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Le féminisme 2.0 s'organise en Afrique


Publié le 14/02/2018

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En Afrique, la discrimination sexuelle dans le coding est culturelle mais le continent n'a pas l'apanage d'une inégalité sexuelle qui inquiète également aux Etats-Unis. Heureusement, le féminisme 2.0 s'organise. 

 

 

" Le code informatique est la langue du XXIe siècle et nos enfants doivent la maîtriser ". Le slogan de la Semaine africaine du code, qui s'est tenue fin 2017 dans 17 pays du continent, résume parfaitement un enjeu majeur dont l'Afrique n'a pas l'apanage. "Selon une étude de Microsoft nous manquerons d'un million de développeurs aux USA en 2020. En France nous manquerons de 200 000 à 300 000 développeurs. Attirer les minorités devient critique et un enjeu stratégique de survie ", nous expliquait la scientifique numéricienne Aurélie Jean en juin dernier. Pour elle, le code constitue un levier d’émancipation pour les femmes. Dans la même lignée que Girls Who Code et FEMMES aux Etats-Unis et que l'atelier Osez-Coder en France, She Is The Code, en Côte d'Ivoire, symbolise la prise de conscience africaine d'un féminisme 2.0 dont le combat dépasse largement la seule cause de l'égalitarisme. 

 

Que ce soit le Next Einstein Forum, qui aura lieu en mars 2018 à Kigali ; les centre de formation Andela de Nairobi, Kampala et Lagos, soutenus notamment par Mark Zuckerberg dont la fondation a financé le projet à hauteur de 20 millions d'euros ; les " Laboureurs du code " de Kinshasa ; You Code à Maurice ; ou donc l'Africa Code Week -qui a battu son record cette année en outillant 1,3 million de jeunes dans 35 pays, tous ont la même ambition : enseigner aux jeunes générations africaines des rudiments de programmation informatique pour les former à un marché du travail porté par les nouvelles technologies. Selon la Banque mondiale, les élèves africains ne sont que 1 % à sortir de l’école avec des notions d’informatique. Le besoin de formation est donc immense. Et encore plus chez les jeunes filles, qui comme en Europe et en Amérique du Nord sont très largement minoritaires dans un univers taxé de machisme.  

 

Pour devenir une codeuse professionnelle, Angela Koranteng a dû lutter contre l'incompréhension d'un père, la condescendance des garçons et le retard naturellement concédé par une éducation qui éloigne les jeunes filles de la technologie. " C'est ce qui les empêche encore trop de filles de comprendre que le coding sera très vite l'un des métiers qualifiés les plus demandés ", regrette-t-elle au média Africa Renewal. Sans disposer de données fiables, elle présume que l'inégalité sexuelle est encore plus grande en Afrique qu'en Amérique du Nord, où en 2013 seulement 26% des ingénieurs informatiques et 30% des développeurs étaient des femmes. Toujours dans Africa Renewal, Caleb Ibhasabemon confirme par exemple qu'au Computer Village de Lagos, les développeurs sont très majoritairement des hommes. 

 


Encore seulement 15% des foyers équipés en ordinateurs 

 

Pour réduire les écarts d'opportunités et lutter contre une discrimination culturelle, il existe heureusement des initiatives. Comme l'ONG STEMbees où oeuvre la ruandaise Angela Koranteng telle une militante. Son ambition ? Augmenter le nombre de jeunes étudiantes en science, technologie, mathématique et ingénierie. La mission est difficile, " car les filles s'orientent encore naturellement vers le droit, la médecine ou le business "La directrice de communication d'Andela assure elle que sur les 600 développeurs sous contrat à Lagos, Nairobi et Kampala, 30% sont des femmes. Déjà plus encourageant. 

 

" Je parle beaucoup aux jeunes filles des lycées et collèges et j’avoue être souvent étonnée de voir leur vision de la femme ingénieure, scientifique et codeuse... elles ont besoin de Role Models afin de se projeter ", constate Aurélie Jean. Conscients que, comme le dit justement Karen Spärck Jones, professeur en informatique à l'université de Cambridge " l'informatique est bien trop important pour être laissé aux hommes ", Google et Facebook sortent le chéquier pour soutenir la formation des filles au coding. L'académie AWELE, à Lagos, est l'une d'entre-elles. Toujours au Nigéria, GE a crée GE Girls et son évènement " She Can Code ". La Ghanéenne Ethel Cofie, success story ghanéenne du coding féminin et CEO d'Edel Technology Consulting, a elle crée Women in Tech Africa pour encourager la diversité sexuelle. 

 

Faut-il y voir des signes d'optimisme ? Web developer et data manager à l'université de Toronto, la Ghanéenne Marian Tesfamichael pense que oui. Dans un article publié sur le site All Africa, elle affirme que les prochaines années verront " de plus en plus de femmes tomber amoureuses du coding, bien mieux gagner leur vie et transformer l'économie de leur pays ". Pour que la prophétie se réalise, il faut déjà que l'Afrique s'équipe mieux:  avec moins de 15 % des foyers ayant accès à un ordinateur, il est le moins équipé des continents selon TNS Sofres. 

 

 

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