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5 paris pour 2012...

Publié le 04 janvier 2012
5 paris pour 2012...

Emotion, étrangeté, foi, révolution, déconnexion: les cinq tendances à suivre en ce début d’année. Happy new year ;). Par Thomas Jamet...

 

 

  1.   2012 : année de l’émotion


 

 

Les nouveaux media et les technologies qu’ils mettent en oeuvre sont construits sur le primat de l’humain et de l’émotion. Tous ces éléments reposent d’ailleurs sur un combat éternel : celui de la pulsion de vie et de la pulsion de mort. Éros contre Thanatos. Les nouveaux moyens médiatiques mis à notre disposition poussent l’homme à retrouver ses instincts et à se replonger dans la dimension du récit… pour le meilleur et pour le pire. Les affaires de déballages médiatiques touchant des personnalités publiques sont terribles pour celles et ceux qui les subissent. On peut penser à l’affaire Dominique Strauss-Kahn en mai 2011 et à un très grand nombre d’autres affaires.

 

Les media digitaux permettent à présent de vivre l’émotion de manière intense, forte et connectée. Ils sont de très puissants véhicules narratifs et nous prenons conscience qu’ils nous aident à assouvir l’un de nos instincts les plus essentiels, les plus primaires aussi : nous raconter des histoires, créer des récits pour ne pas avoir à affronter la réalité. Il est très probable que cette soif narrative ne disparaîtra pas et sera même renforcée par les media digitaux qui accéléreront de plus en plus ce processus de storytelling. Tant que subsiste cet instinct, les récits ont de beaux jours devant eux.

 

Nous pouvons être sûrs que nous ressentirons encore longtemps le désir impérieux de nous sentir vivants et de remplir le « temps mort » dont parle Eliade. Les technologies vont renforcer ce sentiment, et ce besoin d’émotion en « live » sur tous les écrans toujours plus nombreux qui nous entourent.

 

 

  2.   2012 : année de l’étrange


 

 

Le sentiment de vivre une période « étrange » est suscité par la diffusion d’images incroyables. Les années précédentes n’ont pas été avares d’événements bizarres et étranges comme le 11 Septembre ou les éruptions de volcans islandais et l’année 2011 non plus avec le tsunami japonais et l’affaire DSK encore. Tous ces événements sont improbables mais surtout ils ressemblent à des scènes de fictions et il y a fort à parier que nous allons avoir l’impression qu’ils se multiplient. L’économiste libano-américain Nassim Nicholas Taleb a développé une théorie sur le rôle de l’imprévu et le potentiel d’étonnement généré par des situations, des accidents, des événements totalement inattendus. Il a énoncé ce concept dans son livre Black Swan (Le Cygne noir), considéré par le magazine britannique Sunday Times comme un des ouvrages les plus influents depuis 1945.

 

Dans cet essai, Taleb se base sur le fait que nous déduisons toujours qu’une chose est impossible si nous ne la voyons pas. Par l’observation, nous pensons que les cygnes sont blancs, jusqu’à ce qu’un cygne noir apparaisse et remette totalement en cause notre perception du monde. Mais rien ne nous permettait d’imaginer qu’une telle créature existât. On reconnaît un cygne noir à plusieurs critères : il s’agit d’un événement fortement improbable, aux très fortes conséquences, qui nous touche puissamment et pour lequel nous allons essayer de trouver des raisons logiques alors qu’il n’y en a pas forcément.

 

Pour l’économiste, la Première Guerre mondiale, l’apparition d’Internet et les attentats du 11 septembre 2001 sont des cygnes noirs. Il y a certainement toujours eu des événements improbables mais jamais, dans l’histoire de l’humanité, notre capacité à les diffuser et à en faire des histoires nous touchant profondément n’a été aussi forte. D’autres Black Swans surviendront très certainement et nous marqueront fortement, car le potentiel d’émotion démultiplié par les nouvelles technologies et le digital créera une caisse de résonance de plus en plus puissante.

 

Comment réagirait le monde si une soucoupe volante se posait sur la place de la Concorde ? Après tout, est-ce plus improbable que deux avions percutant les tours du World Trade Center ou que le directeur du FMI arrêté pour agression sexuelle et enfermé dans le commissariat de Harlem? Peut-être le prochain Black Swan en 2012 ?

 

 

  3.   2012 : année de la foi et de la religiosité


 

 

La notion de vérité a disparu car nous revenons à une réalité empreinte de présentéisme. C’est ce que la philosophe Chantal Delsol met en exergue dans son essai “L’Âge du renoncement”. Pour cette dernière, l’observation de notre époque nous permet de remarquer que nous avons arrêté de chercher la vérité absolue, nous réfugiant dans un quotidien que nous investissons de valeurs sacrées. Nous nous serions en effet résignés et aurions abandonné la volonté d’avoir raison par une recherche de consensus permanent.

