AccueilMEDIALE MOUVEMENT DES "MAKERS" VA-T-IL FAçONNER NOTRE AVENIR ?

Le mouvement des "makers" va-t-il façonner notre avenir ?


Publié le 09/02/2015

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Notre société est en train de vivre une véritable mutation. 3D, Fablab et consorts s'installent tranquillement et durablement. Mais la question désormais n'est pas de savoir si cela va perdurer mais comment intégrer ce changement pour les professionnels...

 

Géo Trouvetou, bricolos du dimanche, rois de la débrouille, as du bidouillage et fans du concours Lépine, quittez vos garages poussiéreux et vos greniers sombres et humides. Le Maker Movement vous attend… Le mouvement rassemble des personnes de tous âges et de toutes spécialisations, artisans, scientifiques, ingénieurs, artistes… pourvu que leur enthousiasme pour le savoir soit entier : montrer ce que l’on a fait, et partager ce que l’on a appris. C’est avant tout aussi un lieu de prospective, de créativité, où les acteurs inventent et explorent de nouvelles formes et de nouvelles technologies. Ce phénomène profilant une « industrialisation » du do it yourself (DIY), ou « faites-le vous-même », se développe à une vitesse sidérante depuis environ trois ans.

 

Les 17 et 18 mai 2014, la Maker Faire de San Mateo, tout près de San Francisco, a réuni plus de 120 000 curieux avides de fabriquer leurs propres robots, drones et autres puces électroniques. Et chaque semaine ou presque, de nouveaux fab labs (contraction de l’anglais fabrication laboratories, en français « laboratoires de fabrication »), ces ateliers accessibles à tous et dédiés au prototypage rapide, ouvrent leurs portes aux quatre coins du monde. Il en existe ainsi déjà plus de 150. Plus seulement de petits « clubs » de particuliers, les grandes entreprises reconnaissent les bénéfices de tels lieux collaboratifs, et commencent, elles aussi, à travailler avec ces « laboratoires », certaines allant jusqu’à ouvrir leur propre atelier !

 

 

 

 

Né en Californie...


Les makers ne datent pourtant pas d’hier. « Il y a toujours eu des gens qui adoraient la mécanique et le bricolage, relate Tim Bajarin, président de Creative Strategies, une société de conseil réputée de la Silicon Valley. Steve Jobs et Thomas Edison étaient des makers. Cela fait des siècles que ces personnes existent. En réalité, toute personne qui fait quelque chose de ses mains est un maker… » Vaste définition. Pourquoi parle-t-on dans ce cas autant de ce « phénomène » ? « Le mouvement, qui est né en Californie, où sont établis les premiers hippies, réunit des gens qui souhaitent lutter contre la société de consommation en se réappropriant la création et la production des biens qu’ils utilisent, résume Matthieu de Genevraye, le directeur financier du FabShop, atelier de modélisation 3D et fabrication digitale, qui distribue notamment des imprimantes 3D. Ces personnes ont commencé par faire de la robotique et de l’électronique dans leur garage. »

 

 

L'engouement pour le DIY

 

Et la boule de neige a grossi, grossi… « Le Maker Movement est devenu énorme ! se passionne Tim Bajarin. Il touche aujourd’hui aussi bien l’agriculture que la bijouterie ou le… tricot. Ce phénomène, qui intéressait au départ seulement les teckies s’est répandu dans toutes les couches de la société. On voit ainsi dans les Maker Faire des grands-mères accompagnées de leurs petits-enfants. » Ce mouvement est le signe d’une véritable évolution des mentalités en cette période de crise. « Les parents aujourd’hui sont de plus en plus inquiets pour l’avenir de leurs enfants, et pour trouver un boulot, ils souhaitent que leurs petits apprennent à faire des choses de leurs mains et qu’ils s’intéressent aux sciences, explique le consultant de la Silicon Valley et expert dans le champ des cycles d’adoption technologiques. La période actuelle rappelle les années 1960, quand la conquête de l’espace avait encouragé beaucoup d’enfants à étudier les maths et la physique. Durant la décennie suivante, les gens ont préféré se tourner vers les arts et les sciences sociales. » On observe aujourd’hui que de plus en plus d’écoles américaines mettent en place des fab labs au sein même de leur établissement afin d’encourager les élèves à « bricoler ». Les technologies modernes ont également favorisé l’accélération du do it yourself (DIY).

