ILLUSTRATIONS
de jean-michel tixier
« nous avons besoin
de reconnaissance »

Propos recueillis par
Isabelle Musnik
À 22 ans, Maxime Verner a été le plus jeune candidat aux dernières élections présidentielles. Le président de l'Association des Jeunes de France défend avec fougue la jeunesse et le lien intergénérationnel, et lance un appel : « c'est maintenant que tout peut et doit changer ».



Maxime Verner

























Les jeunes sont
tiraillés entre la peur
du rejet et l’esprit
d’innovation




















































On plonge la jeunesse
dans l'infantilisation


























La génération Y est
un écran de fumée
qui ne recouvre
pas de réalité
IÑfluencia Qu’est-ce que l’Association des Jeunes de France ?

Maxime Verner L’AJF est une association née en 2006 de manière informelle, autour d’une campagne nationale d’inscription par procuration sur les listes électorales. Nous l’avons structurée en 2009 avec des responsables dans chaque département, pour accompagner les projets des jeunes, qu’ils soient personnels ou collectifs, associatifs ou professionnels. Nous avons aussi une mission de sensibilisation auprès des pouvoirs publics. Nous organisons un concours national des initiatives locales pour la jeunesse et nous sommes force de proposition pour les politiques de jeunesse. Nous sommes ainsi à l’origine de la loi sur l’éligibilité à 18 ans, promulguée en 2011, et nous remettons régulièrement des propositions de lois aux politiques.


Vous avez été le plus jeune candidat à l’élection présidentielle. Avez-vous le sentiment que votre candidature a changé le regard porté sur la jeunesse ?

MV Durant la campagne présidentielle, de nombreuses initiatives ont été initiées par les jeunes eux-mêmes. La mienne n’était pas déconnectée des autres. Au contraire, elle avait vocation à porter leur voix dans ce contexte social intense. J’ai visité, avec les moyens du bord, plus de 300 communes, 200 usines, entreprises, associations, écoles, pour présenter mes 89 propositions. Je voulais comprendre leur regard sur la jeunesse et influencer les mentalités, les décisions publiques. Mais c’est cette multitude de projets portés par les jeunes qui a permis de changer le regard des citoyens, et donc les discours des politiques sur la jeunesse.


Peut-on parler d'une identité jeune aujourd'hui ?

MV Il n’y a plus d’identité collective homogène dans laquelle se reconnaissent les jeunes d’aujourd’hui. Les comportements d’engagement et les mentalités changent, les jeunes sont tiraillés entre la peur du rejet et l’esprit d’innovation. Ces identités multiples et contradictoires forment une jeunesse qui a du mal à peser politiquement et nous poussent donc vers une fracture générationnelle qui n’est souhaitable pour personne.


On dit que la jeunesse aujourd’hui serait plus réactionnaire…

MV Il y a toujours eu une jeunesse rétrograde et une jeunesse mature. Mais ces dernières années, avec le développement d’engagements post-it et l’apparition de la contre-démocratie, les jeunes qui se font le plus entendre dans les urnes ont tendance à être ceux qui privilégient les votes extrêmes. Cependant, il n’y a pas que les urnes pour se faire entendre, et la jeunesse mature met en avant ses idées dans l’espace public par d’autres engagements et initiatives, porteuses de sens et de cohésion.


Comment regarde-t-elle les générations précédentes ?

MV Elle pose le constat d’échec de nos parents. Dans le rapport au travail, à la famille et à la démocratie, il est évident que les baby-boomers auront davantage pensé à eux qu’à la transmission. Cela se retrouve dans notre dette publique, notre problème récurrent d’insertion professionnelle des jeunes ou encore la flambée des prix de l’immobilier qui exclut la plupart des jeunes de l’accession à la propriété. Ils vivent dans une société bloquée et cherchent la solution, d’abord à titre individuel, puis collectivement. Mais ils ressentent une injustice et une peur du déclassement qui laissent des traces.

Les jeunes vivent dans une grande attente de changement. On parle de vieillissement de la population, mais nos aînés n’ont jamais été aussi actifs. C’est donc un rajeunissement que nous connaissons, mais qui exclut trop souvent les plus jeunes et les plonge dans une période d’expérimentation faite de précarité et sans perspective. Pourtant, il suffit de donner sa chance à cette jeunesse qui, lorsqu’on lui offre les moyens de s’épanouir, fait preuve d’une grande créativité.


Quel est le problème majeur de la jeunesse ?

