On buzze

L'économie de la réputation

Publié le 28 novembre 2012
L'économie de la réputation

Une révolution s'annonce : celle de l'agrégation de nos différentes réputations sur la Toile en une « note » globale et universelle, indicative de notre fiabilité sociale et économique ! Zoom sur l'économie de la réputation, avec Carmen Kervella, PDG d'aHeadLand.

 

 

Imaginez que demain, à chaque petit mot posté sur la Toile, pour n'importe quel babillage, échange, rencontre, transaction, partage, ou comportement online, vous devrez prendre en considération l'impact que cela aura sur votre réputation. Considérez ensuite que votre réputation ne sera plus une sorte d'effluve immatérielle que certains pourront sonder auprès de vos amis et partenaires professionnels, mais un véritable certificat de fiabilité universel établi par des algorithmes complexes fondés sur le croisement des mille et une informations vous concernant sur la Toile… des données elles-mêmes croisées avec la réputation des personnes que vous aurez côtoyées !

 

Bienvenue dans un futur imminent, où votre "réputation" sera concrètement fichée, universelle et accessible à tous : un sésame relationnel, professionnel, commercial, capable de vous ouvrir ou de vous fermer les portes d'une candidature à l'auto-partage sur Mobizen ou Deways, d'une rencontre amoureuse sur Meetic ou Attractive World, d'une vente sur eBAY ou AMAZON… et plus encore, cette fois dans le monde bien tangible : d'un rendez-vous professionnel, d'une transaction immobilière ou encore d'un crédit bancaire…

 

Désormais et de façon croissante, nos manifestations sur la Toile vont constituer le fondement de notre réputation. Plus encore : notre valeur sociale va devenir un indicateur majeur de notre valeur économique.

 

Pour vous en convaincre, il vous suffit de faire un tour sur les sites des nouvelles start-up américaines, fondées pour la plupart en 2011, qui s'attellent à qualifier et à quantifier la réputation des individus en confrontant notamment leurs identités virtuelle et réelle (Tru.ly), en les "profilant" de façon transversale et exportable (Briiefly, Conect.me,  Reputate) ou encore en agrégeant les différentes "réputations" sociales et commerciales de chaque personne pour en extraire un indice de fiabilité éthique et économique accessible à tous (Trustcloud).

 

Tru.ly (dont le slogan est « Be verified anywhere ») et Scaffold (qui signifie « échafaud » en anglais) puisent ainsi allègrement dans les données gouvernementales disponibles  ̶  en prenant pour point d'ancrage la ville où l'internaute se déclare résident  ̶  pour proposer aux entreprises des APIs attestant de l'âge ou de l'identité de l'internaute.

 

  

 

Briiefly, qui vise à devenir « référent en matière de confiance sur la Toile », établit des fiches de réputation symptomatiques de la fiabilité des individus en se basant sur des algorithmes qui croisent les pratiques sociales et commerciales de l'internaute et les recommandations le concernant ; des données qu'elle confronte ensuite avec le profil des personnes qui le recommandent, en usant à leur égard des mêmes critères d'évaluation !

 

 

Ce procédé, s'il est complexe, est tout à fait réalisable quand on sait que les recommandations dont bénéficient aujourd'hui les clients d'Amazon reposent sur des systèmes de croisement d'informations tout autant internes (comme par exemple la corrélation entre les personnes et les produits en fonction des articles achetés) qu'externes (comme le recoupement avec les centres d'intérêts déclarés sur Facebook) et qu'à l'ère de l'explosion du data mining et des social graphs (notamment l'Open Graph de Facebook) les possibilités d'extraction d'informations et de corrélations sont vertigineuses. 

 

Si une partie des start-up dédiées à la "réputation" s'adresse aux plateformes commerciales en leur proposant de sécuriser leurs transactions via la validation des profils de leurs clients (en leur attribuant une note de fiabilité qui agirait comme un véritable levier économique, à l'instar du FICO score  ̶  la principale « note de crédit » utilisée aux Etats-Unis pour évaluer la solvabilité des clients en matière de crédit), une autre portion, tout aussi importante, cible également les individus, en leur promettant des retombées positives, tout autant sociales qu'économiques.