 

Cet état de fait n’est pas sans rappeler l’état d’esprit des civilisations qui ne sont pas dominées par un monothéisme détenteur de toute vérité. La fin des grandes religions n’est pas marquée par une désacralisation mais au contraire par une remontée du fait religieux.

 

Les communions de masse comme les concerts de Lady Gaga ou les grands matchs de football, les objets indispensables de notre quotidien comme l’iPhone ou encore les réseaux sociaux comme Facebook sont devenus les réceptacles de notre capacité à croire. Dans un monde sans vérité, la foi surgit partout. 2012 sera celle de la religiosité diffuse.

 

 

 4.   2012 : année de la désobéissance et de la révolution ?


 


2011 a été très borderline : partout la contestation a avancé, des révolutions arabes en passant par les Tea Parties aux États-Unis et jusqu’en France. Bon nombre de manifestations spontanées ont émergé ici ou là et les Indignés ont fait beaucoup parlé d’eux, inspirés par le livre de Stéphane Hessel, Indignez-vous !, succès de librairie colossal de l’an passé. 2011 a aussi été celle de la mise en avant des Anonymous ,une constellation de communautés d’activistes digitaux anonymes désignant des cibles ou des institutions à abattre, décrétées comme autant d’obstacles à la liberté d’expression ou à la liberté du net.

 

Inspirés par l’imagerie du masque utilisé dans “V pour Vendetta”, utilisée par des manifestants dans le monde entier et qui est un hommage au terroriste Guy Fawkes. Parmi la cible des Anonymous en 2011 : la Scientologie, le régime libyen, Sony Playstation, Facebook…

 

En offrant un modèle totalement libre, ils incarnent l’autre voie. Celle de la désobéissance. Une voie qui a été empruntée en tout premier lieu par le Diable, figure ultime de la sédition qui, en se dressant contre Dieu, a posé les bases de la rébellion romanesque. Dans cette éternelle lutte pour la liberté, les pirates incarnent ce souffle d’audace dont nous avons éperdument besoin. On devrait voir beaucoup de drapeaux noirs en 2012, certainement beaucoup de passage à l’acte et peut-être une vraie révolution.

 

 

 5.   2012  : année de la déconnexion ?


 


Les supports digitaux que représentent le Wi-Fi, les smartphones, les tablettes, les ordinateurs, les surfaces tactiles qui apparaîtront bientôt partout dans notre environnement, vont immanquablement être ressentis par certains comme une insupportable réalité. Il s’agit là d’un des débats du futur: les nouvelles technologies sont-elles trop présentes ? Sont-elles dangereuses ?

 

Peut-être certains vont-ils s’inspirer du philosophe Hans Jonas qui a souvent été accusé, suite à son ouvrage Le Principe responsabilité paru en 1979, de refuser tout technique ou progrès pouvant représenter un danger pour l’humanité, celle-ci devant être préservée à tout prix. Il est fort probable que la tendance à la non-connexion va se développer notamment via des zones totalement préservées de toute onde et de tout réseau.

 

Et si c’était ça la plus grande transgression? Des expériences sont déjà menées, comme celle mise en place par Susan Maushart, une mère de famille ayant vécu une expérience déconnectée de plus de six mois avec ses trois ados. Et un peu partout dans le monde, sont organisées des journées sans Internet. Une récente émission de France 2, “Une Semaine sans Electricité” flirte avec cette ascèse volontaire, en famille. Car plutôt que l’abstinence, l’ascèse digitale est peut-être nécessaire.

 

N’oublions pas que le mot «ascèse» signifie « exercice » en grec. Appliqué à l’athlétisme par exemple, il décrit une pratique équilibrée, libérée des excès, raisonnée. Il s’agit d’une réelle philosophie de vie ne visant pas la performance pour la performance mais plutôt l’obtention du bonheur et de la sagesse. Après une période d’abus et de forte imbrication du fait digital dans notre environnement, un équilibre reste à trouver. 2012 année de l’ascèse ?

 

 

Thomas JametNEWCAST – Directeur Général / Head of Entertainment & brand(ed) content, Vivaki (Publicis Groupe)

www.twitter.com/tomnever


Thomas Jamet est l’auteur de « Ren@issance Mythologique, l’imaginaire et les mythes à l’ère digitale » (François Bourin Editeur, en librairie le 15 septembre). Préface de Michel Maffesoli.

 

 

 

 

 


TAGS : 2012









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