MV L’infantilisation dans laquelle on la plonge, à commencer par les épreuves qu’on lui impose pour l’intégrer à la vie sociale, économique. Par exemple, le système scolaire tourne autour des concours, et non des talents. En France, on donne encore la prime à l’expérience et pas à l’innovation, ce qui ronge notre compétitivité et notre attractivité dans un monde de plus en plus rapide, concurrentiel et complexe. Nous devons rentrer dans une phase de reconstruction qui donnerait pleinement sa chance à nos jeunes, créer sans plus attendre une attention et un soutien particulier pour eux, qui sont en première ligne de la crise.


Les problèmes de la jeunesse ne sont-ils pas aussi une problématique éternelle ?

MV La crise est au fond une opportunité, pour changer notre regard sur l’avenir, sortir de ce pessimisme profond et se donner les moyens de créer un nouveau modèle français. Mais il faut réveiller nos décideurs afin qu’ils prennent cette voie, ce qui n’est manifestement pas naturel pour eux. Ils résistent à cette nouvelle vague.


la société joue de plus en plus au jeunisme et pourtant elle considère la jeunesse comme une menace. Quelle est la vérité ?

MV Lorsqu’il n’y a plus de croissance, que les inégalités se creusent, les insiders tirent pour eux et les outsiders sont condamnés à ronger leur frein. La société veut transformer la vieillesse en naufrage et la jeunesse en galère pour assurer aux entre-deux d’être actifs, au risque de disloquer le corps social. En effet, les actifs doivent alors prendre davantage en charge les jeunes et les aînés. Le cercle vicieux s’est installé, nous devons en sortir dès maintenant.

Une politique publique efficace de la jeunesse doit être l’affaire de tous. C’est un plan de transition indispensable si nous voulons que notre modèle subsiste, alors que la nouvelle génération ne vit plus dans la peur de la guerre et le fantasme de l’Etat-providence. Toute politique qui se veut efficace à long-terme doit reposer sur les jeunes générations, en impliquant leurs aînés dans leur formation. La solidarité intergénérationnelle est le levier indispensable d’une politique publique de la jeunesse efficace.


Quel plan de relance économique aiderait les jeunes ?

MV Il faut réformer en profondeur l’école de la République, dans sa mission d’égalité des chances et d’insertion professionnelle. Notre rapport à l’échec doit changer, et nous devons pour cela investir dans des filières que nous avons trop longtemps dévalorisées. Il faut aussi généraliser encore davantage la formation continue, notamment pour ceux qui ont quitté tôt l’école, et installer un contrat de travail unique. Les jeunes ne refusent pas de contribuer, mais ils doivent en avoir les moyens, bénéficier d’une autonomie et de moyens d’action. Voilà pourquoi nous devons aussi soutenir l’artisanat, l’entrepreneuriat et plus largement l’innovation. Nous serons guéris le jour où les jeunes Français pourront créer de la valeur pour leur pays, et où les jeunes du monde entier voudront s’installer en France pour développer leurs projets, leurs entreprises.


Les marques considèrent les jeunes - la fameuse Génération Y - comme des cibles. Comment devraient-elles leur parler ?

MV Lorsque les jeunes se sentent considérés comme cibles, ils rejettent le message et son émetteur. Cette génération a besoin de reconnaissance et comprend les codes de notre société du spectacle. Les marques doivent aider les jeunes à grandir, à s’affirmer et donc les rendre co-acteurs des messages. En définitive, il faut parler aux jeunes comme à des citoyens, les valoriser et leur apporter un message porteur de sens. C’est en cela que la génération Y est un écran de fumée, un concept qui ne recouvre pas de réalité. C’est dans l’incarnation de l’idée que l’on pourrait catégoriser les jeunes, ce qui n’est plus le cas car la jeunesse est une période de la vie qui n’est pas que physiologique.


Finalement, quel message voudriez-vous faire passer ?

MV Je veux rappeler aux institutions, quelles qu’elles sont, leur rôle dans la transformation que demande la jeunesse. Dans cinq ans, une large part des managers et des citoyens auront moins de 35 ans. Ils auront grandi dans une succession de crises. Leur rapport au travail comme à la citoyenneté n’est plus le même, et les organisations doivent se relégitimer mais aussi les associer pour renouer avec la croissance. Mais le train est en train de passer. Donc en deux mots : c’est maintenant !.


Peut-on parler d'identité jeune aujourd'hui ?
Illustration de Jean-Michel Tixier






















































Une politique
publique efficace
de la jeunesse
doit être
l’affaire de tous




















































Nous serons guéris
quand les jeunes
Français pourront
créer de la valeur
pour leur pays
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