AccueilLA CULTURELE GENTLEMAN DESIGNER GéRARD CARON S'EN EST ALLé : VOYAGE D'UN VISIONNAIRE IMPéNITENT

Le gentleman designer Gérard Caron s'en est allé : voyage d'un visionnaire impénitent


Publié le 02/11/2020

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Le gentleman du design de marque, Gérard Caron  nous a quittés ce samedi 31 octobre. L'occasion de revenir sur cette carrière riche en expériences multiples, et de lire quelques extraits de son dernier ouvrage paru en 2019, "Homo Designus". Également, ci-dessous une conversation podcastée.

 

Gérard Caron, né le 30 août 1938 à Pont L’Evêque dans le Calvados, est décédé ce matin 31 octobre 2020 à Neuilly sur Seine. Le gentleman à la voix velouté, à l’humour décapant, commence sa carrière de publicitaire chez Publicis en 1962 et travaille ensuite successivement chez SNIP (devenue BDDP), Young & Rubicam, Ted Bates. ll effectue de longs passages au sein d’entreprises telles que Brandt, Cotelle Lesieur, où il travaille sur la bouteille plastique de Javel Lacroix en 1964 avec Raymond Loewy.

 


Avec Raymond Loewy, son premier contact professionnel avec le design.

 

En 1973, il crée l’agence de design Carré Noir avec trois professionnels de l’agence Ted Bates : Michel Alizard, architecte, Michel Disle, directeur artistique et Jean Perret, designer. Le carré du logotype symbolisant l’amitié des quatre associés et la couleur noire représentant la trace du crayon du créateur sur la feuille blanche. Gérard Caron et ses associés sont à l'origine du design de communication en France. Gérard Caron implante les filiales de Carré Noir dans le monde : aux États-Unis, au Japon, en Italie, en Belgique et en Angleterre.

 

 

En 2011, Carré Noir entre dans le giron de Publicis

 

En 2003, il crée et devient le rédacteur en chef du site Admirable Design. Il a été le cocréateur de nombreux prix dans le métier : Les Enseignes d’Or, Les Pentawards… Auteur également, il a écrit plusieurs ouvrages dont «Un Carré Noir dans le design » et le tout dernier "Homo Designus » paru en 2019, co-écrit avec Sébastien Canut, patron de Périscope qui en évoquait l'imortance dans INfluencia dernièrement, et dont voici de courts extraits.

 

 

Paire de chaussettes, auto, coteau, tout est question de choix...

 

(...) Que ce soit pour décider de la forme d’un couteau de cuisine, de la couleur d’une paire de chaussettes ou d’une automobile, il y a toujours le choix d’un individu. Des données subjectives résultant de son histoire, de sa culture et de sa cartographie affective influenceront toujours cette décision, en attendant qu’un algorithme prenne le relais, comme c’est déjà le cas dans la finance. Vous nous répondrez alors peut-être que les nébuleuses mathématiques peuvent être auto-apprenantes et donc se libérer de la pensée de l’homme. Nous n’en sommes pas encore là et, aussi apprenantes qu’elles sont et seront, les machines sauront-elles remplacer la capacité de curiosité et de désir du designer et du consommateur ? Pas certain…(…)

 

 

L'objet joue de nos sens et de nos émotions...

 

(…) En privilégiant l’essence de l’objet, le designer s’adresse à la mémoire dite « perceptive » qui passe par l’activation des sens et enclenche le processus mnémotechnique. Il joue de nos sens et de nos émotions et, en cela, exerce un véritable pouvoir de séduction ; on peut alors considérer qu’il a réalisé le « design juste ». Pour cela, il aura recours à un indispensable facteur dont il doit faire preuve avant toute chose : l’altérité ; se mettre à la place de l’autre et prendre conscience du code du beau de cet autre. Car, malgré le marketing-intelligence, les études quantitatives ou qualitatives, les kilo-octets de données et les kilomètres d’histogrammes et autres tableaux Excel, rien ne remplace encore cette sensibilité de l’Homo designus professionnel pour déchiffrer le cœur de ses semblables et imaginer de nouvelles manières d’y distiller le beau. Pas aussi simple qu’il y paraît, car la beauté qui amène au désir n’est pas uniquement dans l’objet en question, elle doit aussi être partagée par la personne qui en devient propriétaire.(…)

 

 

De l’ère du sapiens à l’être virtuel, quel pourrait être ce pourvoyeur de connaissances ?

 

(...) Dans ce monde en transformation où les peurs se nichent dans les failles de l’ignorance, manquerait-il le passeur Caron de l’étymologie grecque pour nous aider à franchir le Styx digital ? De l’ère du sapiens à l’être virtuel, quel pourrait être ce pourvoyeur de connaissances, de cette nouvelle harmonie du monde qui nous aiderait à traverser le fleuve de nos inquiétudes et nous emmènerait vers une éternité du beau ? À ce stade de notre réflexion, le recours à l’utopie devient indispensable pour franchir les barrières de la raison. Allons jusqu’à imaginer que ce passeur puisse être le design devenu partenaire et complice de la science ! Qu’il serait là pour témoigner de la part d’humain dans cette fiction et apporter quelques réponses à nos angoisses viscérales. (...)

 

 

Pour contribuer à rendre le monde meilleur peut-être.

 

(...)Plus beau sûrement. Parce que, comme nous le rappelle Serge Airaudi, philosophe expert en images : « Un monde qui produit plus de progrès technologiques et de connaissances que d’avancées morales et philosophiques est une civilisation en danger ». (...)

 

 

Le podcast conversation avec Gérard Caron c'est ici!

 


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