« Densité et diversité sont les clefs »
Par BENJAMIN ADLER
Directeur de l’initiative « City Science » du Massachussetts Institute of Technology, pilier mondial des laboratoires technologiques précurseurs de notre futur, le docteur Ryan Chin prône une approche scientifique dans la construction des villes de demain. —
ILLUSTRATIONS
DE élodie lascar



Portrait de Ryan Chin par Élodie Lascar


























Il n’y a pas de ville idéale
comme la smart city,
Ces termes ont perdu
tout leur sens






















































L’économie de partage est
un élément primordial pour
influer sur notre capacité
de mieux vivre ensemble
IÑfluencia De quel type de ville le monde va-t-il avoir besoin, et se rapproche-t-il de la cité idéale imaginée par CityScience ?

RYAN CHIN Le monde a besoin de villes qui soient conçues pour des hommes, pas pour des machines, comme par exemple les voitures. Elles doivent être façonnées avec densité et diversité. Une haute densité fournit les bénéfices d’une interaction entre les gens tout en baissant la consommation d’énergie par habitant. Une grande diversité de personnes, lieux et activités stimule l’innovation grâce aux collisions créatives. L’innovation est la clef, c’est elle qui transforme des nouvelles idées en des produits et des services influents. Il n’y a pas de ville idéale, comme la smart city n’existe pas. Ces termes ont perdu tout leur sens. On entend parler d’éco-cités, de villes durables, intelligentes, mais ce sont des termes de buzz qui ne veulent rien dire mais que certains mettent en avant pour des intérêts qui leur sont propres. Smart City est ainsi maintenant synonyme d’infrastructure IT déployée pour récupérer de la data, afin d’optimiser la qualité des services. C’est une définition limitée parce que les villes peuvent être optimisées, mais cette approche centrée sur l’optimisation possède ses limites et peut se révéler dangereuse. Je vous donne un exemple : nous pouvons optimiser les feux de circulation pour faire baisser la congestion de peut-être 15%, mais quand des embouteillages sont longs de trois, quatre heures dans un seul sens, cela n’aide pas beaucoup la qualité de vie du citoyen. Notre but avec City Science est de réinventer les villes en y introduisant des nouveaux types de systèmes (mobilité, énergie, nourriture, habitant etc...) qui sont complémentaires ou cassent les cadres de ceux déjà existants.


Pour que nous puissions tous vivre ensemble dans un environnement plus collaboratif, les Smart Cities sont-elles la seule réponse obligatoire ?

RC L’économie de partage est un élément primordial pour influer sur notre capacité à vivre ensemble et mieux. C’est elle qui fera la différence pour les villes et l’environnement. Des études ont démontré que Zipcar permet d’enlever 30 voitures des routes et donc des places de parking, grâce à une plus grande utilisation du véhicule. Les utilisateurs de Zipcar ne se servent pas autant de leur voiture qu’un utilisateur privé, moins enclin à marcher et à se déplacer en transports publics. Les voitures partagées représentent aujourd’hui moins de 1% de la flotte en circulation, leur impact est donc pour l’instant très limité. Mais regardez Airbnb : en moins de cinq ans, ils ont réussi à offrir plus de chambres disponibles que la plus grande chaîne hôtelière du monde, sans avoir dû construire le moindre bâtiment. La consommation collaborative, ou économie de partage, est sans conteste un composant essentiel dans l’amélioration de nouveaux matériaux et des économies d’énergie.


Vous prônez une approche scientifique pour redessiner la ville du futur. Quelle est-elle et comment peut-elle être mise en pratique tous les jours ?

RC Une approche scientifique traditionnelle commence par une hypothèse qui est ensuite testée à travers une série d’expériences dans lesquelles les données sont collectées et analysées pour jauger de l’effet positif de l’intervention sur la condition existante. Dans la façon dont nous dessinons les villes actuelles, les méthodes scientifiques sont très, très peu sollicitées. Typiquement, nous utilisons des règles empiriques et des études de cas et non pas une approche scientifique rigoureuse qui nécessite de mettre en place des expérimentations de laboratoire. Le domaine de l’architecture est également dépourvu de cette approche. Quasi aucun architecte ne réaménage ses bâtiments avec des détecteurs capables de déterminer combien de gens y sont entrés, pour ensuite se servir des ces informations pour son prochain projet ou pour améliorer celui déjà terminé. Mais ce n’est pas de leur faute, ils ne sont pas payés par leurs clients pour le faire. La même chose s’applique aux villes.


Cela veut-il dire que le citoyen lambda va devoir changer son approche quotidienne au sein d’un nouvel environnement urbain ?

RC Les objets électroniques personnels et la technologie qui y est associée - GPS, applications, médias sociaux etc..., sont probablement le pilier le plus essentiel de la Smart City. Pourquoi ? Parce qu’un nombre considérable d’informations seront collectées, pour être ensuite utilisées via les techniques de la Big Data. Cela peut aider à repenser les villes pour combler les besoins de ses habitants. Bien entendu, un changement d’approche sera nécessaire, comme ce fut le cas dans le passé quand nos villes ont évolué vers ce qu’elles étaient avant la nouvelle évolution. La différence, c’est que cette fois, le changement sera accéléré par la vitesse et l’accessibilité de l’information.
benjamin adler
Correspondant US
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