déjà 2012

Les quatre ressorts de la Mélenchonite

Publié le 04 avril 2012
Les quatre ressorts de la Mélenchonite

Après avoir réalisé le score emblématique des deux chiffres, Jean-Luc Mélenchon poursuit sa progression pour atteindre près de 14% dans les intentions de vote alors même qu’il ne reste guère plus de quinze jours d’ici au premier tour du scrutin.

 

 

Premier ressort de ce succès : son positionnement politique sur le fond. Le candidat du Front de gauche est en phase avec une question qui semble tarauder les Français : quelle peut être la place du peuple en Europe et dans le monde ? Corollaire : il se trouve également en phase avec une aspiration forte à redonner de la marge de manœuvre au pouvoir politique. Il est intéressant notamment que ce politique puisse dire non, clairement et radicalement, à des logiques économiques perçues comme n’ayant pas changé depuis les crises qu’elles ont provoquées.

 

Il est finalement en phase avec une exaspération, celle qui n’a pas trouvé son expression collective en 2011 mais a pu, par exemple, se manifester par le succès du livre devenu célèbre de Stéphane Hessel : "Indignez-vous !". Jean-Luc Mélenchon canalise une partie de ces expressions. Il est anti-système tout en étant tout de même systemo-compatible, ce qui n’est pas non plus négligeable.

 

Deuxième ressort : sa personnalité et sa façon de se mettre en scène. Jean-Luc Mélenchon respecte en cela l'un des fondamentaux de la communication : la forme incarne le fond. Il porte la radicalité qu’il revendique. Sa posture est en parfaite homologie avec son discours. En cela il est aussi en adéquation avec le ton de la campagne : une campagne qui tape dur. Lui, tape dur aussi, tout en étant clair et pédagogue, il réinvente la fonction tribunicienne de gauche.

 

Troisième ressort : l’effet de concentration. Ayant réussi un petit coup à la Mitterrand avec l’absorption du PC, Jean-Luc Mélenchon bénéficie des sorties de scène d’Olivier Besancenot et Arlette Laguiller qui laissent leur place à des personnalités moins connues et moins charismatiques. Au total, le patron du Front de gauche cristallise autour de lui l’ensemble de la gauche radicale (extrême gauche et PC)  et renoue avec les scores additionnés de cette tendance politique en 2002 et 1995 (13,9%).

 

Cet effet se combine enfin avec un quatrième ressort : François Hollande lui-même. Positionné plutôt au centre gauche, ce dernier laisse le champ libre à Jean-Luc Mélenchon à la gauche de la gauche, et lui permet ainsi de mordre sur un électorat de profession intermédiaire et salariés du secteur public qui, en 2007, avait plutôt voté Ségolène Royal. Alors que François Hollande est donné gagnant au second tour depuis des semaines sans qu’il semble y avoir de suspens possible, Jean-Luc Mélenchon permet aussi aux électeurs, exaspérés par le le fait que tout semble écrit d’avance, de créer la surprise et se départir d’un vote utile.

 

Rappelons-le: parmi ceux qui déclarent pouvoir voter pour Jean-Luc Mélenchon, une moitié (48%) le justifie avant tout par une adhésion à ses idées et ses propositions, l'autre moitié (48%) avant tout par le souhait d'envoyer un message à François Hollande pour qu'il se positionne davantage à gauche. Finalement, force est de constater que François Hollande laisse aussi à Jean-Luc Mélenchon le bénéfice de l’élan. Certes le mieux placé, le candidat PS gère son avance de façon prudente et parcimonieuse, en suscitant sans doute un peu d’ennui (voire de déception) quand Jean-Luc Mélenchon, lui, occupe l’espace, stimule, galvanise, emporte et joue l’émotion.

 

Reste la question actuellement sur toutes les lèvres et susceptible d’infléchir cette dynamique : quel risque Jean-Luc Mélenchon fait-il courir à François Hollande ? Car sa progression est tout de même à double tranchant pour les sympathisants de gauche et les partisans de l’alternance. Certes, il mobilise et consolide encore les reports en faveur du favori de gauche au second tour. Mais sa radicalité et son poids croissant peuvent aussi être de nature à mobiliser, renforcer et élargir le camp adverse qui aura beau jeu d’agiter le chiffon rouge dont le leader du Front de gauche fait son drapeau.

 

Guénaëlle GAULT/ @laguirlande

Directrice du Département Stratégies d’Opinion de TNS Sofres

 

Crédit photo: Agence Sipa










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