Dans les coulisses de l’intrigue
christine monfort
Illustrations • Marius Guiet
Curieux du monde et des gens... Chacun peut y trouver son compte. Focus sur cinq médias papier, audiovisuels ou digitaux qui ont placé la curiosité au coeur de leur promesse éditoriale.
 


L’œil rivé sur le coin de la rue et le monde

David Even a lancé en mars 2016 le magazine Soixante-Quinze, « le mensuel des curieux de Paris », qui raconte la capitale au plus près de la (vraie) vie des Parisiens.

IÑfluencia Comment est né le projet Soixante-Quinze ?

David Even L’idée a germé il y a six ans, quand j’ai créé Le 13 du Mois, un magazine consacré au 13e arrondissement de Paris. Je revenais de Berlin, où les city guides sont légion avec plein de reportages approfondis pour informer les habitants sur la vie de leur territoire. Une expérience du même type avait été lancée en Bretagne avec Le mensuel de Rennes. À Paris, la presse quotidienne locale abordait l’actualité à travers le fait divers, la politique, des sujets lifestyle… Il n’existait pas de média qui raconte la vie quotidienne des deux millions d’habitants de la capitale, qui leur parle de ce qui se passe en bas de chez eux. Soixante-Quinze couvre cette actualité de proximité avec les codes des MOOCs, à travers des enquêtes et des dossiers qui montrent la vitalité de la capitale, des portraits de Parisiens célèbres et anonymes, qui font la grande diversité de la ville… C’est avant tout un magazine pour les Parisiens, mais il commence à attiser la curiosité de plus en plus de gens en dehors de Paris. Notamment des étrangers qui veulent découvrir une autre facette de la ville, ou des Parisiens partis à l’étranger ou en région, et qui souhaitent garder le lien.


Pourquoi ce parti pris de la curiosité ?

DE Être curieux des autres est le meilleur moyen pour bien vivre ensemble. À Paris, on ne connaît pas toujours les gens qui habitent à côté de chez soi, mais cette ville est un terreau idéal pour les curieux, car le monde entier est à portée de main. Pour brosser un portrait au plus proche de la réalité, le magazine part à la rencontre des quartiers, des univers, des hommes et des femmes, des riches et des pauvres… En allant chercher l’information au coin de la rue, en circuit court, on redonne de l’authenticité à l’actualité. Nous avons de très bons retours sur les formats longs – qui permettent de traiter un sujet en profondeur, parfois en faisant un pas de côté –, mais aussi sur « L’inconnu du 75 », une rubrique qui met à l’honneur chaque mois l’habitant du numéro 75 d’une rue de Paris. Pour ouvrir les chakras des Parisiens, nous parlons aussi de la proche banlieue, car il y a de plus en plus de porosité entre les deux univers.


Quels nouveaux sujets voulez-vous faire découvrir à vos lecteurs ?

DE Nous ne sommes pas dupes de la gentrification de la ville. Beaucoup de sujets vont donc être liés à ce phénomène, mais aussi à la problématique du logement, à l’environnement… À Paris, la politique environnementale est très politisée et compliquée à gérer au niveau éditorial. Mais de plus en plus de choses sont faites sur ce sujet, notamment par les citoyens. À Paris, les gens se bougent. Il y aura encore beaucoup de choses à raconter !




Un si vilain défaut ?

Depuis 2014, Sidonie Bonnec et Thomas Hugues animent sur RTL La curiosité est un vilain défaut. En trois ans, l’audience de la case a presque doublé et quelque 390 000 personnes les écou­­tent chaque soir.


Comment est née cette idée d’émission autour de la curiosité ?

Sidonie Bonnec Après plusieurs années consacrées au foot avec RTL Sport, la direction de la station a voulu faire évoluer la programmation de soirée vers une émission où l’on puisse se poser des questions. Le titre – La curiosité est un vilain défaut – s’est imposé assez rapidement ! Traiter de la curiosité implique une grande humilité. Il faut arriver à l’antenne sans a priori et aborder tous les sujets sans ego.
Thomas Hugues La curiosité tous azimuts est la principale qualité d’un journaliste. Nous devons toujours partir du principe que l’on ne connaît rien, mais que l’on peut tout découvrir. Le succès de l’émission est très lié au fait que l’on s’intéresse à tout avec un regard neuf.


Jusqu’où poussez-vous la curiosité ?

