Le chocolatier Patrick Roger utilise le chocolat comme une matière première, qui lui permet de recréer le monde à sa manière. Par Daniel Bô et Odilon Cabat...
En 1997, Patrick Roger ouvre sa première chocolaterie à Sceaux. Il est aujourd’hui à la tête de 9 boutiques en région parisienne et à Bruxelles, où il se démarque avec un univers rupestre et géologique.
Le chocolat est une pâte plastique, modelable à l’infini et relevant des arts plastiques. Il est un équivalent même par la couleur à l’argile des temps mythiques avec laquelle Dieu modela Adam.
Sur le plan anthropologique, le chocolat doit être compris comme une substance taboue pour au moins trois raisons. D’abord, il s'agit d' une matière métamorphique, qui correspond à l’enfant et est interdit à l’adulte. Ensuite, le chocolat est fondant : par analogie, il entraîne l’idée d’une dissolution de la vie. Enfin, le chocolat est d’aspect fécal ; ce qui est confirmé par la phonétique de cacao (caca à l’eau) et l’existence de « crottes en chocolat ».
Pour légitimer la consommation de cette substance interdite aux adultes, il existe différents moyens :
- par la fête, moment transgressif où les adultes peuvent redevenir des enfants (notamment à Pâques et à Noël)
- par le cadeau, par exemple lorsque le chocolat est assimilé à des bijoux présentés dans un coffret.
- par la fixation dans une forme, qui enferme le dissolu : cela peut être des modèles réduits des objets du monde (lapins, cocottes, œufs de Pâques) ou des modèles géants par Patrick Roger.
En créant des œuvres d’art monumentales, Patrick Roger légitime le chocolat et supprime toute culpabilité chez les adultes.
Patrick Roger, qui se grime et porte un masque, symbolise l'esprit du chocolat, le génie tutélaire. Le dieu créateur même ("Patrick" vient de "pater") modèle le monde avec la terre primordiale, l'argile des commencements.

Les emballages des produits et la décoration des boutiques font appel à un vert minéral, qui fait penser à la malachite.
Se fait jour une complémentarité symbolique entre :
- le rouge ocre du chocolat ou "rouge de Mars", couleur de la rouille du fer, métal de Mars.
- le vert malachite, carbonate de cuivre, qui est le « métal vert de Vénus ».

Patrick Roger fait usage du chocolat pour défendre des causes : pour dénoncer la réduction de la biodiversité, il a réalisé des hippopotames ou des grands singes parfois plus grands qu’ils ne le sont en réalité. De même, pour alerter l’opinion de l’avancée des déserts, il a cette année conçu une immense sculpture en chocolat sur cette thématique.

Certaines de ses créations ressemblent à des œuvres d’art sorties de l’imagination de Botero, d’un sculpteur contemporain ou d’une image satellite de la terre vue du ciel.

Les créations de Patrick Roger sont souvent plus grandes que leur taille réelle. En changeant d’échelle, il contribue à féériser le chocolat. Il conçoit aussi des pièces grandeurs nature qu’aucun chocolatier n’a eu l’audace de créer. Il peut se targuer d’avoir créé un pan du mur de Berlin, les premiers pas de l’homme sur la lune ou un paysan accroupi qui lui a fait gagner le titre de meilleur ouvrier de France en 2000.


Situées dans des zones chics (place de la Madeleine, avenue Victor Hugo, Faubourg Saint Honoré…) , les murs, décorés d’images et de portraits à moitié effacés font penser aux grottes préhistoriques et aux peintures rupestres de Cro-Magnon...
Daniel Bô, PDG de QualiQuanti et auteur des sites brandcontent.fr et Odilon Cabat, sémiologue
Les différents livres blancs de QualiQuanti sont envoyés sur inscription à partir de ce lien.
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