Emmanuelle Gagliardi :
« Il faut avoir confiance en soi et lâcher les chevaux ! »
Réalisée par
Isabelle MUSNIK
Mon « gros caillou » de ce jour est de m’occuper de mes plantes. Avant, j’irai rencontrer Emmanuelle Gagliardi*, la fondatrice de Connecting Women. Son coaching sur la gestion du temps m’a aidée à y voir clair dans mon agenda et être fière de chaque journée. Un thème qui fait partie d’une série de conseils qu’elle promulgue aux femmes pour reprendre en main leur carrière. Il s’agit du mouvement #PPV, Pulvériser le Plafond de Verre, lancé en 2018, son cheval de bataille.
 



Où en sommes-nous de La mixité aujourd’hui ?

Emmanuelle Gagliardi Les chiffres ne sont pas bons. Verticalement, alors que les femmes représentent 56 % des diplômés de l’enseignement supérieur, elles sont moins de 10 % parmi les dirigeants du SBF 120. Ce n’est plus un plafond de verre, c’est une chape de béton qui les empêche de grimper dans les organigrammes et atteindre des postes à responsabilité. Horizontalement, si on parle de mixité des métiers, il y a des nouveaux secteurs où elles sont carrément éradiquées. Par exemple : l’informatique ; la progression du nombre de femmes y a été constante jusqu’aux années 1980, et ne cesse de baisser depuis – elles ne représentent aujourd’hui guère plus de 10 %. Cela ne risque pas de s’inverser puisque les écoles d’ingénieurs ne comptent pas plus de 10 % d’étudiantes dans leurs cursus d’informatique. Et quand on regarde le nombre de chercheuses dans l’intelligence artificielle, qui façonne le monde de demain, la proportion est la même. C’est dramatique. La barrière du genre est donc plus que tenace.


Vous accompagnez des milliers de femmes. sont-elles conscientes de CE nécessAIRE virage DANS leur vie ?

EG Absolument. Ce sont les femmes de la génération X (nées entre 1960 et 1980), au plus près du plafond de verre, qui portent la mixité.

Elles veulent pouvoir être consultées sur les décisions stratégiques de leur entreprise et, au sens large, participer activement à façonner le monde économique de demain. Les femmes de cette génération ne veulent plus être cantonnées à l’exécution de décisions prises sans leur participation. Il y a une frustration grandissante de femmes brillantes, qui ne peuvent pas apporter la valeur qu’elles souhaiteraient aux entreprises. Il y a de la matière grise qui bouillonne de s’exprimer et d’entrer en action. C’est moins évident pour les jeunes générations puisqu’elles n’ont pas encore connu de mur les stoppant dans leur carrière professionnelle.

Les mentors masculins ne connaissent absolument pas ce sentiment D’illégitimité, d’imposture, que les femmes s’infligent.



« Être à sa place » ne s’improvise pas. Quelles sont les clés pour y parvenir ?

EG La frustration et la colère de ne pas se retrouver là où l’on mériterait d’être font que les femmes se sentent complètement désorientées. Dépitées de ne pas accéder aux postes qu’elles envisagent, elles ont mis une croix sur pas mal d’ambitions et de challenges qu’elles auraient aimé relever. Elles ne savent plus où aller, que faire, comment s’engager et comment redonner du sens à leur vie professionnelle. Il leur faut dans une première étape s’interroger sur ce qu’elles souhaitent construire et donner, et surtout dans quelles conditions elles désirent le faire et à quel prix. Les femmes doivent ensuite étoffer leur confiance en soi par rapport à ce cap, ce qui constitue la deuxième phase pour pouvoir non plus attendre un quelconque assentiment d’autrui pour se lancer, mais pouvoir embarquer elles-mêmes les autres vers la réalisation de leurs projets.