Th Tout est possible ! Les sujets naissent au gré de nos envies et des idées de l’équipe. C’est le grand écart permanent. Dans la même émission, on peut passer de l’arrivée au pouvoir d’Hitler à l’histoire de la confiserie, des objets du quotidien à la voix, à ce qu’elle dit de nous, à la manière dont on la module, dont on l’imite… La curiosité nous amène vers des sujets d’une richesse incroyable, qui sont toujours traités avec bienveillance, pour mettre en valeur nos invités et leur permettre de transmettre leur savoir.
SB On ne s’est pas fixé de limite, mais certains sujets nous plaisent particulièrement. Nous sommes passionnés notamment par les aventuriers, qui ont des récits très variés et qui racontent toujours si bien ce qu’ils ont vécu. Nous aimons aussi beaucoup les portraits d’écrivains, les genèses d’artistes, les biographies musicales…


Quels sont les retours des auditeurs ?

TH La curiosité est un vilain défaut n’est pas une émission d’interactivité, mais les auditeurs répondent à notre propre curiosité. Par les sujets abordés, nous leur donnons envie de voir une exposition, de lire un livre ou de s’intéresser à quelque chose qu’ils ignoraient. Un jour, une dame nous a dit que, grâce à l’émission, elle avait chaque matin une histoire à raconter à son fils avant qu’il parte à l’école. Certaines personnes révisent leur brevet avec nos podcasts, qui sont un moyen ludique d’accéder à la connaissance.




Curieux du monde entier…

Dans J’irai dormir chez vous, diffusé sur France 5, Antoine de Ma­ximy part à la rencontre des habitants du monde entier harnaché d’un bras télesco­pique et de deux caméras, l’une tournée sur lui et l’autre vers ses interlocuteurs.


À quels ressorts de la curiosité fait appel J’irai dormir CHEZ vous ?

Antoine de Maximy Je suis curieux de nature et je vais naturellement vers ce que je ne connais pas, mais une grande partie du charme de l’émission fonctionne sur une curiosité réciproque. En partant seul, mon capital de curiosité est entièrement tourné vers les autres. Comme je ne prépare ni le voyage, ni le tournage, quand je suis dans une ville, je ne vais pas d’un point A à un point B, mais je me promène. Je suis donc totalement attentif à ce qui se passe autour de moi. Très souvent, les rencontres commencent par quelque chose d’insignifiant ou de bizarre, qui a attiré mon attention et me fait rencontrer des gens que je n’aurais même pas vus si je n’avais pas fait ce pas de côté.


Avec votre matériel de tournage, vous êtes vous-même un objet de curiosité…

AdM Dans la rue, je suis en effet une personne un peu à part. J’attire donc les gens curieux et je fais fuir les autres ! Ceux qui viennent à moi sont souvent des individus libres d’esprit et assez atypiques. Pas forcément curieux tout le temps, mais suffisamment intrigués au moment de notre rencontre pour entamer la conversation. C’est très intéressant, car cela provoque des rencontres avec des gens qui ont cette ouverture sur les autres. Qui plus est, ce sont souvent de bons clients pour la télévision…


La curiosité est-elle quelque chose de culturel ?

AdM L’ouverture sur les autres varie selon les pays. Elle est souvent plus grande dans les endroits où les gens ne se sentent pas menacés. La chance est aussi une composante importante dans les rencontres. Parfois, cela se passe mal tout simplement parce qu’on n’a pas de chance. Des gens m’ont accueilli dans des pays qui pouvaient sembler peu ouverts sur l’extérieur. En revanche, à Malte, je n’ai réussi à dormir chez personne. Les gens étaient très sympathiques, mais ils n’ont visiblement pas l’habitude de se rendre les uns chez les autres ou d’ouvrir leur porte à un étranger. En quinze jours, je suis rentré en tout et pour tout 1 h 30 chez quelqu’un pour boire un verre. La Suisse est aussi un bon exemple de ce qui peut arriver ; on peut avoir l’image d’un pays assez fermé, et pourtant cela s’est bien passé en Suisse romande et à Zurich. En revanche, dans la partie italienne du pays, où je pensais avoir le moins de souci, je n’ai réussi à dormir chez personne…


Académique… mais pas tant que ça

Le site collaboratif The Conversation, lancé en France en septembre 2015, rend accessible au grand public une grande diversité de travaux académiques. Chacun peut y trouver de quoi étancher sa curiosité, comme l’explique Didier Pourquery, le directeur de la rédaction.


Comment The Conversation fait-il remonter les infos publiées chaque jour ?

Didier Pourquery Trois fois par semaine, nous lançons un appel à articles auprès de nos 1 200 auteurs francophones, qui sont des universitaires et des chercheurs. Nous publions une dizaine d’articles par jour qui remontent via ce réseau, ou à travers ce que nos contributeurs nous envoient par ailleurs. Nous entrons alors dans une démarche collaborative. Quand une recherche académique nous intéresse, nous travaillons avec son auteur pour la rendre accessible au plus grand nombre. Le texte est publié une fois qu’il l’a validé, et c’est lui qui le signe, pas le journaliste. C’est un travail très pointilleux, car il faut rendre les sujets académiques le plus attractif possible. Beaucoup de nos auteurs sont très contents que leurs travaux puissent ainsi sortir du cercle très fermé des revues scientifiques.


