’en veux pour preuve que le ministère a lancé un site “Enseigner dehors” pour outiller les enseignants », signale Sarah Wauquiez. Mais des impératifs sanitaires pourraient-ils faire changer durablement les mentalités ? Peu de chances selon l’auteure de L’École à ciel ouvert. Pas plus pour Caroline Guy, qui pointe du doigt le désintérêt de l’exécutif. « La pandémie aurait pu être un moyen d’accélérer les alternatives à l’école en lieu clos, mais à part quelques prises de parole dans les médias, je ne vois pas de vraie volonté politique. » La preuve, la loi sur l’instruction obligatoire, qui date de 1882, apparaît toujours comme une chape de plomb pour les militants de l’école du dehors. Il faudrait réfléchir en France à déconfiner nos lois…

 

*Sarah Wauquiez avec Nathalie Barras et Martina Henzi, L’École à ciel ouvert, La Salamandre, 2020.

 

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