AccueilFRANçAISES, FRANçAIS, ETC.366 : DE LA DISTANCE à LA DéFIANCE. DE LA DéFIANCE à LA RADICALITé

366 : De la distance à la défiance. De la défiance à la radicalité


Publié le 04/05/2020

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COURT-CIRCUITS / CIRCUITS COURTS : 10 tendances, expliquées, décryptées et illustrées pour la  5ème édition de "Français, Françaises" par 366 et BVA au prisme d’un corpus de plus de 100 millions d’articles et 30 milliards de mots, soit 10 ans de PQR. Aujourd'hui la huitième tendance: Manimal, Entre l’animal et le robot, l’humain se cherche une place et tente d’en trouver une à chacun...

 

La question du rapport de l’homme à LA nature - de plus en plus souvent rapportée au travers de termes conflictuels - n’est qu’une dimension du trouble dans lequel l’espèce humaine se trouve aujourd’hui projetée. C’est sur SA nature que l’humanité est amenée à s’interroger. Entre l’animal et le robot, l’humain se cherche une place et tente d’en trouver une à chacun. La première dimension de ce rapport questionne la relation des humains à la technologie, source de méfiances et d’anxiété pour une majorité de Français depuis quelques années déjà.

 

 

 

Intelligence(s)

 

Singulièrement, alors même que la question de sa part animale et « naturelle » prend une place inédite chez l’humain, une autre frontière, cybernétique et artificielle semble elle aussi devenir de plus en plus poreuse. Les avancées technologiques permettent depuis quelques années d’envisager de passer de l’homme réparé à l’homme augmenté. Débordant déjà ces possibilités, la tendance transhumaniste en vient à considérer certains aspects de la condition humaine tels que le handicap, la souffrance, la maladie, le vieillissement ou la mort comme évitables. Les partisans de cette tendance considèrent la convergence de toutes les technologies dédiées à l’amélioration des capacités humaines (les NBIC : Nanotechnologies Biologie, Intelligence Cognitivité) comme l’avenir de l’humain. Les Français sont quant à eux encore partagés sur le sujet. A peine plus de la moitié de ceux interrogés dans le cadre de cette édition de « Françaises Français » se disent ainsi « favorables à l’utilisation des découvertes scientifiques et techniques pour l’amélioration de la condition humaine (par exemple, augmentation des capacités intellectuelles ou physiques, élimination du vieillissement, etc.) ». Une proportion équivalente seraient même prêts à ce que ces technologies leur permettent d’améliorer leur condition physique ou intellectuelle grâce à des prothèses et des implants. Cette partition des opinions traduit en miroir l’appréhension de remèdes (l’augmentation de nos capacités) pires que le mal. C’est le sujet de séries majeures de ces dernières années, telles « Black Mirror » ou la très dystopique et actuelle « Years and Years» produite par la BBC.

 

 

 

Entre intelligence artificielle et robot mécanique

 

Mais l’homme ne bouscule pas seulement ses frontières physiques et physiologiques. Avec l’intelligence artificielle et la robotique, il reproduit certaines de ses capacités hors de son propre corps. Il crée de nouveau outils « à son image ». À ce stade, l’intelligence en question reste « artificielle » et le robot mécanique. On marque la différence entre les formidables capacités d’un cerveau humain et les réseaux neuronaux des machines. Et l’on insiste d’autant plus sur les écarts qui existent que ces derniers semblent se réduire. Mais déjà des personnalités de premier plan (on peut citer Bill Gates, Elon Musk et Stephen Hawking de son vivant) s’inquiètent du « laisser-aller » des humains face à la montée en puissance de ces intelligences d’un nouveau type. Par exemple, Gary Marcus fait valoir dans son dernier livre (Re-booting IA) qu'il serait insensé de s’appuyer trop largement sur les techniques de l’IA d'aujourd'hui. Selon lui, il conviendrait d’abord de comprendre comment et pourquoi les processus algorithmiques font des erreurs ou parviennent à certaines conclusions lorsqu’on laisse le système décider par lui-même.

 

 

 

Relations entre individus et machines

 

Les technologues ou experts en sciences « dures » ne sont d’ailleurs plus les seuls à être sollicités sur cette question. Des psychologues, des psychiatres ou des neurologues se penchent sur les rapports que commencent à entretenir les individus avec ce qu’ils appellent encore des machines. La plupart s’accordent encore à faire des sentiments, de la sensibilité, de la conscience et de l’imagination des éléments propres à l’humain. Des frontières que les machines ne pourraient jamais atteindre. La plupart d’entre eux souligne toutefois l’importance de « l’illusion » de sentiments que pourrait - ou peut déjà - provoquer l’interaction homme/IA/robot. On parle ainsi déjà de robot empathiques, d’assistants vocaux entrainés pour construire une relation plus intense et sensible avec les personnes qui les utilisent.

