La série, courroie de transmission
cristina alonso
Ils en consomment chaque jour, sous la couette, en solo ou à deux. Les séries, de genre comme Ad Vitam produite par Katia Raïs (Kelija Productions), sociétales ou d’espionnage, sont devenues les compagnes des jeunes, qui lorsqu’une saison s’achève ont le blues comme lors d’une séparation amoureuse.
 
Nourrie à la littérature française des xviiie (Pierre Choderlos de Laclos) et xixe siècles (Stendhal, Gustave Flaubert, Émile Zola, Guy de Maupassant, Honoré de Balzac…), ainsi qu’anglo-saxonne avec les œuvres romanesques de Jane Austen et Henry James, puis de nos contemporains Ian McEwan, Jonathan Dee, Jay McInnerney, J.G. Ballard, la productrice de Kelija, Katia Raïs, s’éprend, jeune adulte et débarrassée de la chape parentale, de créateurs d’images – John Carpenter, Brian De Palma, Dario Argento, David Cro­nenberg.

Un barrage contre la crispation

Cinéma de genre, donc, qui la fait frissonner ou cauchemarder… tout comme la société qui nous entoure. À ce sujet, Katia Raïs ne mâche pas ses mots. Pour la productrice d’Ad Vitam et de Trepalium, qu’elle conçoit pour Arte, « le simple fait que dans les journaux télévisés ou dans les prises de parole politiques on se focalise sur les jeunes, et tout particulièrement sur leur âge, pour évoquer les attentats commis ces dernières années, c’est déjà la preuve – une manière inconsciente et malsaine de le dire – de ce désamour qui existe entre les adultes et la jeunesse ». Et elle ajoute : « Ce ressentiment n’est pas nouveau. Le discours des parents à l’égard de leurs enfants est toujours celui de la déception, du non-accomplissement des adultes, de l’excès d’espoir placé en cette “seconde chance” que représente sa progéniture… »

Lorsque la société va mal, on en fait un divertissement que l’on transpose dans le temps ou l’espace.


Celle dont les films cultes seraient plutôt des œuvres de science-fiction (le long-métrage Soleil Vert de Richard Fleisher, La Planète des singes, roman de Pierre Boulle porté à l’écran par Franklin James Schaffner) s’investit depuis toujours dans la série de genre. « Efficace et démonstrative, résume-t-elle, elle réapparaît toujours dans le paysage lorsque les sociétés connaissent des moments particuliers de crispation. Ce n’est pas un hasard par exemple si The Handmaid’s Tale [La Servante écarlate, diffusée par Hulu à partir de 2016], écrit en 1985 par Margaret Atwood, trouve un écho aujourd’hui et fait l’unanimité, si Ad Vitam évoque le malaise entre jeunes et adultes, et si Trepalium s’interroge sur comment vivre, aimer, élever des enfants dans un monde où seule compte la valeur travail… »

« Les faiseurs de série, de fictions, les écrivains, les producteurs… sont poreux à l’air du temps, aux événements, et puis tout cela est un cycle », raconte Katia Raïs. Un cycle dans lequel la société Kelija tourne à plein régime, aligne les succès et les partenariats avec Arte – « chaîne remarquable, souligne-t-elle, qui se lance dans des aventures audacieuses, sans garantie de réussite » – et qui s’attelle aujourd’hui à Sine Amore, une uchronie [reconstitution fictive relatant les faits tels qu’ils auraient pu se produire, ndlr] sur les relations hommes/femmes. Un fait sociétal qui pour Katia Raïs n’a rien de nouveau : « Lorsque la société de consommation va mal, on en fait un divertissement que l’on transpose ailleurs dans le temps ou l’espace. Dans Sine Amore, les femmes ne sont pas des victimes, les hommes ne sont pas des bourreaux. » N’empêche, celle qui offre un regard neuf sur la série de genre affirme qu’Ad Vitam permet au spectateur de se projeter dans le rapport de filiation établi entre cette jeune fille, Christa, et ce très vieux jeune monsieur Darius, « car au bout du compte, ce qui perdure et donne un sens, c’est la transmission entre générations ».

Un développement crescendo

La série devient la plus grosse carte à jouer de tous les diffuseurs. Arte, Canal+, France TV d’un côté, qui se mettent à produire des contenus pour les vendre à des plateformes ou à des diffuseurs étrangers. De l’autre, les désormais grandes gagnantes HBO, Orange, Netflix, OCS et Amazon, qui se battent à coup de chefs-d’œuvre servis par des comédiens prestigieux et les plus internationalement connus des réalisateurs. Avec ses 3,5 millions d’abonnés pour l’Hexagone en quatre ans, Netflix s’accapare ainsi essentiellement un public jeune, et grâce à son système d’abonnement permet de multiplier les vues (un à quatre partages de connexion sont possibles) et de convaincre l’entourage de s’abonner.

Une série, c’est une vie, du temps chaque jour, des personnages qui deviennent vos projections ou vos amis…


Parmi les coups de génie qui ont fusé sur la plateforme : des pépites pour les petits et grands ados en mal d’aventures. La casa de papel met en scène sept jeunes qui pour diverses raisons n’ont plus rien à perdre et sont repérés par un mentor (El Profesor) pour réaliser le casse du siècle… La saison 1 d’Alex Pina, diffusée en décembre 2017, puis la seconde en avril 2018 a tenu en haleine plus de 17 millions de fans. Un score totalement inattendu pour cette série qui sur Antena 3 a attiré (seulement) 2,3 millions de spectateurs. Sans aucune promotion, grâce au bouche à oreille et à l’engouement produit sur les réseaux sociaux, La casa de papel séduit un public féminin (66 %) et les 15-24 ans, qui représentent 41 % des abonnés. Soit la série non anglophone la plus regardée sur Netflix.

Série mon amour

Déconseillées aux moins de 16 ans en France, 17 aux États-Unis, Thirteen reasons why (Netflix) évoquent le suicide d’une jeune fille dont treize camarades auraient potentiellement pu commettre le meurtre, Le bureau des légendes d’Éric Rochant et sa vision de la DGSE (Canal+) scotchent des millions de 18-30 devant leurs tablettes, télés et autres écrans XXS. Game of Thrones (HBO) emballe les trentenaires du monde entier. Des séries le plus souvent consommées au lit par les 18-34, qui sont 74 % à s’en repaître tous les jours ou presque.

L’étude #MoiJeune menée par le quotidien 20 Minutes nous apprend que ces mêmes grands enfants se sentent tristes à la fin d’une série. Certains iraient même jusqu’à ressentir le blues de la séparation ! Ce qui confirmerait cet engouement. « Lorsque l’on regarde un long-métrage, on ne passe qu’une heure et demie avec ses personnages, ses histoires, explique François Tron, ancien directeur de la fiction de France 2 et patron de la belge RTBF. Une série, c’est une vie, du temps chaque jour, des personnages qui deviennent vos projections ou vos amis… Bref, les séries ont comme un goût d’éternité qui ne devrait jamais vous quitter. » Une RTBF qui se met également à lorgner vers le marché international. « Après la série La trêve, vendue dans 42 pays, nous voulons imposer la Belgium touch en Europe avec notamment Unité 42. » Qui l’eût cru ?
Cristina Alonso
Rédactrice en chef



© DR


Katia Raïs, productrice d’Ad Vitam et Trepalium, Lagardère Studios.
© www.ledroitperrin.com
 
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