The best place to work run
guillaume Anselin
©Paramount Pictures.
Un employé en forme est un employé qui produit mieux. Un employé avec l’esprit sportif est un employé plus productif. Entre faire du sport et avoir l’esprit sportif, il y a un abîme… de sueur et d’effort, deux images du travail qui emploient un vocabulaire identique dans le macrocosme de l’entreprise. Work, Forrest, work!
 
Mens sana in corpore sano (Juvénal, poète satirique romain du ier siècle). Il y a deux mille ans déjà, on se disait que pratiquer une activité régulière était bon pour la santé, et le moral. Nécessaire, vital – le bien-être est cette quête inquiète de l’homme moderne oscillant entre société de loisirs et société de travail –, le sport permet d’être en forme, d’être bien, en soi. Difficile d’être « contre ». C’est le truc avec le sport, et sa grande vertu en fin de compte : il met tout le monde d’accord. Extrême, pépère ou occasionnel, individuel ou collectif, vécu comme une passion, un loisir, un métier, un business, un spectacle… chacun y trouve son compte.

Des règles et du lien

Parce que le sport est un « système » ou un « monde » dans le monde. Son poids social, économique, politique est évident ; l’on fait le constat qu’il a toujours constitué un enjeu dans la société civile. Il établit des règles d’engagement (principes de jeu, challenges) avec ses cultes propres : effort, performance, productivité, éthique, esprit. Et c’est là tout le sel : “Play (and win) by the book.” Mettons-nous au défi de jouer au rugby avec les règles du foot, pour voir ! Il offre aussi, comme tout paradigme, une représentation du monde avec des valeurs indiscutables : esprit d’équipe (souvent galvaudé), transcendance, compétition (saine et musclée), force du collectif, mérite de la victoire à celui qui donne tout, égalité des chances. Il y a dans le sport de l’humanité, de l’absolu, du sacré. Enfin, il représente un levier d’identification et d’intégration sociale puissant à une communauté d’adeptes, de fans, à une nation, à une culture, un mouvement. Le sport est ce qui, en opposant, relie aux autres.

Il y a dans le sport de l’humanité, de l’absolu, du sacré.


Du rêve

Champions et oriflammes galvanisent d’ardents supporters. Rencontres et célébrations électrisent les aficionados dans les stades et devant les écrans. Et quand l’Équipe de France remporte la Coupe en 1998, c’est toute la France qui gagne. Le sport fait appel à ce qu’il y a de meilleur en nous. Accomplissement, exploit, ascension, entraide… les success stories nous touchent parce qu’elles font écho à ce que nous désirons tous à une époque qui pourrait nous isoler ou nous faire broyer du noir : du bon, de l’authentique, du feel good. À l’image de cette vidéo sur YouTube à voir et revoir pour s’en convaincre : un marathonien chute à quelques dizaines de mètres de l’arrivée, à bout de forces, et celui qui le devance s’arrête, revient, le relève et l’emmène, à bout de bras, jusqu’à la ligne d’arrivée pour partager la victoire. L’émotion, le frisson : du Sport avec un grand S.

La piqûre de culture sportive dans la culture d’entreprise est logique : la mesure du succès c’est citius, altius, fortius ! la devise latine des jeux Olympiques.


Une devise

Cause (de santé publique), système-monde, rêve, esprit positif… le sport a tout pour lui. Pas étonnant qu’il intéresse tant le monde de l’entreprise, pour ce qu’il permet d’être et de faire. L’entreprise… vous savez, ce lieu où vous passez 70 % de votre vie éveillée… vous y êtes ? Dans un monde en constante accélération sociale et technologique, dominé en Occident par l’abondance de l’offre et la surconsommation, les entreprises cherchent des raisons d’électriser clients et talents en étant à la fois des marques de sens et des marques employeur. Alors, le sport-système vient à la rescousse de l’entreprise-système, si souvent présentée comme un lieu au mieux utilitariste, cynique et déshumanisé. Il y a de cela, parce que les entreprises comprennent que, pour réussir désormais, il faut être à la fois the best place to buy et the best place to work. Run, Forrest, run!

Car le sport y est, sur le terrain et sur le banc, à l’externe comme en interne. Du moins sa doxa, dans une course au langage : sprint, hackathon, team building, ligue 1, etc. Avoir un vocable sportif et guerrier en entreprise, c’est cool, ça fait viril, ça fait winner. Cette piqûre de culture sportive dans la culture d’entreprise est logique : la mesure du succès c’est « citius, altius, fortius ! », la devise latine des jeux Olympiques : « plus vite, plus haut, plus fort ! » Alors, les CEO-dieux du stade cherchent la victoire au moyen de KPIs semblables à ceux du sport : effort, résultat, performance, productivité, éthique, esprit… Le but ? Faire mieux que l’édition précédente. Et en team s’il vous plaît !

Rien à redire ici : la raison d’être d’une entreprise est de créer de la valeur pour ses actionnaires et ses employés. C’est un système (pour reprendre l’expression) de production, pas une ONG. Seulement voilà, l’époque change et ce monde-là peine à plaire. L’entreprise doit se redécouvrir une vocation et un supplément d’âme : lieu de vie, lieu de coopération (d’entraide, osons le mot), lieu de responsabilité, lieu de création de valeur sociale. Les enfants du Web (avec les enfants de la télé) questionnent plus que jamais le sens de ces marques qu’ils consomment, et ils s’interrogent en parallèle sur le pourquoi et le comment du travail.

