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L’Afrique, pionnière en matière de m-money


Publié le 25/10/2017

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Dans un continent où le taux de bancarisation est excessivement faible et où le paiement en espèce est la norme, l’arrivée du mobile et des services qu’il apporte a joué un rôle moteur dans le développement de nombreux usages. Aujourd’hui, l’Afrique est vue comme un continent pionnier en matière de m-money. Petit tour d’horizon.

 

Deux chiffres résument bien le dynamisme du continent africain en matière de digitalisation : en 2001, le taux réel d’équipement mobile s’élevait à 3 %, il est de 65 % aujourd’hui. En comparaison, il a fallu plusieurs décennies à la France pour arriver à ce résultat. Très vite, dans ces pays où le taux de bancarisation ne dépasse pas 10 % à 20 % (selon les pays) et où l’usage du paiement en espèce est souvent le seul moyen existant (et accepté), le mobile est apparu comme l’outil qui allait pouvoir fournir le premier accès à des services financiers pour des millions de clients, tout en répondant à des besoins majeurs de gestion sécurisée et simplifiée de l’argent.

 

L’ONU a d’ailleurs déclaré l’inclusion financière comme cause prioritaire d’ici à 2020. Jusque là, les utilisateurs se reportaient sur l’argent liquide et des services financiers informels, souvent peu pratiques, chers et risqués. Au Sénégal et en Côte d’Ivoire est pratiquée la « tontine », des associations informelles qui mettent en commun l’épargne de tous au profit de chacun. « Les plus intéressés par le m-money en Afrique sont les classes pauvres et les habitants des zones rurales qui n’ont pas accès à un compte bancaire. Très vite, ils ont compris l’intérêt que représentait pour eux ce canal et de vrais usages se sont développés », explique Jean-Michel Huet, associé Bearing Point, en charge du pilotage de la nouvelle équipe Afrique de Bearing Point et auteur de l’ouvrage « Le digital en Afrique : les cinq sauts numériques ».

 

 

Un saut numérique

 

Dix ans, iI n’a fallu que 10 ans (un record) pour que l’Afrique se mette au m-money. Tout a commencé au Kenya avec l’offre M-Pesa, un service de paiement sur mobile développé par Vodaphone et qui repose sur un porte-monnaie électronique. Depuis d’autres opérateurs sont venus agrandir l’offre. Aujourd’hui, 50 % des transactions financières passent par le mobile. Peu à peu, le m-money s’est imposé dans les autres pays : « En 2016, l’Afrique comptait 114 millions de compte m-money et le chiffre progresse très vite, il a augmenté de 20 % entre 2015 et 2016 », fait remarquer Sophie Lubrano, Director of Studies Telecom Unit, Idate DigiWorld, qui introduira la 39ème édition du DigiWorld Summit (15-16 novembre 2017) dont l’un des thèmes traitera de « la digitalisation en Afrique ».

 

Si l’Afrique du Sud apparaît comme le pays le plus en retard sur le m-money (car le taux de bancarisation y avoisine les 70 %), celui-ci est très dynamique au Kenya, en RDC, en Gambie, au Zimbabwe, au Nigeria et se développe dans les pays francophones (Mali, Côte d’Ivoire,…). Selon GSMA Research, 53 % des offres commercialisées de paiement sur mobile sont établies en Afrique sub-saharienne. A l’exception de quelques pays africains (Angola, République centrafricaine, Algérie, Lybie…), tous les autres ont franchi le pas.

 

 

Des services de plus en plus développés

 

« Le m-money était surtout utilisé pour effectuer des transferts de personnes à personnes, des virements de compte à compte, des recharges de crédit », constate Sophie Lubrano. « Mais on est seulement début de l’aventure », ajoute Jean-Michel Huet qui explique que « l’enjeu de la décennie à venir sera de sensibiliser et de faire migrer la population utilisant actuellement ces services de base vers des services plus développés et de plus en plus digitaux, soutenus par l’interopérabilité des opérateurs télécom ». Car, les opérateurs (locaux et internationaux) ont vite compris ce que cette nouvelle technologie avec ses nouveaux usages pouvait apporter comme relais de croissance. Les prochains services à se développer sont les virements de salaire, l’épargne, l’assurance, les transferts internationaux,… « Deux familles d’offres ont de plus en plus de succès : celles de micro-assurances à faible coût à destination des populations les moins aisées; et celles d’épargne et de micro-crédit vers celles qui sont peu ou pas bancarisées », poursuit Jean-Michel Huet qui souligne que dans ces pays les opérateurs télécoms ont répondu à des besoins que les banques n’ont pas réussi à adresser (crédits à des populations à très faible pouvoir d’achat, assurances pour des montants «micros »…). Les paiements marchands commencent à s’ouvrir au m-money. Quant au e-commerce, encore émergent, il attise les convoitises d’acteurs locaux mais aussi européens (l’allemand Rocket Internet, le groupe suisse Ringier, le français Cdiscount).

 

 

Des initiatives nombreuses

 

Les initiatives se multiplient. La Côte d’Ivoire a développé des logiques de crédit fournisseur pour les agriculteurs au travers de coopératives. Lors de la Cop22, le Maroc a lancé une plateforme de paiement mobile commune à tous les opérateurs pour développer le paiement mobile. Certains Etats utilisent le m-money pour payer leurs fonctionnaires, les cotisations et leurs factures. En janvier 2017, Mastercard a lancé 2KUZE (« Grandissons ensemble » en swahili), une plateforme digitale connectant les petites exploitations agricoles, les agents, les clients et les banques de l’Afrique de l’Est. Celle-ci permet aux agriculteurs d’acheter, de vendre ou de recevoir des paiements pour leurs marchandises agricoles au moyen de leur téléphone portable. « Quatre-vingt pour cent des agriculteurs en Afrique sont classés comme petits agriculteurs ayant moins d’une à deux acres de terres agricoles. Nous croyons qu’avec l’utilisation du mobile, technologie omniprésente chez les agriculteurs africains, nous pouvons améliorer et simplifier l’accès aux finances, apporter une efficacité opérationnelle et faciliter des paiements plus rapides », explique Daniel Monehin, Président de la division Afrique Sub-saharienne et responsable de l’inclusion financière pour les marchés internationaux chez Mastercard. En mars 2017, Mastercard a déployé Masterpass QR au Nigeria, Kenya, Rwanda, Tanzanie, Ouganda, Ghana permettant de payer des achats en magasin en scannant le code QR affiché aux caisses avec leur smartphone ou en saisissant un identifiant commerçant sur leur téléphone dans tous les pays où Masterpass QR est accepté.

 

En Afrique du Sud où la maturité bancaire et digitale est plus élevée, Mastercard a testé avec succès en avril 2017 une nouvelle carte biométrique avec scan d’empreintes digitales utilisée pour les paiements mobiles, qui fonctionne comme n’importe quelle autre carte à puce au moment d’effectuer des achats en magasin. Le Digiword Yearbook Afrique & Moyen-Orient 2017 cite le partenariat d’Orange avec Total et Shell pour que les automobilistes puissent payer via Orange Money pour lutter contre l’insécurité dans les stations service. Au Bénin, les autorités ont rendu obligatoire l’usage du m-money dans les supermarchés pour les sommes supérieures à 150 euros, et ce, afin de limiter les risques de braquage. « L’évolution des services financiers sur mobile apporte de nouveaux leviers clés pour le développement économique en Afrique », souligne Jean-Michel Huet. Et on commence à parler d’une Silicon Valley en Afrique : elle a déjà un nom « Silicon Savannah » et les géants de la technologie s’y engouffrent avec enthousiasme.

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