Dans ce foisonnement éditorial, quels sujets titillent particulièrement les lecteurs ?

DP Dans une sélection, il y a forcément des articles qui entrent en résonance avec une curiosité pour l’actualité. Par exemple, c’est sur The Conversation qu’a été publié l’article du physicien Serge Galam sur l’abstention différenciée qui aurait pu faire gagner Marine Le Pen, et qui a été repris sur de nombreux médias entre les deux tours de la présidentielle. Les sujets sur la technologie, sur le cerveau et l’intelligence artificielle intéressent un large lectorat. C’est aussi le cas de la rubrique sur les produits de cosmétologie, des articles sur l’air que l’on respire ou sur les nanoparticules… Il y a aussi une vraie curiosité autour de sujets qui sont dans l’air du temps, comme la vie des animaux, la souffrance et la conscience animale ; un papier sur ce que voit un chien quand il regarde la télévision a rencontré un joli succès… Beaucoup d’articles qui posent des questions sur la vie quotidienne sont aussi très suivis. Ainsi, à partir d’une étude de fond parue dans une revue universitaire, nous avons construit un article simple et accessible intitulé « Êtes-vous à la hauteur de votre prénom ? » Traduit en anglais et en japonais, il a fait le tour du monde !


Certaines thématiques se prêtent-elles davantage aux sujets un peu curieux ?

DP Oui, bien sûr. C’est évidemment le cas des sujets légers, mais aussi quand on parvient à rendre simple quelque chose qui semblait compliqué. Par cet effort de vulgarisation, nous rendons un vrai service au lecteur, notamment pour les sujets sur la santé, qui nous touche directement, sur la science, dont les thématiques traduisent une curiosité sur le monde, sur l’environnement… Les retours des lecteurs sont la preuve que la sérendipité peut aussi passer par le numérique.


Des héros en phase avec leur temps

La fiction française est en plein renouvellement. Des personnages et des histoires plus « curieux » que par le passé permettent d’ouvrir l’horizon des télé­spectateurs. Les précisions de Marie Guillaumond, directrice artistique de la fiction française de TF1.


Quelle place la curiosité tient-elle dans la politique de fiction originale d’une chaîne comme TF1 ?

Marie Guillaumond C’est une dynamique très forte. La curiosité permet d’être et de rester en phase avec son époque, mais aussi d’avancer. C’est essentiel dans un métier de création ! Nous avons créé un lien de confiance avec le public et notre mission consiste à les divertir et à les ouvrir à des univers vers lesquels ils n’auraient pas forcément eu idée de se tourner. Si nos fictions fonctionnent bien, c’est que nous nous inscrivons dans l’air du temps et surtout que nous proposons des personnages très identifiants. Le personnage transgenre de la fiction Louise, incarné par Claire Nebout, peut paraître curieux, mais la fiction permet aussi de questionner la société. Le secret d’Élise est un des plus gros succès de l’année, ce n’était pourtant pas le genre de fiction sur lequel on attendait TF1, notamment en raison de la complexité de l’histoire.


Jusqu’où les personnages peuvent-ils être curieux, ou au moins originaux…

MG Dans Profilage, le personnage de Chloé Saint-Laurent est pour le moins original, mais il est aussi extrêmement légitime. Dans Munch, l’avocate incarnée par Isabelle Nanty est aussi un personnage curieux. Plus le héros est légitime, plus il peut être frapadingue. Insoupçonnable met en scène un père de famille, qui passe pour le gendre idéal, serial killer, et une criminologue. Les personnages principaux incarnés par Emmanuelle Seigner et Melvil Poupaud sont doubles, assez sombres. Ils sont tout sauf mono­lithiques. La télévision a souvent eu tendance à lisser les personnages de fiction. On va aujourd’hui vers des héros beaucoup plus complexes.


Quelles sont les limites dans la curiosité en matière de fiction ?

MG Nous ne nous fixons aucune limite dans les sujets. Au-delà de l’histoire, nous attachons beaucoup de soin à la manière de la raconter. Sur une chaîne grand public et pour des fictions diffusées en début de soirée, nous devons seulement faire attention à ce que ces histoires ne soient pas trop violentes, ni trop sombres. Le côté anxiogène est acceptable quand il fait partie du genre, mais il ne doit jamais être gratuit.


christine monfort
Journaliste INfluencia
 
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