Un esprit de corps

Dans le sens anglo-saxon de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), ces dernières doivent se préoccuper du bien-être de leurs employés. Déjà, Paul Ricard achetait dans les années 1950 les îles de Bendor et des Embiez pour offrir à ses salariés un lieu de villégiature. Lui et d’autres. L’idée n’est pas neuve, mais elle est devenue obligatoire. Client-centric, people-first, pour citer ce bon Richard Branson, Sir milliardaire de Virgin Group, jamais avare d’une petite leçon de management sur le pouce.

Et c’est un fait, l’entreprise moderne ne peut plus se contenter d’un modèle économique, elle a besoin aussi d’un modèle technologique et d’un modèle social. C’est là que le sport intervient, entre autres. Après tout, un employé en forme est un employé qui travaille mieux. Ce constat, l’Organisation mondiale pour la santé (OMS) le fait en 2008 : les employeurs sont responsables « de la bonne santé de leurs employés, notamment grâce à la pratique d’une activité physique régulière ». Le sport en entreprise a aussi son instance, la Fédération française du sport d’entreprise (FFSE), qui réunit plus de 2 000 acteurs. Son président, Didier Besseyre, le note : « Beaucoup d’employés ne feront pas l’effort de ressortir après leur journée de travail. Il est donc préférable que le sport s’inscrive dans l’entreprise, à la fois au niveau des horaires et dans une pratique entre collègues. » Les bénéfices sont clairs : baisse du stress, plus forte cohésion, meilleure productivité, réduction de l’absentéisme… sans parler de l’ambiance. Allez, tous au footing deux par deux ! Avant le sandwich du midi devant l’ordinateur, compagnon de 14 % des employés en France*. Sauf que, dans les faits, le sport en entreprise est lent à la détente : deux tiers des employés français pratiquent une activité sportive au moins à titre privé, mais 10 % seulement au bureau**. Un conseil : just do it.

L’esprit d’équipe, oui, mais démontré dans les victoires et surtout les échecs. En se rappelant que personne n’est un dieu du stade seul !


Un jeu

Tout le monde en convient : le sport en entreprise, c’est bien. « L’important, c’est de participer », prônait le pédagogue Pierre de Coubertin (maxime de tout bon chief happiness officer aujourd’hui qui est en réalité un emprunt à l’évêque de Pennsylvanie lors de la messe des premiers Jeux de Londres en 1908). Faisons un moindre effort et enfonçons une porte ouverte : entre faire du sport et avoir l’esprit sportif, il y a un abîme.

La preuve par le jeu de rôles : « Je propose à mes équipes de participer à un tournoi de foot inter-entreprises et je sponsorise une régate pour dire qu’on est des winners ? » Loin de là, vous êtes au niveau 1 du jeu. En effet, nous définissons trois niveaux d’engagement d’une direction envers ses salariés :
- niveau 1 (débutant) : sponsoriser un événement. Bonus : faire participer concrètement les employés (aide technique, promotion, temps donné pour l’organisation). Pas mal, mais minimum ;
- niveau 2 (division 2) : offrir aux collaborateurs de pratiquer une activité sportive, de préférence co-construite avec eux et en tenant compte de l’impact aussi sur leur charge de travail. Essentiel ;
- niveau 3 (champion du monde) : vivre l’esprit sportif dans l’entreprise et l’incarner soi. C’est là que les choses se corsent, mais il faut être cohérent !

Si le sport est un « système », c’est parce qu’il… 1 : établit des règles avec des codes qui dépassent la seule logique de performance ; 2 : est un paradigme de valeurs sociales fortes, individuel et collectif ; trois : offre un levier d’intégration puissant ; quatre : fait rêver et transcende ; cinq : appelle à ce qu’il y a de meilleur en chacun. On mesure la portée. À quoi servirait-il à une entreprise de promouvoir le sport pour ses collaborateurs si en vérité l’esprit sportif ne vivait pas au quotidien ? Parce que la compétition, oui, mais pas sans l’entraide et la confiance. L’esprit d’équipe, oui, mais démontré dans les victoires et surtout les échecs. Le sport, oui, mais au milieu d’une réflexion intégrale sur le bien-être au travail. L’implication sociale, oui, mais pour aider les employés (sportifs ou non) à faire la différence.

En se rappelant que personne n’est un dieu du stade seul ! Sinon, autant laisser Forrest courir et en rester là, dans une best place to run plus qu’une best place to work. Au boulot !

*Selon une étude Wrike en 2018. **Source : étude Vitalité, Sport & Entreprise par OpinionWay/Generali en 2018.
GUILLAUME ANSELIN
est spécialiste du développement des marques, à la frontière du marketing, de la création, de l’entrepreneuriat et des nouvelles technologies. CMO, entrepreneur, startup mentor, passionné par le design, l’innovation et la culture digitale, il est l’auteur de différents ouvrages sur ces thèmes.
 
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