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Power:On, le coup de com' hollywoodien d'une start-up humanitaire


Publié le 11/05/2017

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Avec sa start-up Power:On, le Français Tristan Kochyan veut apporter de l'électricité dans les villages les plus perdus d'Afrique. Il a déjà commencé à changer le quotidien de 3000 personnes au Bénin. Pour passer à l'étape supérieure, Power:On a réussi un coup de com' inattendu qui doit inspirer.

 

Et si un coup de com' inattendu se narrait comme un conte des frères Grimm… Il était une fois une start-up en mission pour apporter l’électricité aux villages les plus pauvres et les plus reculés d’Afrique. Cette noble aventure entrepreneuriale qui réconcilie le profit juste et l'humanitaire, c'est l'histoire de Tristan Kochoyan, fondateur de Power:On. Après une première expérience associative au Bénin, dans l'éducation et le micro-crédit, pendant ses études à HEC, il lance sa start-up et en 2015 Power:On construit un réseau électrique pour 3000 personnes dans le village perdu d'Igbérè, au Bénin. La prochaine étape est de passer à l’énergie solaire pour être live 24h/24 et permettre le développement des entreprises locales, puis à terme de répliquer la solution dans tous les villages isolés d’Afrique. C'est là qu'intervient le coup de pub.

 

Pour pouvoir mettre en place ses futurs projets, Power:On a besoin de soutiens pour solliciter du financement participatif dans la foulée. Il faut donc un film. Pour concevoir un spot assez touchant et captivant pour fédérer des énergies autour de la cause et de la start-up, Tristan Kochoyan répond à la sollicitation généreuse du réalisateur et entrepreneur Antoine Bretillard, CEO du réseau social EWO. Il fallait ensuite une voix off, pour nous inviter à découvrir comment plus de 100 familles, entrepreneurs et services publics ont pu radicalement transformer leurs conditions de vie. L'audace brillante de Tristan Kochoyan et d'avoir réussi à convaincre l'actrice Eva Green.

 

La touche hollywoodienne à ce storytelling visuel fait son effet: Omar Sy, Samuel Jackson, Mads Mikkelsen, entre autres, partagent et relaient sur les réseaux sociaux. Le coup de com' est réussi. Le sport et son combat le méritent. INfluencia a voulu tout comprendre. Entretien avec Tristan Kochoyan.

 

 

IN: Bloomberg annonçait récemment que Facebook et des capital-risqueurs d'Allotrope Partners allaient mobilier presque 50 millions d'euros entre 2018 et 2020 pour aider au développement de projets de microgrids en Indonésie, en Inde et en Afrique de l'est. L'accès à l'électricité est-il avec l'eau le combat humanitaire de la 1ère moitié du 21e siècle ?

 

Tristan Kochoyan: clairement, de plus en plus d’argent est dirigé vers la cause de l’accès à l’électricité, qui a longtemps été la grande oubliée des Objectifs du Millénaire pour le Développement. Je me réjouis que le sujet devienne tendance, la prise de conscience est un premier pas important. Il est normal de ne pas admettre qu’1,3 milliard de personnes puissent encore vivre sans électricité. Malgré tout, les sommes annoncées restent encore dérisoires par rapport aux montants des investissements qu’il est nécessaire de réaliser. Les pionniers qui se lancent devront en appeler d’autres si nous voulons nous attaquer au problème de façon sérieuse. Surtout, le profil des financeurs doit évoluer. Il ne doit plus uniquement s’agir de grands groupes tentant de verdir leur image, mais de vrais investisseurs prêts à prendre le pari qu’il est possible d’apporter l’électricité aux habitants les plus pauvres de la planète de façon durable et rentable. En particulier, la plupart des fonds sont aujourd'hui dirigés vers des projets qui distribuent des lampes ou des kits solaires. Ces kits sont constitués d’un panneau solaire de la taille d’un ordinateur portable, connecté à une batterie sur laquelle on peut brancher des lampes LEDs, charger un téléphone, voire une télé sur les kits les plus gros. Cela change la vie des familles, mais l’impact reste limité à la sphère domestique. Ces kits ne feront jamais fonctionner des machines capables d’amorcer un développement économique. Se contenter de financer ce genre de kits en disant qu'on permet l’accès à l’électricité, c’est comme dire qu’on permet l’accès à la santé en distribuant du sparadrap. Il y a donc un besoin urgent de maturité et de prise de risque sur ce secteur.

