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«Dear Mister Murdoch, what have you done?»


Publié le 20/07/2011

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L’affaire «News Of The World» éclate en 2011 et illustre l’inattendu, le scandale, l’inacceptable: en procédant à des écoutes téléphoniques de grande ampleur et en osant utiliser des victimes d’attentats, des familles de soldats morts en Irak, ou des victimes de meurtres et agression sexuelles pour nourrir les pages de ses journaux à sensation, l’empire Murdoch a failli. Moralement. Pour autant est-ce si étonnant? Sommes-nous vraiment surpris?

 

 

Une des premières questions à se poser est celle de savoir si notre environnement médiatique doit être empreint de jugements moraux. En abordant ces sujets dans L'Esprit du Temps en 1962 Edgar Morin défendait la théorie selon laquelle ce qui est en jeu avec les media n'est pas la morale (ce qui est «bien» versus ce qui est «mal»). Pour lui les media seraient neutres. Ils ne portent pas de valeurs en soi. Mais peut-être des affaires comme celle du «News Of The World» devraient donner tort à Edgar Morin. Les media peuvent être l’instrument d’une volonté tragique, répondant fondamentalement à la pulsion de mort (Thanatos) contre la pulsion de vie (Eros). Car tout est en effet histoire d’envie, de pulsion… Une pulsion qui a poussé des éditeurs de presse à vouloir raconter des histoires à un public qui en redemandait… Peut-on alors édicter une morale des media alors que des millions de lecteurs se délectaient chaque semaine de ces mêmes torchons?

 

Il est facile de juger un système dont nous faisons (parfois malgré nous) partie. Nous sommes en effet tous atteints de cette pulsion libidineuse touchant à notre soif irrépressible de connaissance. Saint Augustin distinguait trois types de libido: la libido sciendi (le désir de connaissance), la libido dominandi (le désir de puissance et de pouvoir) et la libido sentiendi (le désir sensuel et sexuel). Et il semble que nous ayons du mal à limiter nos pulsions. Si l’on pense à ces infos trash racontées dans «News Of The World» ou à d’autres images fortement porteuses d’émotions, il apparaît que leur usage et leur consommation compulsive répondent à un besoin instinctif. Car nous avons besoin d’émotion comme nous avons besoin de manger. Nous nous en abreuvons comme des vampires, pompant les énergies.

 

Les media comme la presse à scandale, et aujourd’hui les media digitaux permettent à présent de vivre l’émotion de manière intense, forte, et connectée. Les media sont de très forts véhicules narratifs et nous nous rendons de plus en plus compte qu’ils nous aident à assouvir l’un de nos instincts les plus primaires et essentiels: nous raconter des histoires. Créer des récits pour ne pas avoir à affronter la réalité est un instinct primaire de l’être humain. Les mythes naissent de ce sentiment, et les histoires créées et l’inconscient collectif nous poussent instinctivement à nous raccrocher à des univers narratifs et à les relayer. Il est très certain que cette soif narrative ne disparaîtra pas et sera même accélérée par les media digitaux qui accélèreront de plus en plus ce processus de storytelling. Tant que subsiste cet instinct, les récits ont de beaux jours devant eux. Mais parfois à quel prix?

 

*NB : «Dear Mister Murdoch, what have you done? » demandait Roger Taylor, le batteur de Queen, dans une chanson prophétique datée de 1994 prenant pour cible le magnat des media et dénonçant ses déjà impensables dérapages et penchants pour le sordide. Il vient de ressortir le titre, qui illustre évidemment l’actualité. Bonus d’été !


 

 

Thomas JametNEWCAST – Directeur Général / Head of Entertainment & brand(ed) content, Vivaki (Publicis Groupe)

www.twitter.com/tomnever

 

 


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