 

 

 

Questionner la relation des humains aux animaux

 

L’autre dimension, plus récente, de la place de l’humain dans la société questionne, à l’inverse de l’homme augmenté et tout puissant, la relation des humains aux animaux et par extension à l’animalité des humains. Depuis plusieurs années déjà certains s’alertent de l’exploitation extensives des ressources agricoles et de son impact sur la biodiversité. L’ours blanc perdu sur son morceau de banquise envoie depuis longtemps déjà un signal lointain du réchauffement climatique. L’Ourang-outang mis en danger par la culture extensive de l’huile de palme anticipait pour sa part les chiffres très alarmants de la raréfaction de certaines espèces. Aujourd’hui, on ne parle plus seulement d’une faune lointaine et exotique mais d’oiseaux, d’insectes et de mammifères de nos contrées dont on constate la raréfaction et craint la disparition. L’homme serait ainsi le principal organisateur de l’appauvrissement de l’écosystème qui l’a vu naître et se développer. Le rôle de l’humain est considéré comme encore plus direct lorsque l’on aborde la question de la souffrance animale dans les exploitations agricoles et les abattoirs, eux aussi organisés pour répondre aux besoins de nourriture de l’humanité. Au cours des derniers mois, les actions coups de poings de l’association L214 ont porté un éclairage (très) cru sur le problème de la souffrance animale, en particulier des animaux d’élevage. L’impact de la diffusion régulière sur les réseaux sociaux de vidéos sur la maltraitance des animaux dans les abattoirs nourrit la prise de conscience du problème par une partie de plus en plus importante de la population.

 

 

 

Droits et personnalité juridique de l’animal

 

La question déborde désormais largement ce que l’on appelait autrefois « la protection des animaux ». Ainsi, fin 2019, un colloque, organisé par la Fondation « Droit Animal, Ethique et Sciences » s’est tenu au très sérieux Institut de France. Des personnalités comme Robert Badinter et Olivier Duhamel y ont débattu des « droits et personnalité juridique de l’animal ». Un peu plus tôt dans l’année, le demi-million de voix obtenu par la liste du Parti Animaliste aux élections Européennes illustrait l’impact de cette tendance dans la sphère politique. Dans les médias, les « antispécistes » sont de plus en plus nombreux à remettre en cause la prééminence des droits humains (de l’espèce humaine) sur celui des animaux. L’enquête réalisée pour cette édition de « Françaises Français » indique d’ailleurs que 70% des personnes interrogées se déclarent en faveur d’une évolution de la loi et de la création d’un statut juridique de « la personne animale ».

 

 

 

Le ré-ensauvagement

 

Élargir de la sorte les frontières de la considération du règne animal amène « naturellement » l’humain à réfléchir son rapport voire son inclusion à ce règne. Dans « Croire Fauves » Nastassja Martin, anthropologue à l’EHESS, relate la transformation de son rapport aux animaux après qu’elle se soit faite attaquer et presque tuée par un ours sibérien. Un rapport plus fusionnel que violent. On y parle d’un chamanisme que des Français sont de plus en plus nombreux à vouloir expérimenter au travers de stages d’immersion totale dans une nature souvent hostile. Le succès des écrits d’un Sylvain Tesson est d’ailleurs une autre expression forte de ce mouvement. Au point que Pinterest fasse du « retour à l’état sauvage » une des 10 tendances de l’année.

Le 16 Décembre 2019, Rewild a signé le rachat du zoo emblématique de Pont Scorff en Bretagne. L’objectif de Rewild, organisation créée par 7 associations spécialisées dans la défense, la saisie, le soin, la réhabilitation d’animaux sauvages victimes de trafics et la protection des habitats naturels, est de « ré-ensauvager le monde ».

 

 

 

« Entre deux »

 

Les implications de ces tendances sont évidemment profondes mais encore à la croisée des chemins. L’humanité va-t-elle trouver une voie qui permette de gérer cette nouvelle porosité des frontières entre la naturel et l’artificiel ? Ou des camps vont-ils se créer et s’opposer sur ces sujets, dessinant de nouveaux clivages et surtout de nouveaux usages ? L’ensemble des acteurs du système sont d’ores et déjà interpellés, que ce soit sur des questions éthiques, morales, économiques ou politiques. Ceux qui sont amenés à interagir quotidiennement avec les consommateurs et les citoyens peuvent bien sûr profiter de cet « entre deux », faire écho aux attentes de naturel avec des nouveaux produits et services, s’appuyer sur les technologies pour créer un lien qui reste fort même s’il est « déshumanisé ».

 

 

 

Un mouvement d’empathie proche de l’inclusion

 

Dans tous les cas, les Marques doivent prendre en considération les nouvelles grilles d’analyse et d’appréciation que génèrent ces tendances chez des consommateurs vigilants, entre défiance vis-à-vis des progrès technologiques et réappropriation d’une place dans le monde animal. La force de cette tendance n’est surtout pas à minimiser. Leur responsabilité dans la disparition des espèces a déclenché chez les humains, et particulièrement dans les jeunes générations, un mouvement d’empathie proche de l’inclusion qui est à la fois un modèle d’identification fort qui peut servir l’imagerie publicitaire, et une attention décuplée à la place du règne animal dans la production des biens, au-delà même de l’alimentaire.

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