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L'Afrique ralentie par les coupures abusives d'Internet...


Publié le 28/11/2017

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Quand des gouvernements censés soutenir le développement de tout un continent se tirent une balle dans le pied en utilisant à des fins discutables la mise sous silence de la connexion Internet, cela devient un problème économique et sociétale pour le continent africain. Et quand des gouvernements usent et abusent de ses pratiques, on peut considérer qu'ils deviennent un problème pour leur nation et non plus uniquement une solution...

 

237 M$ soit près de 200 M d’euros, c’est ce qu’ont coûté aux pays d’Afrique subsaharienne les coupures administratives d’Internet, depuis 2015. Une statistique annoncée par le CIPESA (*) à l’occasion du FIFAfrica17 (**) qui s’est tenu en septembre 2017 à Johannesburg et qui accueillait aussi l’APC (Association for Progressive Communication). L’occasion pour cette organisation de s’alarmer sur ces interruptions « politiques » pratiquées à trop grande répétition par les gouvernements. Une privation de 236 jours, en cumulé, pour les deux dernières années et qui peut prendre plusieurs formes allant du simple couvre-feu limitant l’accès à l’arrêt complet d’Internet national ou régional, en passant par la suspension des réseaux sociaux. « Les gouvernements africains devraient s’interdire ce genre de fermetures », recommande le CIPESA. Notamment parce que souvent déclenchées avant des élections (Tchad, Gabon, Ouganda), lors de manifestations (Cameroun, RDC, Burundi, Ethiopie) ou d’examens (Ethiopie), elles entachent le processus de la démocratie, empêchant l’accès à l’information et à la liberté d’expression. Ainsi, au moins 12 pays y ont eu recours comme en septembre dernier, le Togo où Internet a été suspendu face aux manifestions menées par l’opposition pendant des semaines.

 

Mais mettre un terme à ces coupures est important en raison également de leur impact négatif sur tous les autres aspects économiques, sociétaux et de moyens d’existence de la population des pays concernés. Des dégâts financiers désormais directement évalués sur le PIB par CIPESA qui a conçu un tableau de calcul plus rigoureux que ce qui existait jusqu’à présent, intégrant le pourcentage de population concernée, la zone géographique (régionale ou nationale), le temps de l’interruption (complète ou partielle) et les effets quantitatifs liés à la perte de confiance dans le numérique et à l’arrêt des activités commerciales. Ainsi le Cameroun, avec 93 jours d’arrêt imposés aux deux régions anglophones revendiquant leur autonomie, détient le record de la longévité pour un coût de 38,8 M$ (31 M d’euros), l’Ethiopie, avec ses 36 jours confiscatoires pour Internet et 7 jours pour les réseaux sociaux, accuse une perte record de 132 M$, et le RDC -pionnier de la coupure- 46 M$. Quant au Kenya, s’il décidait d’une suspension totale d’Internet, il en coûterait 6,3M$ par jour à son économie, selon une projection. Tout en permettant à chaque pays de chiffrer au quotidien son manque à gagner, cette méthode rationnelle et très lisible leur donne l’occasion de mieux prendre conscience de leurs décisions qui ne sont pas seulement anti démocratiques (tableaux ci-dessous).

 

 

Une méthode pour calculer l'impact économique des perturbations Internet en Afrique subsaharienne

 

D’ailleurs, les conclusions du rapport CIPESA, qui corroborent les condamnations de David Kaye, Rapporteur spécial à l’ONU sur la liberté d’expression, de groupes pour la défense des droits de l’homme et des sociétés civiles, et celles, en mars 2017, de The Freedom Online Coalition (groupe de 30 pays qui promeut la liberté d’Internet dans le monde) ainsi que les analyses de The Brooking Institution et de Deloitte- sont d’ailleurs sans appel : « Au lieu de favoriser la stabilité (…) en période de manifestations, élections ou examens, ces restrictions mettent en danger l’activité économique et empêchent le retour à l’ordre » avant de préciser : « Les coupures d’internet, quelle que soit leur durée, perturbent la croissance économique, interrompent des services essentiels, minent la confiance des investisseurs et dégradent l’image du pays ». De fait, le rapport montre que les conséquences de ces mesures se prolongent bien au-delà de leur temps d’arrêt, car en perturbant les chaînes d'approvisionnement, elles entraînent un effet systémique et nuisent à l'efficacité à tous les niveaux économiques. Même de courte durée, elles empêchent de fournir les services élémentaires et indispensables comme les soins médicaux, sapent la confiance des investisseurs et laissent installer l’idée de pays très feu fiables. Enfin, elles touchent autant la micro que la macro économie d’un pays en affectant son quotidien et les moyens de subsistance de ses citoyens, en compromettant les échanges commerciaux et les résultats de ses entreprises et en réduisant naturellement et substantiellement son PIB et sa compétitivité.

 

Or même si la pénétration d’Internet et de ses usages sont encore parfois très bas comme au Cameroun (25%), en Ouganda (21,9%) et au Niger (4,4%), la contribution économique et sociétale des nouvelles technologies et des services Internet dans les pays d’Afrique n’est plus à démontrer. Dans certains d’entre eux, elle peut même participer jusqu’à 5% de leur PIB, soit plus que dans plusieurs états d’Europe ou d’Asie. Un argument qui peut être entendu par les classes dirigeantes, car alors que le continent compte encore 12 dictateurs accrochés à leur pouvoir depuis plus de 15 ans et qu’il y a encore des élections contestées comme en Egypte ou au Kenya, des présidents nouveaux sont au pouvoir depuis moins de 4 ans dans 18 pays et depuis moins de 3 ans dans 8 autres. Même Robert Mugabe au Zimbabwe en place depuis 37 ans vient de jeter l’éponge. Non pas que l’obscurantisme soit éradiqué ni que la démocratie à l’occidentale soit la solution, mais l’alternance est un concept qui chemine et avec elle sûrement un plus grand respect des libertés propice au développement.

 

(*) Collaboration on International ICT Policy for East and Southern Africa ou Coalition pour les politiques internationales sur les technologies de la communication et de l’internet en Afrique Australe et de l’Est.

(**) Forum on Internet Freedom in Africa s’organise autour d’ateliers autour des 13 principes définis par African Declaration on Internet Rights and Freedoms .

 

 

 

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