 

 

 

 

« Même si ce phénomène repose sur une prise de conscience de l’importance d’innover, il a été amplifié par le buzz qu’il a déclenché sur Internet et qui a été repris dans les médias sociaux et la presse, rappelle Éric Seuillet, le président de La Fabrique du futur, une société de conseil en prospective, marketing et innovation. Des colloques et des événements ont ensuite été organisés, et tout cela a créé la bulle dans laquelle nous sommes actuellement. » Les Maker Faire, qui réunissent de plus en plus de curieux, entretiennent ce buzz. Les prix en chute libre des imprimantes 3D et des machines de découpe laser permettent également à de plus en plus de particuliers de se lancer dans le prototypage afin de créer les objets nés de leur imagination.

 

 

Des labos d'idées, pour incuber et innover

 

Les entreprises « traditionnelles » commencent à s’intéresser à leur tour à ce phénomène. « Elles estiment que ce mouvement va être crucial pour leurs futures innovations, constate Tim Bajarin. Elles pensent que les makers d’aujourd’hui sont les leaders de demain. » Rien que ça… Une chose est sûre, les fab labs et autres communautés de « créateurs » sont tout à fait complémentaires des services « recherche et développement » des multinationales. « Ils permettent aux sociétés de s’ouvrir à de nouvelles idées tout en faisant du prototypage rapide », ajoute le président de Creative Strategies. Avec ces labs, « les grands groupes font des recherches dans des domaines qu’ils n’auraient pas exploré dans le passé, souligne Karine Sacepe, une consultante spécialisée en management de l’innovation. Ils imaginent là les futurs leviers de leur développement. »

 

 

 

 

Ces laboratoires permettent aux sociétés d’innover d’une manière différente en allant chercher les idées et les compétences partout où elles se trouvent, et parfois même en dehors de la compagnie. Ces dernières années, « les entreprises ont été amenées à formaliser leurs processus d’innovation jusqu’à un point où il devient très difficile pour les idées hors norme de faire leur chemin, regrette dans une étude Fabien Eychenne, le coresponsable du programme ReFaire de la Fondation Internet nouvelle génération (Fing). Les fab labs représentent une manière d’aérer ces processus, d’aller chercher d’autres idées et d’autres solutions aux problèmes de l’entreprise. » Lomig Unger ne dit rien d’autre. Dans son lab, le directeur de l’innovation collaborative de Renault « veut que les gens aient un peu de temps pour aller explorer des choses qui ne sont pas dans leur mission ». Google et Pixar ont formalisé cette approche en demandant à leurs salariés de consacrer 20 % de leur temps de travail à des projets personnels.

 

 

Quel Fab pour quel maker ?

 

Il existe trois grands modèles de fab labs dans les entreprises. Certaines développent leur propre atelier, qui se résume à un local de 100 m2 à 150 m2 dans lequel se trouvent des machines à commandes numériques et une imprimante 3D. Ces lieux sont généralement destinés aux salariés du groupe, même si des partenaires indépendants peuvent être invités pour des missions spécifiques. Les laboratoires collaboratifs, qui sont généralement fondés par des entreprises du même secteur ou proches les unes des autres, sont en partie ouverts vers l’extérieur.

 

D’autres sociétés préfèrent collaborer avec des labs qui existent déjà en apportant l’expérience et le savoir-faire de leurs employés tout en s’inspirant des idées originales qui leur sont présentées. Ford travaille ainsi avec le TechShop de Detroit. Un tech shop est un espace privé d’environ 1 500 m2 qui permet à des particuliers, pour un prix modique, d’avoir accès à des machines destinées à la fabrication personnelle. Le constructeur automobile estime que le nombre de propositions innovantes venant de ses employés a augmenté de 30 % depuis le lancement de ce partenariat. Qui dit mieux ?

 

Illustrations : Priscille Depinay

 

 

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