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Pourquoi nous avons la série dans la peau (saison 1)


Publié le 01/07/2019

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Black Mirror saison 5 vient de débouler sur Netflix, Big Little Lies 2 sur HBO, et The Handsmaid's tale acte 3 sur OCS… L’occasion de comprendre de quel ordre est cet engouement que les séries provoquent en nous. Part 1

 

 

C’est la fête dans les cœurs et les esprits des millions de spectateurs qui vivent désormais au rythme des séries, comme de leurs saisons, (pas les mêmes que les notres, certes), mais des saisons tout de même, que nous guettons comme autant d’histoires d’amours, de coups de foudre, de suspens intenables… En à peine dix ans, ce phénomène que d’aucuns jugent addictif, occupe nos soirées, nos nuits, nos week-ends au rythme raisonnable de deux épisodes, pour les sages qui jubilent à l’idée de regarder la suite le lendemain, comme un cadeau qu’ils s’offrent à petite dose, seuls, ou à deux, ou bien de l’intégralité d’une saison pour ceux, qui incapables de résister à l’attente, avalent les épisodes d’un trait. Un binge watching irrésistible qui nous lessive et nous extrait de notre vraie vie tout en nous enseignant le monde tel qu’il est, lorsqu’il est imaginé par des scénaristes, auteurs, romanciers, dont les propositions collent parfaitement à nos peaux d'êtres accablés, dépendants et impuissants face à la complexité de l’univers. Il y a même des sites, tels que Tiii.me qui permettent de compter le temps passé devant nos chères séries. Ainsi, sachez-le , rien qu'avec les 10 saisons d'une série telle que Friends, ce sont 5 jours et 17 heures que «vous « vivez » devant un écran…

 

 

Vous avez dit chronophage ?

 

Alors que les séries des années 90 diffusées uniquement à la télévision, étaient des histoires compliquées résolues par un héros unique détenant la morale de l’histoire », raconte Vincent Meslet, ancien patron de France 2. Des programmes correspondant à une époque où le pouvoir en place incarnait encore quelque chose de souverain, et où L’Instit produit par Pierre Grimblat suffisait à combler les esprits, un jeudi soir par semaine, aujourd’hui, les séries sont désormais conformes au désordre ambiant avec l’aide de la rediffusion , du streaming et de la multitude des écrans comme principe absolu de consommation ».

 

C’est que les séries sont désormais des œuvres à part entière, avec souvent pour origine des romans excellents, des adaptations conçues par des maîtres de l’intrigue, et réalisés par des metteurs en scène d’envergure qui, faute de pouvoir se dédier à des projets palpitants au cinéma, -dont les producteurs et les distributeurs sont uniquement soucieux de rentabilité-, se tournent vers les plateformes géantes qui ont compris avant tout le monde comment dans notre société, il fallait s’adresser à nos cerveaux, à nos émotions, et à nos vies implacablement cernées par des problématiques politiques, sociales, environnementales, climatologiques, technologiques qui nous échappent et nous angoissent. Des vous et moi qui avons besoin de trouver des réponses à des questions auxquelles nos gouvernements, sont semble-t-il, incapables d’apporter une analyse, et des solutions, se contentant de vociférer sur twitter, de se battre sur FB, ou de régler par medias interposés.

 

 

Pourquoi le cinéma perd la main ?

 

Alors que le cinéma jouait ce rôle de catalyseur, de « soigneur » d’âmes en proposant des intrigues de 1h30 (jusqu’à 3 heures), composées d’un début, d’un milieu et d’une fin, avec une morale unique, il s’avère aujourd’hui, que le spectateur « en a assez de se voir imposer un seul point de vue, poursuit Vincent Meslet désormais producteur, « désormais, la série c’est l’incertitude de la morale. Ses personnages évoluent, sont confrontés à des dilemmes qui ne seront en principe jamais résolus. La vie,en somme. Ce phénomène est très clair dans The Manifest (TF1) qui fait une très bonne audience. La série démarre avec le retour (après cinq ans de disparition) de victimes d’un soi-disant accident d’avion. Entre temps, leurs conjoints, leurs familles, leurs amis, ont refait leur vie. Un point de départ parfait pour comprendre comment chacun va agir moralement, psychologiquement à ce trou spatiotemporel de 5 ans. « Chacun peut s’identifier, s’interroger, se demander : qu’aurais-je fait à sa place ? ». Ce temps long, est bien moins manichéen finalement que ce que nous proposent les talkshows où les émissions de débats, où personne n’écoute son voisin, ou le dialogue de sourds est désormais de mise », poursuit le producteur, « Dans The Americans, le spectateurs est face au mensonge continuel de cette famille, dont les aînés sont des espions russes. « Deux morales légitimes, des points de vues qui se justifient. Pour montrer tout cela il faut du temps, celui qui nous manque partout ailleurs, et que la série et ses saisons permettent ».

 

 

La faillite du politique n'est pas étrangère au succès de la série

 

Par ricochet, la faillite du politique n’est pas étrangère au succès de la série : « Partout dans le monde, les partis sont en pleine déroute, les clashs idéologiques n’en finissent pas, le plus important pour tous les hommes et femmes médiatisés, n’est pas de résoudre les questions, mais d’avoir raison. Ce n’est plus l’analyse qui compte, c’est la petite phrase qui fait mouche que l’on retient. Dans la série, le temps est tellement dilaté que l’on s’approche bien plus de la vie de tout un chacun, avec l’évolution des personnages. Les situations sont examinées à la loupe, les pensées, les réactions, la psychologie sortent des divans sur lesquels les scénaristes se sont allongés des années durant. Ambivalentes, complexes, fantasques, fines, manipulatrices. Chaque personnage représente une facette de notre personnalité, sans jamais sombrer dans la caricature. Mieux, les maladies mentales, tout comme les handicaps physiques sont de la partie. Certaines ont des tocs, ils sont pour certains bipolaires (Carrie Mathison dans Homeland), autistes (Tunnel, Profilages), schizophrènes (Keplers). Traitent de sujets qui nous frappent de plein fouet. Big Little Lies présente cinq femmes rivales au quotidien qui au final vont se venger ensemble, complices, de l’homme violent. Ad Vitam nous invite dans un monde adulte qui ne veut pas vieillir et ne laisse aucune place à la jeunesse, Sharp Objects offre une vision universelle des relations mère fille, portée à son comble, The Handmaid’s tale raconte le retour de la suprématie patriarcale au détriment de la femme, redevenue esclave.

 

C’est un peu comme si le roman du XIXème siècle s’invitait dans nos présents... (À SUIVRE DEMAIN MERCREDI 3 JUILLET)

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