Vous évoquez LA tendance particulière qu’elles ont à l’auto-sabotage…

EG Les femmes diplômées sont arrivées sur le marché du travail sur le tard. Elles se sont retrouvées dans un univers créé par des hommes pour des hommes et se sont senties obligées de travailler deux fois plus pour montrer qu’elles avaient une place légitime parmi leurs homologues masculins. Ce sentiment d’illégitimité est latent, prégnant, et persiste des années plus tard. Il entretient en permanence l’auto-sabotage qu’elles s’infligent. Il explique pourquoi les femmes ne se mettent pas en lumière, acceptent des projets difficiles voire désespérés dans l’espoir d’en tirer de la reconnaissance, cachent leur réussite derrière celle de leur équipe et n’ont pas l’assurance requise pour négocier des salaires à la hauteur de ce qu’elles valent réellement. Tout cela en ayant une exigence de résultat très forte vis-à-vis d’elles-mêmes, allant parfois jusqu’à une attitude sacrificielle vis-à-vis de l’entreprise ou du projet. Cette situation du côté des hommes ne se retrouve pas, et si l’on parle de transmission, elle procède de mentors masculins, qui ne connaissent absolument pas ce sentiment d’imposture.


Vous PARLez De « cultiver son faire-savoir », travailler son réseau… Pourquoi en deuxième partie de carrière ?

EG Dans les premières années de carrière, la progression se fait sur ses compétences, son expertise. On évolue en faisant ses preuves sur le terrain. C’est pourquoi les femmes progressent brillamment et sans heurts. Plus on gravit les marches, moins la différence se fera sur une ligne de plus sur son CV, mais sur sa capacité à fédérer, attirer, influencer, tisser sa toile, faire preuve d’intelligence politique, communiquer, ou mieux : briller. Bref, tout ce que l’on ne travaille pas en première partie de carrière quand on est 100 % orienté résultat, le nez dans le guidon et sous l’eau en permanence.

la peur de l’échec va avec la peur du jugement. S’exposer à la critique d’autrui quand on est une femme est Doublement challengeant.



D’où vient Ce blocage à un moment donné ?

EG On bloque parce qu’on essaie de prendre des postes à responsabilité ou des projets d’envergure en utilisant les mêmes leviers que ce qui a fait notre réussite jusqu’ici. On bloque parce qu’on croit que c’est en continuant à faire la parfaite bonne élève que l’on va être appelée et promue. On bloque parce qu’on se dit qu’après avoir tellement donné, il y a forcément une récompense quelque part. Sinon, ce serait trop injuste. Et on redouble de travail avec un sentiment d’amertume et d’injustice croissant en constatant qu’il ne se passe rien !


D’aucuns prônent la culture de l’échec comme voie de la réussite. À quel prix pour les femmes ?

EG L’échec est ce qui arrive quand vous faites quelque chose. Il est inhérent à l’action. Si vous n’échouez pas, c’est que vous ne tentez pas. Vous devez échouer, réajuster, recommencer. C’est un processus continu. Or, la peur de l’échec va avec la peur du jugement. S’exposer à la critique d’autrui quand on est une femme est doublement challengeant puisqu’on lutte déjà au quotidien pour se sentir légitime là où on est. Alors, de là à se sentir légitime d’échouer, il y a un gouffre. Ça fait beaucoup trop. Je pense qu’on devrait redéfinir ce qu’est la réussite : une succession d’échecs menant à un résultat positif ! Cela permettrait aux femmes d’avoir autant d’audace que les hommes pour sortir de leur zone de confort !


Toutes les femmes se heurtent à ce « plafond de verre ». Comment l’exploser ?

EG En se donnant les moyens de réaliser ses rêves sans écouter les saboteurs internes et externes. En ne se laissant pas détourner par autrui. En se formant aux nouveaux leviers à utiliser, en s’entourant de personnes qui nous tirent vers le haut, en écoutant son intuition. Il faut avoir confiance en soi et lâcher les chevaux !

*Emmanuelle Gagliardi est aussi cofondatrice du Printemps du Networking, premier rassemblement de réseaux professionnels féminins, et du Forum de la mixité. Elle est coauteure de Réseaux au féminin – Guide pratique pour booster votre carrière aux éditions Eyrolles.
Isabelle Musnik
Directrice des contenus et de la rédaction
 
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