Tout concourt aujourd’hui à créer un climat extrêmement favorable pour les partis d’extrême gauche. Le contexte très difficile de crise économique et financière, le déficit démocratique de l’Union européenne récemment pointé par le référendum grec mort-né, François Hollande qui semble vouloir réviser les ambitions de la plateforme programmatique PS pour cause de moyens insuffisants…
Quand près de la moitié des Français souhaitent que le système capitaliste soit réformé en profondeur et un tiers qu’il le soit en tous cas sur quelques points[1], le discours de radicalité de l’extrême gauche semble avoir devant lui un boulevard idéologique. Mais le fait est que ce boulevard reste pour l’heure désert… Alors que leur total cumulé était de 10,5% en 2002 et 6% en 2007, le NPA et LO plafonnent à l’heure actuelle à 0,5% chacun dans les intentions de vote pour l’élection présidentielle.
Difficile succession et problème de leadership
Evidemment, les passages de relais jouent pour beaucoup. Après les mauvais résultats des élections européennes et régionales, le très charismatique Olivier Besancenot a donc décidé de ne pas y aller et c’est Philippe Poutou qui s’y colle. Outre une notoriété spontanée qui, pour l’heure, ne dépasse pas 3%, il part également handicapé par un parti fragilisé et désuni après sa mutation relativement décevante de LCR en NPA. Son premier challenge va déjà être d’obtenir les 500 signatures.
Adossée à un parti qui fait bloc, Nathalie Artaud semble, elle, assurée d’avoir ces fameuses signatures, mais elle n’est guère plus connue des Français, peinant à prendre la relève d’une Arlette Laguiller égérie de son parti pendant près de 40 ans et candidate à six Présidentielles.
Deux inconnus pour relever un défi électoral qui sera donc aussi assurément un défi d’incarnation personnelle. Cela étant, la campagne ne fait que commencer. Et il faut bien se rappeler l’émergence extrêmement rapide d’Olivier Besancenot en 2002 qui, lui aussi, avait stagné à 0,5% pendant des mois avant de se propulser dans les toutes dernières semaines précédant l’élection à 4%, pour décrocher in fine 4,5% des voix.
Un effet Mélenchon durable ?
Pendant ce temps là… Jean-Luc Melenchon a, lui, réussi un petit coup de stratège « à la Mitterrand » avec son Front de Gauche, en s’adjoignant le PCF plutôt que de le rejoindre. Il pourrait donc bénéficier de cet espace, lui qui proclame haut et fort qu’il veut «mettre le feu à la plaine ». Favorable au référendum grec finalement abandonné, il compte bien souffler sur les braises en retrouvant la dynamique des « comités du Non » de 2005. Un positionnement qui semble porteur : 3,3% en 2002 pour le PCF, 1,9% en 2007, la candidature hybride du Parti de Gauche-PCF recueille déjà quelque 6%. Même si, pour l’heure, on ne sent pas encore de réelle dynamique, les jeux sont loin d’être faits.
Avec cette alliance, Mélenchon mise sur une redéfinition de la gauche radicale qui, précisément, interroge l’extrême gauche traditionnelle puisqu’il ne se présente pas comme intrinsèquement différent de la gauche parlementaire mais plutôt comme une modalité de cette gauche. Calcul que fait également Jean-Pierre Chevènement avec sa toute récente candidature placée sous le sceau de la complémentarité (contrairement à celle de 2002) et qui va tenter, lui aussi, de prospérer sur ce terrain dont il pense qu’il lui est en partie favorable.
Une captation par le FN ?
Les voix de l’extrême gauche viennent-elles grossir les rangs du FN ? Les deux « extrêmes » du paysage politique apparaissent en effet en concurrence sur l'électorat populaire, inquiet économiquement, socialement et culturellement. Le changement de perspective économique du FN et le renouvellement de son leadership renforcent la compétitivité apparente du FN sur ce segment en situation de crise économique. Marine Le Pen tutoie les 20% d’intentions de vote à l’heure actuelle, jouant le jeu médiatique et endossant un discours faisant la part belle au peuple et au protectionnisme.
Cela étant, les précédentes élections ont plutôt montré qu’entre extrême gauche et extrême droite, les vases communicants ne fonctionnaient pas vraiment : les uns et les autres étant plutôt hauts (ou bas) en même temps. On notera d’ailleurs de façon plus circonstanciée, que Marine Le Pen n’a pas réellement engrangé les électeurs déçus par le retrait d’Olivier de la course.
Plutôt une cristallisation sur le PS
C’est finalement surtout le PS qui aujourd’hui semble capter les sympathisants de l’extrême gauche.
Certes, il pourrait y avoir profit à tirer d’un PS qui se trouve particulièrement tiraillé entre 40% de ses sympathisants qui souhaitent qu’à l’occasion de la Présidentielle 2012 il se rapproche des partis plus à gauche et une proportion quasi identique (43%) qu’il se rapproche des partis du centre. On pourrait d’ailleurs penser que l’extrême gauche attire les déçus de la primaire socialiste qui avaient, dans une logique de démondialisation, soutenu Arnaud Montebourg et pourraient ne pas se satisfaire de la candidature plus modérée d’Hollande.
Mais le souvenir de la Présidentielle 2002 et du douloureux éparpillement de la gauche reste dans toutes les têtes et les ressorts du vote utile (que Jean-Luc Melenchon tente opportunément de déconstruire) risquent d’être prépondérants.
Surtout, après trois occasions manquées en 1995, 2002, 2007, il devient aussi plus que probable que les protestations de cet électorat d’extrême gauche se trouvent canalisées par le désir et l’urgence d’une alternance et se cristallisent sur l’anti-sarkozysme qui, pour l’échéance de 2012, semble bien plus efficacement incarné par François Hollande.
Guénaëlle GAULT/ @laguirlande
Directrice du Département Stratégies d’Opinion de TNS Sofres
[1] TNS Sofres / Dimanche +, Canal +, octobre 2001
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