déjà 2012

Quand les présidents de la Vème république redevenaient des candidats…

Publié le 15 février 2012
Quand les présidents de la Vème république redevenaient des candidats…

Les déclarations de candidature des présidents sortants sont des moments décisifs. Même si leur impact sur les sondages est faible, elles révèlent les stratégies, les atouts et parfois les failles des postulants qui jouent leur destin sur quelques minutes. Retour sur les différentes mises en scène des prédécesseurs de Nicolas Sarkozy



De Gaulle 4 novembre 1965, souverain


«Le Général de Gaulle, Président de la République, vous parle». Le bandeau qui précède l’allocution présidentielle ne suggère pas qu’il puisse y avoir une quelconque distinction entre le président et le candidat. Lorsqu’il se déclare un mois et un jour avant le premier scrutin présidentiel au suffrage universel, le Général de Gaulle ne propose du reste pas autre chose que la continuité. Avec toute la puissance de son verbe souverain, maniant le nous de majesté, il rappelle que depuis 1940 le destin de la France et le sien sont liés. Et si les Français ne font pas le bon choix, «c’est la République qui s’écroule».

Son bilan depuis 1958, sa popularité et ses succès lors des référendums  en font un favori évident, si bien que les sondages qui anticipent sa mise en ballotage vont plus contredire les pronostics que les alimenter.

 

Giscard, 2 mars 1974, «candidat citoyen», pressé d’en découdre


C’est depuis L’Elysée que Valéry Giscard d’Estaing déclare sa candidature, solennel, face caméra, en présence d’Anne-Aymone qui disparaît dès les premières secondes lorsque le plan se resserre sur le président sortant. Dans un tête à tête de 10 minutes avec les Français il visite tous les thèmes qui deviendront des classiques : dénoncer le danger que représente l’opposition, vanter son bilan, rappeler les circonstances – la crise, déjà – qui ont marqué son mandat, déclarer sa volonté de rassembler les Français autour de l’unique projet qui vaille.

Avec une posture de modestie aux antipodes du Général de Gaulle, il évoque son statut de Président sortant, qui ne lui confère « aucun droit », lui dont le sort personnel n’a « aucune importance », et affirme qu’il sera un « citoyen candidat », impatient de profiter de sa liberté de parole retrouvée pour dire enfin « ce qu’il a dans l’esprit et sur le cœur ».

Les intentions de vote de 1er tour  mesurées après sa déclaration restent stables, ne progressant que d’un point à 29% et ne bougent guère jusqu’au scrutin (28,3% le 26 avril). En revanche dans les simulations de 2nd tour effectuées après sa candidature il est rejoint pour la première fois par François Mitterrand (50/50) qui prendra l’avantage entre les deux tours.



Mitterrand, 22 mars 1988, florentin, et assassin


Invité du 20H d’Antenne 2 le 22 mars 1988, après avoir fait planer un long suspens, François Mitterrand s’offre encore le luxe d’une interminable seconde de silence avant de lâcher le « oui » qui confirme à Henri Sannier, Paul Amar, et aux Français, la candidature du Président sortant. Se voulant rassembleur au-dessus de la mêlée « j’ai beaucoup écouté » il n’en est pas moins implacable avec « les clans, les bandes » et leur « intolérance ».

Jouant ensuite au chat et à la souris avec ses deux interviewers, en s’attribuant sans difficulté le rôle du chat, le président sortant refuse d’entrer dans le détail de ses propositions « qui ne seront pas un programme » pour mieux disserter sur la gravité de sa fonction et des enjeux européens. Après 17 minutes d’interviews, il termine face caméra sur le thème de la France unie.

Grand favori des sondages depuis l’automne, il le demeure après sa déclaration, malgré l’érosion de son score qui se tasse essentiellement au profit des petits candidats.


Le 11 février 2002, Chirac, au milieu des Français, et dans un éclat de rire


Le 11 février 2002,  Marie-José Roig, figure emblématique de ces élus de terrain qui on fait la victoire de la droite aux municipales de 2001, reçoit Jacques Chirac dans sa ville d’Avignon. C’est à elle que revient le rôle de poser la question fatidique à Jacques Chirac qui feint de la découvrir, dans un grand éclat de rire. Le Président consacre les 100 dernières secondes de son discours à la réponse. Il annonce sa candidature « au milieu des Français », ce qui permet à son « oui » affirmé d’être salué par un tonnerre d’applaudissement.

A l’instar de son prédécesseur, il s’efforce de prendre de la hauteur pour « dépasser les idéologies », mais n’omet pas de déclarer son amour pour les Français, et d’entretenir cette proximité qui reste l’un de ses principaux atouts.

Jacques Chirac gagne 2 points dans le sondage qui suit sa candidature, il les reperdra 10 jours plus tard, subissant comme son principal concurrent, mais moins que lui, la lente érosion au terme de laquelle les deux têtes de l’exécutif totaliseront à peine 36% des suffrages du premier tour.

 

 
Trois autres sortants

 

Des quatre déclarations mentionnées, deux se distinguent parce que ceux qui les prononcent, mis en minorité et contraints à une cohabitation, ne sont pas totalement des sortants au sens où ils ne doivent pas assumer la responsabilité des difficultés du moment. La situation de Nicolas Sarkozy n’est donc pas totalement celle de Mitterrand ou Chirac, et pas totalement différente de celles des trois premiers ministres qui ont tenté d’aller directement de Matignon à l’Elysée. Deux d’entre eux vont choisir la forme de l’allocution télévisée et le cadre de Matignon.

Le 16 janvier 1988, Jacques Chirac annonce la couleur dès ses premiers mots de sa courte allocution enregistrée «j’ai décidé d’être candidat à la présidence de la République». Sous une forme on ne peut plus classique, il défend son bilan et affirme ses ambitions pour la France. Il est alors devancé de 3,5 points par Raymond Barre dans les intentions de vote. Quelques semaines plus tard les positions seront inversées.
 

 
Le 18 janvier 1995 il faudra 2 minutes à Edouard Balladur pour lâcher la même phrase, au cours d’une déclaration très solennelle sur la forme et consensuelle sur le fond, ce que le statut de favori permettait, mais froide et peu inventive, sans pour autant être sanctionnée par l’opinion. Elle précède une hausse de 3 points des intentions de vote. Le déclin interviendra en février.


Le 20 février 2002, Lionel Jospin, le dernier « premier ministre candidat » annonce sa candidature par un communiqué faxé à l’AFP. Cette annonce à bas bruit et sans effet sur les sondages n’explique pas sa défaite. Mais il est douteux qu’elle soit copiée de sitôt

 

 

Emmanuel Rivière

Directeur du Département Stratégies d’Opinion de TNS Sofres

@emmanuelriviere



  L’historique complet des intentions de vote de TNS Sofres depuis 1974 est disponible sur le site de TNS Sofres dédié aux élections présidentielle et législatives


TAGS : France / Politique / Présidents





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