 

(photo montage ci-dessus)

 


Connect.me (« Your social business card. Your online identity in a portable card ») et TrustCloud proposent ainsi aux internautes une carte de visite universelle en ligne, exportable sur tous les réseaux et plateformes, qui capitalise sur les données déjà stockées sur les divers réseaux sociaux. TrustCloud souligne à ce sujet que chaque réseau social apporte son propre lot d'informations :

 

-        LinkedIn renseignerait sur « le comportement des individus sur les plans académique, professionnel et social » 

-        Twitter et Google+ sur la « constance des comportements sociaux »  

-        Facebook sur « le degré de sociabilité et la transparence de chacun » 

-        eBay sur la « fiabilité de la personne en tant qu'acheteur ou vendeur »  

-        TripAdvisor sur « nos goûts et notre propension à partager et à aider les autres de par notre expérience »  

-        StackOverflow sur « nos ressources, notre sens de la débrouillardise et notre serviabilité »...

 

 

 

 

En établissant pour l'internaute une note relative à sa réputation sur chaque réseau social et en agrégeant les différentes notes attribuées en un unique TrustScore (Note de Confiance), TrustCloud permettrait aux individus de publier sur la Toile une sorte de certificat de fiabilité, qui exercerait une réelle influence sur les relations entretenues avec leurs pairs y compris dans le cadre de transactions économiques.

 

Cette vision est cependant critiquée par Charles H Green, spécialiste du marketing de la confiance et auteur de "Trust-Based Selling" qui souligne que réputation ne rime pas nécessairement avec confiance, et que seuls les comportements doivent être indexés pour mesurer la fiabilité d'un individu.

 

Le bien-fondé de cette pensée ne peut masquer la réalité actuelle du web, où la popularité d'une personne  ̶  le nombre de fans qu'elle fédère ou de plébiscites qu'elle recueille  ̶  influence largement la relation qu'elle entretient avec le monde, son image, sa réputation, ainsi que sa valeur économique. Pour preuve :

 

-        Un bloggeur amateur qui fédère une large communauté de fans est de facto respecté et institué en tant qu'expert, un statut qu'il peut financièrement valoriser. En attestent Deedee, Tavi (Style Rookie) ou BB (Bryan Boy) devenus des VIP rétribués par les créateurs de mode et les marques ;

-        Les évaluations des internautes sur les plateformes de commerce pair-à-pair comme eBAY, fondent la réputation du vendeur et favorisent ses futures transactions commerciales ;

-        Les votes du public qui déterminent les réponses gagnantes sur les sites de Q&R comme StackOverflow attribuent à leur auteur une note traduite ensuite en niveau d'expertise, valorisée sur les CV et très prisée par les chasseurs de têtes ;

-        Quant aux personnes qui bénéficient de fortes recommandations sur Linkedin, les études démontrent qu'elles jouissent d'un taux d'embauche nettement supérieur à la moyenne (cf. Jobvite 2012 Social Recruitment Survey)  

 

Les éloges et critiques publiés sur la Toile modèlent donc déjà nos réputations, même s'ils demeurent le plus souvent contextuels, relatifs à la plateforme commerciale/sociale où ils sont publiés.

 

La révolution à venir réside dans la synthèse de nos différentes réputations en un indice unique, révélateur de notre potentiel social et économique. Un indice qui sera incontournable pour les personnes entrant en relation avec nous pour la première fois, notamment dans les contextes professionnel et commercial.

 

Mais avant que toutes nos réputations ne puissent être agrégées, il faudra, d'une part, que les internautes consentent à ouvrir leurs données personnelles à des tiers et, de l'autre, que les diverses plateformes adoptent des formats uniformisés : une sorte de standard qui faciliterait l'échange d'informations.

 

Cette évolution est inéluctable dans notre monde convergent, où sphères privées et publiques fusionnent déjà. Notre web réputation va indéniablement façonner notre relation au monde en instituant notre crédibilité, notre valeur et notre fiabilité économique. Elle sera à double tranchant, instrument de séduction et de persuasion ou source de déconsidération et de rejet.

 

Mesdames et Messieurs, travaillez donc attentivement votre réputation online et, surtout, n'hésitez pas à contribuer à la mienne : Likez-moi et Tweetez abusivement cet article !

 

Carmen Kervella

Fondatrice du cabinet de conseil aHeadLand


TAGS : ereputation / France / Réseaux sociaux





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