 

 

IN: ce combat sera -t-il gagné par des entreprises privées plutôt que par les gouvernements des pays concernés ?

 

TK: nous ne sommes pas vraiment dans une logique de compétition avec les Etats, qui gardent le pouvoir sur ces sujets, mais de partenariat. Cela vient du constat que les Etats n’ont pas les moyens d’étendre les réseaux électriques nationaux dans les localités les plus reculées. En tout cas, pas assez vite. A Igbérè, le village dans lequel Power:On a construit son premier réseau, les bébés qui viennent de naitre auront eux-mêmes des enfants quand le réseau national atteindra le village. Plutôt que de faire attendre les populations pendant des dizaines d’années, il faut donc se tourner vers des solutions qui existent et qui fonctionnent déjà, en dehors du schéma classique de l’extension du réseau. La pression de ces populations, qui exigent d’avoir accès à l’électricité de la même manière que leurs concitoyens urbains, a permis un déclic politique qui commence à porter ses fruits. C’est une excellente nouvelle. Toute la question est maintenant de définir les modalités de ce partenariat, pour que les villages puissent avoir accès à l’électricité le plus vite possible, avec le meilleur service possible.

 

 

IN: est-ce que les personnalités et influenceurs qui ont soutenu le film peuvent donner une autre tournure au projet ?

 

TK: le film a été repris par plusieurs très grandes stars dont Samuel L. Jackson et Mads Mikkelsen. En France, il l'a été par le rappeur Kaaris et le collectif Golden Moustache. Cela a du sens notamment en raison de la fin du film. Antoine (Brétillard) vient du cinéma, cela se sent et inspire naturellement d’autres artistes. Pour Power:On, c’est une chance inouïe. Pour l’instant, le film est encore un peu noyé dans la masse de contenus publiés en ligne chaque jour. Mais ces artistes peuvent réellement changer la donne et attirer l’attention du public. Le film le mérite, la cause aussi.

 

 

IN: comment avoir réussi à convaincre Eva Green ?

 

TK: beaucoup de culot, de persévérance et de chance. Je l’ai contactée via ses agents, qui m’ont tous dit qu’elle n’était pas dispo ou qui ne me répondaient tout simplement pas. Ce n’est qu’au dernier moment que l’un d’entre eux m’a répondu pour me dire qu'elle était d’accord. A partir de là, tout s’est enchainé assez rapidement. C’est vraiment le rêve.

 

 

IN: pourquoi une campagne de financement participative et pas une levée de fonds, puisque vous êtes une start-up ? est-ce pour sciemment impliquer les gens ?

 

TK: comme je l’ai dit plus haut, le financement est un vrai défi pour ce genre de projet. Le financement participatif s’est donc imposé à Power:On le temps que le marché deviennent plus mature. C’est un projet qui parle au public, qui porte une vraie mission et qui change vraiment la vie des gens. C’est pourquoi on peut le faire. Malgré tout, le financement participatif est un exercice très exigeant, qui demande une préparation sérieuse si on veut lever assez pour poursuivre un tel projet. Pour Power:On, le seuil critique à atteindre est 20.000 inscrits sur notre site. En-dessous, nous avons très peu de chance de lever assez. Le calcul est le suivant: sur 20.000 inscrits, nous estimons que 2.000 vont vraiment participer le moment venu. En moyenne, l’engagement est de 70 euros sur les différentes plateformes. Faites les calculs, 2000 x 70 = 140.000, soit à peu près ce qu’il nous faut pour passer à l’énergie solaire à Igbérè. Ensuite comme vous l'avez rappelé, Power:On n’est pas une ONG. C’est un entreprise car je considère qu’il est primordial d’avoir un business model qui tourne pour assurer la pérennité des projets. J’ai vu trop d’ONG qui installaient des panneaux solaires, puis qui partaient. Dès qu’il y a un problème, quelques années après, il n’y a plus personne pour réparer et plus d’argent dans la caisse pour faire quoi que ce soit. Le modèle start-up impose une vraie rigueur à ce niveau et responsabilise tout le monde. Nous surtout, vis à vis des usagers qui payent pour un service qui se doit d’être de qualité car il est justement payant.

 

 

 Si vous aimez le projet, inscrivez votre mail sur www.turnthepoweron.co


 

 

 

 

 

 

 

 

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