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Presse et média : un schisme nécessaire


Publié le 07/11/2017

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Dans une nouvelle étude sur la confiance qu'accordent les citoyens à la presse, pardon aux " médias traditionnels ", Kantar confirme, malgré lui, l'impérieuse nécessité d'accepter un schisme sémantique devenu vital : distinguer presse et médias.

 

Si les journalistes disposent encore aujourd'hui, en France, d'une exonération fiscale, c'est parce que depuis la Troisième République, ils protègent la démocratie. Pour l'Etat, Marianne a donc besoin de la presse pour rester fière dans son drap antique. Privilège statutaire désuet ou considération de régime anachronique ? Un peu des deux. Car du métier mythifié par Albert Londres, il ne reste plus grand chose aujourd'hui. Comme disait Pierre Palmade, l'objet n'existe plus mais le mot, journaliste, existe encore. Le problème, c'est quand médias et presse ne sont pas dissociés, il veut tout et rien dire. Avec l'avènement du Twitter News Network et l'ouverture historique aux citoyens de la production et distribution de l'information par les canaux sociaux, une élite aveuglée a perdu son monopole. Tirée vers le bas par des nouveaux modèles économiques qui se contrefoutent de ces questionnements éthiques, la presse est en crise. Avec elle-même. Avec ses repères. Avec son système. Mais visiblement pas avec ceux qui lui font encore confiance, d'après une nouvelle étude Kantar.

 

En s'interrogeant sur l'importance des médias, qu'elle décrit comme traditionnels, comme remparts contre les fake news, l'étude, intitulée " Trust in News ", se contente d'un adjectif pour différencier presse et médias. Comme si accepter ce schisme sémantique restait tabou, alors qu'il n'a pourtant plus rien de puriste. Distinguer presse et média permettrait même aux annonceurs de mieux considérer et travailler avec la première au détriment du second. Que ce soit en France ou ailleurs dans le monde, les citoyens gardent confiance dans la presse. C'est ce qui ressort de cette étude qui a sondé 8000 personnes au Brésil, en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis pour jauger de sa crédibilité sur ceux qu'elle informe.

 

Ainsi, 64 % des Français considèrent que les quotidiens demeurent crédibles tandis 72 % des personnes interrogées dans le monde ne remettent pas en cause le contenu de la presse magazine d’information. " L’atout de ces titres et médias audiovisuels traditionnels ? La couverture de l’actualité en profondeur. Dans ce contexte, la presse écrite demeure une référence avec plus des trois-quarts des interviewés qui lui accordent leur confiance à l’identique, voire de manière plus importante ", explique Kantar.
Comme par hasard, ce sont les chaines d'infos en continu et leur empressement fautif à dégainer la breaking news en premier qui suscitent le plus de méfiance : 40% des Français ne lui font pas confiance. Au Royaume-Uni, ils ne sont que 25%.

 

 

Pour presque 20% le titre suffit pour partager

 

Tout aussi logiquement, et preuve, s'il en est, que différencier médias et presse est vital, la vague de fake news a principalement affecté les médias sociaux dont Facebook. Ainsi, 58, 2% des Français ont plus de doutes à leur sujet. Un chiffre qui est quasi identique à ceux constatés dans les autres pays. Les applis de messageries comme Whatsapp sont également concernées avec 57 % de personnes déclarant leur faire " moins confiance ". Les pure players sont, eux, plus épargnés avec 41 % des sondés doutant de la véracité de leurs informations. L’étude permet également de relever un début de reconnaissance pour des initiatives menées contre les fake news par les GAFA. Ils sont 16 % de Français à noter ces efforts, 33 % au Brésil, 22 % aux Etats-Unis et 13 % au Royaume-Uni.

 

" Si le phénomène des fake news n’a pas eu un impact trop lourd sur l’image des médias traditionnels, c’est sans doute, aussi, parce que leur public est aujourd’hui plus formé et plus apte à évaluer leur professionnalisme ", commente Kantar. Ainsi 76 % vérifient l’information via différentes sources, et 70 % des lecteurs en ligne ont reconsidéré le partage d’une information craignant de faire circuler une fake news. Sur les réseaux sociaux, ils sont 40 % à s’intéresser aux avis qui divergent des leurs et plus de 65% à s’inquiéter d’une personnalisation des contenus. Par contre, 18 % partagent encore une information après avoir seulement lu le titre.

 

 

Une liberté largement mise en doute

 

Le plus grand nombre des sondés (44%) pense que se défendre des fake news est avant tout une responsabilité individuelle. Une part importante d’entre eux (42%) préconise une solution légale, tandis qu'environ un tiers espère qu’une intervention directe des plateformes, automatisée (bot/Intelligence artificielle) ou manuelle, permettra de résoudre le problème. Effet de halo du phénomène fake news sur l'efficacité de la publicité : Les dépenses publicitaires sont de plus en plus dominées par les médias digitaux et mesurées à l'aide de KPI comportementaux à court terme. Les marques doivent équilibrer leurs objectifs à court terme avec le développement de la marque à long terme. Les consommateurs d'information disent accorder plus d'attention aux publicités publiées sur des médias de confiance, quel que soit le support. Les médias d’information peuvent être cet espace de confiance.

 

Par ailleurs, une forte disparité persiste concernant le contenu payant. 42% des moins de 35 ans ont payé pour de l’information en ligne au cours de la dernière année, contre seulement 18% des 55 ans et plus. Hors ligne, c’est 48% des 55 ans et + qui ont acheté un journal la semaine précédente, contre 38% des moins de 35 ans. Pour les populations plus jeunes, 17% des moins de 35 ans paieraient pour de l’actualité numérique si elle était moins chère. C'est un modèle économique basé sur le nombre d'abonnements qui devient monnaie courante, particulièrement dans le secteur du divertissement (Netflix, Spotify, etc.). Tester l'élasticité prix pourrait également être un autre moyen de maximiser les revenus pour cette population significative des moins de 35 ans.

 

Enfin, en se demandant si le journalisme est indissociable de la vitalité démocratique -ce que pensent 73% des 8000 sondés-  " Trust In News " rappelle que " le professionnalisme de la presse est désormais scruté, examiné. Plus que jamais, elle doit être garante d’une information de qualité, d’une intégrité éditoriale ". Seulement 29% des Français pensent ainsi que les médias sont libres de toute influence politique et 25% de pressions financières et économiques. La liberté de la presse a donc mauvaise presse auprès du peuple. Malheureusement, il la confond encore trop souvent avec les médias.

 

Découvrez l'étude

 

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