Une prime au vainqueur moins nette qu’en 2006
La primaire citoyenne n’a pas eu les effets un moment espérés par l’UMP qui comptait bien voir le Parti Socialiste offrir le spectacle de ses divisions et ses postulants candidats s’entre déchirer. Les électeurs y ont moins vu une occasion d’affrontement que l’opportunité d’exprimer leurs idées, dans le cadre d’un scrutin jugé honnête et transparent.
Une bonne opération, donc, pour le Parti Socialiste, dont l’image s’améliore significativement durant la campagne, redevenant positive pour la première fois depuis les municipales de 2008. Bonne opération aussi pour le vainqueur François Hollande, non seulement parce qu’il est vainqueur, mais parce que sa propre image s’améliore. Sa cote d’avenir gagne 5 points entre fin septembre et fin novembre, et s’établit alors à un niveau inédit pour lui (50%) qui conforte sa place en tête des personnalités testées dans le baromètre TNS Sofres / Figaro Magazine.
A y regarder de plus près, ce score paraît pourtant moins appréciable. 50%, c’est 11 points de moins que le niveau atteint par Ségolène Royal au lendemain de sa désignation en novembre 2006. Le gain de 5 points de François Hollande est même légèrement inférieur à celui obtenu par Ségolène Royal à l’issue d’une primaire interne, donc a priori moins porteuse.
Un mois et quelques jours après sa désignation, la cote d’avenir de François Hollande chute de trois points, comme celle de Ségolène Royal en décembre 2006, et le niveau des intentions de vote en sa faveur (31% dans notre enquête I télé / Nouvel Observateur) est inférieur à celui de la candidate PS à date comparable (33% en décembre 2006). Partant d’un niveau plus élevé, la cote de Ségolène Royal - tout comme son potentiel électoral - n’avaient fait que décroitre au cours des mois suivants chutant de 15 points entre l’investiture et le premier tour

Mais le fait que Hollande parte en position moins favorable que la candidate de 2007 ne permet pas de conclure que son destin sera le même, voire pire, au printemps. L’image de François Hollande est certainement plus solide que celle de la candidate de 2006. On a à l’époque beaucoup projeté sur Ségolène Royal, qui incarnait une promesse de changement de la pratique politique et une forme appréciée de nouveauté. Mais cette popularité fraichement construite et confortée lors des primaires restait fragile, plus peut-être que celle de François Hollande, qui n’a pas bénéficié de la fin de campagne.
De fait, les débuts communément décrits comme très difficiles de la campagne de François Hollande ne semblent pas avoir un impact important sur l’opinion. 71% des Français répondent que leur image de François Hollande n’a pas changé depuis sa désignation, et quand elle a changé c’est en général (14%) en bien. Le bilan de cette séquence certes plus porteuse pour Nicolas Sarkozy que pour son principal adversaire, c’est plus la progression du président que la chute de François Hollande, qui n’ayant pas bénéficié d’une aura comparable à celle de S. Royal, est moins exposé à la chute vécue par cette dernière.
La comparaison avec la situation de Ségolène Royal en 2007 fait apparaître une autre différence, essentielle. Lorsqu’elle est au plus haut dans les enquêtes d’intentions de vote de premier tour, cette dernière ne devance Nicolas Sarkozy que de deux points dans les simulations de second tour. Jamais elle n’a été créditée dans les enquêtes d’intentions de vote d’écarts de 15 à 20 points à son avantage mesurés aujourd’hui en faveur de F. Hollande.
La capacité de rassemblement de ce dernier fait de lui un meilleur candidat de second tour, avec d’excellents reports aussi bien au centre qu’à sa gauche. En outre, il bénéficie dans ces situations de duel de l’intensité du rejet de son adversaire sortant. Certes il suscite moins de désir, et globalement cette élection semble générer plus d’intérêt mais moins d’appétit qu’en 2007. S’il demeure en l’état, ce manque de désir peut rendre le premier tour compliqué pour François Hollande. Mais son avenir reste plus ouvert que celui de la candidate de 2007, et le restera si l’hostilité à l’égard du sortant ne diminue pas.
Emmanuel Rivière
Directeur du Département Stratégies d’Opinion de TNS Sofres
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