À la recherche des histoires qui vont avec les réseaux sociaux
Interview de boris razon
Directeur du département Nouvelle écritures de France Télévisions, Boris Razon est chaque jour confronté à des demandes des téléspectateurs de nouvelles expériences et à des situations d'échanges de pair à pair. Pour les médias, la conversation est devenue un véritable enjeu.
ILLUSTRATIONS
de Joachim Larralde


























Chacun a accès
au savoir et peut vérifier
ce que vous racontez
















































À nous de comprendre
et d'anticiper les usages
IÑfluencia En quoi la conversation concerne-t-elle aujourd'hui le service public de l'audiovisuel ?

Boris Razon Pour un certain nombre de médias et pour tout producteur de contenus dans l'univers numérique, la conversation est devenue un enjeu. Nous sommes passés d'une situation où les médias étaient des émetteurs face à des auditeurs, spectateurs ou lecteurs — une relation de haut en bas — à une relation qui, avec la pénétration très forte des nouvelles technologies, installe une situation d'échanges de pair à pair. Le monopole de la parole n'existe plus. Nouer une conversation constitue un enjeu fondamental car quel que soit le projet concerné, il rencontre une audience de manière plus approfondie qu'auparavant.


Comment travaillez-vous pour proposer davantage d'opportunités de conversation ?

br Pour certains projets, la conversation va se résumer à l'idée qu'ils doivent rencontrer la préoccupation de l'audience. Mais cela peut aller jusqu'à aménager une place au public au point qu'il participe lui-même à la création du contenu.

Je pense notamment au viol. En parallèle de deux documentaires sur France 2 et France 5, nous avons lancé en novembre 2012, à l'occasion de la journée de lutte contre les violences faites aux femmes, une plate-forme de recueils de témoignages. Nous avons recensé un million de contributions. Des paroles de soutien mais aussi énormément de femmes et d'hommes qui racontaient, parfois pour la première fois, leur traumatisme.

À chaque projet correspond un niveau de conversation différent. Aujourd'hui, il est très difficile de concevoir un projet qui n'intègre pas la capacité pour les gens de commenter, de discuter des contenus qu'on leur propose, d'échanger avec d'autres personnes concernées, de partager leurs expériences sur les réseaux sociaux.

Il y a du bon et du moins bon dans ces commentaires. Mais, pour peu que cette conversation soit encadrée et pensée par les producteurs des contenus — qu'ils soient journalistes, documentaristes ou producteurs de fiction — alors elle peut nourrir quelque chose.


Attention, engagement, fidélisation, audience... Quels sont vos objectifs quand vous recherchez cette conversation ?

br Aujourd'hui, nous en avons une vision strictement éditoriale. Il est bien sûr important pour tout média d'être en relation avec une audience et que celle-ci montre des signes de fidélité.

Mais la lecture que j'en ai est d'abord liée à cette question : « ai-je rempli mon contrat qui est d'intéresser les gens ? » Leur intérêt se voit dans les commentaires, dans leurs tweets, dans leurs discussions, ce qui montre que l'idée qu'on a défendue a touché son public, au-delà de l'enjeu marketing. Au fond, la conversation fait désormais partie de l'enjeu éditorial. Je suis très attaché à cette idée.

Je ne crois que très moyennement au community management, dont la vocation est d'entretenir la conversation autour d'un contenu et de la mettre en scène. Je crois beaucoup plus à l'imbrication et à la relation directe entre l'audience et l'émetteur du contenu. Parfois, c'est donc le scénariste, si l'on parle de fiction, qui est le mieux placé pour tenir la page Facebook d'un personnage afin que le lien avec les gens qui aiment la série soit le plus juste possible. La même chose vaut pour un web-documentaire qui intègre une dimension participative.


