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Pas de crise, une renaissance


Publié le 07/09/2011

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L’été a semblé être celui de toutes les crises: émeutes au Royaume-Uni assorties d’une crise morale avec l’affaire Murdoch, spectre d’une dépression économique sur toutes les places boursières du monde, dégradation de la note sur la dette souveraine des Etats-Unis, peur sur la solvabilité des Etats, manifestation des “indignés” dans le monde entier, violences lors des JMJ en Espagne…

 

Tous ces signes sont des symboles de changements, des éléments annonciateurs d’un nouvel ordre. Notre civilisation est en train de muter, et nous sommes à un point d’inflexion, dans un moment où se dessine le monde d’après. Pas étonnant que l’étymologie du mot «crise» vienne du grec krisis, la décision.

 

Le présentéisme règne, l’émotion gouverne le monde plus que la raison, la vérité a disparu, et partout, dans tous les domaines les choses changent. La période qui s’est ouverte fait place à l’après-modernité: tout ce que nous connaissions jusqu’alors (la civilisation judéo-chrétienne et ses valeurs, le système capitaliste, le modèle des Etats-Nations, les valeurs modernes) est de plus en plus malmené.

 

Mais n’ayons pas peur! Même si l’époque est pleine de dangers et de risques, ceux-ci seront là pour longtemps, et il faudra vivre avec. Le monde change et la période est passionnante. Plutôt que de parler de crise, parlons de Renaissance. Le mouvement dont nous sommes aujourd’hui les témoins rappelle la période étonnante que connut l’Europe aux XVe et XVIe siècles. À cette époque, un monde s’éloigne, un autre est en train de naître. La révolution est culturelle, les arts se développent et l’architecture s’ouvre à de nouveaux horizons.

 

Le monde se révèle plus grand qu’il ne le pensait, lorsque Christophe Colomb découvre l’Amérique, et la technologie connaît des avancées considérables. Copernic révolutionne l’astronomie en replaçant la Terre à sa place dans notre représentation de l’univers, Ambroise Paré modernise la chirurgie, permettant ainsi de sauver de nombreuses vies et l’imprimerie est inventée par Gutenberg.

 

Sur le plan économique, les premiers banquiers apparaissent et les premières entreprises aussi – c’est l’invention du capital. Pendant ces décennies décisives, le monde progresse de manière vertigineuse, plus vite qu’il ne l’a fait pendant les siècles précédents. Non sans douleur, mais l’environnement change.

 

Il semble que la révolution digitale actuelle que nous connaissons s’inscrive pleinement dans ce modèle. L’évolution fascinante des media que nous connaissons est le témoin et le symbole de cette mutation globale*.

 

Twitter bouleverse l’information comme jamais auparavant, le commerce est accéléré et métamorphosé par la dématérialisation des échanges et le monde est maintenant vu sous l’angle digital de Google Earth. Reste une autre caractéristique, mise en évidence par Régine Pernoud: la Renaissance des XVe et XVIe siècles remet au goût du jour les œuvres antiques. Les philosophies romaines, grecques et antiques deviennent en effet à nouveau à l’époque une source d’inspiration puissante.

 

Les étudiants à l’Université retrouvent le goût de l’enseignement des «humanités» et les Anciens suscitent une réelle admiration. Ce «dépoussiérage antique» est intéressant à plus d’un titre en ce qu’il démontre que les grandes périodes de transition sont l’occasion -consciemment ou inconsciemment- de refonder une civilisation ou une culture sur des bases solides et souvent très anciennes.

 

Cette nouvelle renaissance que nous serions en train de vivre obéit au même schéma. Nous semblons en effet replonger aux racines de notre condition humaine. «Nous n’avons jamais été modernes», assénait Bruno Latour en 1991. Dans un essai remarquable, le philosophe décryptait en quoi l’idée de progrès et l’illusion toute moderne de maîtrise du monde nous obligeaient à ne plus faire attention, nous libéraient «de toute prudence, voire de toute précaution», car nous nous prenions pour les maîtres d’un monde que nous façonnions à notre image.

 

Mais plus le progrès est devenu dangereux (voire mortifère avec le clonage, la bombe atomique ou la pollution) plus nous avons été obligés de faire à nouveau «attention» (à nous, à notre environnement, à notre utilisation des technologies).

 

L’ère dans laquelle nous arrivons nous incite naturellement à abandonner l’idée moderne de progrès pour retrouver instinctivement des réflexes archaïques qui ne nous ont jamais quittés et à nous replonger dans les mythologies ancestrales. Nous devons reconstruire ce que signifie l’identité dans un nouvel environnement digital, refonder un ordre social, recréer le besoin de sécurité dans un monde dématérialisé et sans frontières, redécouvrir les logiques sociales primaires avec les réseaux sociaux, refonder les racines d’un nouveau capitalisme…

 

C’est cela qui est fascinant: le digital touche à tous les domaines et incarne une nouvelle réalité en nous invitant à regarder en arrière, vers la fondation de notre humanité. Nous entrons dans un moment d’introspection, de prises de décisions radicales. Bienvenue dans un nouveau monde où tout recommence.

 

Thomas JametNEWCAST – Directeur Général / Head of Entertainment & brand(ed) content, Vivaki (Publicis Groupe)

www.twitter.com/tomnever


Thomas Jamet est l’auteur de « Ren@issance Mythologique, l’imaginaire et les mythes à l’ère digitale » (François Bourin Editeur, en librairie le 15 septembre). Préface de Michel Maffesoli.

(NDA : l’UDECAM organise d’ailleurs ce jeudi 8 septembre une journée de conférences intitulée “la Renaissance Media”)*.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* Informations sur « La Renaissance Media », journée de conférences organisées par l’UDECAM

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