L'essentiel se situe donc pour vous dans l'intégrité et la cohérence de la conversation plutôt que dans son animation ?

br Exactement. Un auteur doit être dans une certaine mesure capable d'intégrer l'idée que ce qu'il va faire va se poursuivre dans une conversation avec une audience. C'est un chemin, un apprentissage, mais les auteurs avec lesquels nous travaillons s'intéressent à ces questions.

Dans notre société, chacun a accès au savoir et peut vérifier, contester ce que vous racontez. La donne a changé. Elle a fait basculer la relation de pouvoir entre l'émetteur et le récepteur ; celle-ci se situe maintenant entre un pouvoir et des citoyens.


La nature de la conversation est-elle impactée par le genre de production : fiction, jeux, documentaires, blogs, magazines, divertissements, informations ?

br Absolument et très fortement. On ne peut pas attendre le même type de conversation autour de « Plus belle la vie » qu'autour de témoignages relatifs au viol.

Le web-documentaire « Qui va garder les enfants ? », par exemple, traitait du marathon quotidien qu'on vit tous entre vie professionnelle, vie personnelle et répartition des tâches à l'intérieur du foyer. En l'espèce, nous avons décidé de l'encadrer et de proposer aux gens de converser avec nous sur certains moments de la journée. Mais le niveau de participation demandé n'avait clairement rien à voir avec le thème du viol, où la parole était libre. À chaque fois, ce sont des choix strictement éditoriaux.


Quelles nouvelles expériences cherchez-vous maintenant à proposer ?

br L'expérience de jeu renvoie à l'expérience par les utilisateurs. Elle mobilise différentes mécaniques, celle de l'engagement, de l'interaction et de la récompense, qu'il faut conjuguer.

Un web-documentaire réussi comme « Qui va garder les enfants ? », le webdoc plus facile à partager qu'un fer à repasser, propose une expérience originale, avec sa page Facebook et ses entrées par tranche horaire, par personnage, par décrypteur, etc. C'est un bel exemple de la vocation de notre département qui est d'être centré sur l'expérimentation.

À nous de comprendre et d'anticiper des usages, comme pour le jeu de « Plus belle la vie ». Sur les réseaux sociaux, il y a des usages qui se sont très vite installés. Mais nous ne racontons pas encore — ou très peu — les histoires qui vont avec. Il nous faut travailler là-dessus.

La première question posée est donc celle de la relation entre nous, éditeurs du contenu initial, et ceux qui deviennent ensuite émetteurs-éditeurs de contenu. La seconde a trait aux progrès technologiques qui génèrent de nouvelles capacités narratives. Nous devons les tester et formuler des propositions.


Peut-on imaginer que vous soyez demain amenés à trouver des sujets parce qu'ils auront fait l'objet d'une conversation fournie ?

br J'ai été rédacteur en chef du Monde.fr pendant dix ans. Il y déjà deux ans, nous avions inventé des modèles, dont le live, nourris de cette idée de la conversation. Les questions posées dans le live « drivaient », en partie, le travail journalistique. Exemple plus récent concernant la plate-forme de témoignages sur le viol : ce n'était pas la conversation mais la nature des témoignages qui constituait un indicateur des sujets à traiter.

L'idée sous-jacente est de proposer des contenus qui génèrent de la conversation, elle-même devenant la source de nouveaux contenus. Là, on a vraiment l'impression d'être au rendez-vous de notre mission de service public.L'autre défi, qui relève également de nos missions, est de toucher un public plus jeune qui entretient un autre rapport avec la télévision et passe davantage de temps sur les réseaux sociaux.
l'interviewé : boris razon
Directeur du département Nouvelles Ecritures de France Télévision, un laboratoire d'expérimentation du transmédia ou des contenus uniquement destinés au web. Auparavant au Monde.fr pendant 10 ans, il en a été rédacteur en chef.



















Pour tout média,
il est important
d'être en relation
avec une audience



























































Sur les réseaux sociaux,
des usages
se sont très vite
installés
























L'idée est de
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qui génèrent
de la conversation
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